Pauvreté mondiale divisée par deux : à qui revient le mérite ?

africaines (Sahara) credits Michal Huniewicz (licence creative commons)

Comment s’est réduite l’extrême pauvreté dans le monde ?

Par Obadias Ndaba.
Un article de Libre Afrique.

africaines (Sahara) credits Michal Huniewicz (licence creative commons)

Le monde a réduit de moitié l’extrême pauvreté lors des deux dernières décennies, faisant passer son taux de 36% en 1990 à 18% en 2010. Selon la dernière édition du rapport d’étape de l’ONU sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) (2014), le premier objectif, et peut-être le plus important de tous, à savoir « réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à 1,25 dollar par jour », a été atteint cinq ans en avance par rapport à l’échéance 2015. Ledit rapport « réaffirme que les OMD ont fait une différence profonde dans la vie des gens ».

Si les énormes progrès dans la réduction de l’extrême pauvreté sont dignes de célébration, il est important de comprendre comment ils se sont produits et à qui en revient le mérite afin d’en tirer les leçons. La question importante à se poser est : dans quelle mesure le cadre des OMD a contribué à réduire de moitié la pauvreté mondiale au cours des 20 dernières années.

Le premier obstacle est de définir réellement ce qu’est le cadre des OMD. Ce n’est pas une seule entité avec un plan de 15 ans et un budget proportionnel pour atteindre ses objectifs. Ce cadre est souvent entendu comme étant la somme de tous les efforts mondiaux en matière de développement international : l’aide de gouvernements étrangers, des fondations caritatives, la myriade d’ONG et d’organisations multinationales comme les agences de la Banque mondiale et de l’ONU. C’est-à-dire toute autre chose que ce qui se passe dans les pays bénéficiaires eux-mêmes.

Le rapport note que l’essentiel du progrès est attribuable à la Chine, qui a réduit de façon spectaculaire son taux de pauvreté de 60% en 1990 à 12% en 2010. À noter que la Chine n’a jamais signé les OMD et que beaucoup de ses progrès se sont réalisés avant 2000 en dehors du cadre des OMD. Les progrès remarquables de la Chine en termes de réduction de la pauvreté sont dus à sa croissance économique impressionnante lors des trois dernières décennies et à son évolution progressive vers l’économie de marché. Ainsi, les « efforts concertés des gouvernements et des bailleurs de fonds » que le rapport souligne comme étant à l’origine de ce progrès occulte probablement un point important et donc des leçons importantes des 20 dernières années ou plus de l’expérience du développement.

Même en Afrique, l’attribution des lents progrès accomplis dans le cadre des OMD est trompeuse. La croissance de l’Afrique subsaharienne a augmenté et ses économies combinées croissent à un taux très intéressant, prévu à 5,1% cette année par le FMI, que la plupart des régions en dehors de l’Asie du Sud ne peuvent que le lui envier. Bien inégale entre et au sein de ces pays, cette croissance a probablement été le principal facteur contribuant à ce que le taux de pauvreté baisse lentement mais sûrement sur le continent. Dans les rapports d’étape sur les OMD, cela passe toujours inaperçu, ce qui laisse penser que ce sont les « efforts du gouvernement et des donateurs » qui sont à l’origine de tout progrès. Le cadre des OMD est essentiellement un mécanisme pour suivre les progrès, et ne peut être crédité du progrès lui-même.

L’exemple chinois

Les nouveaux objectifs de développement durable sont maintenant en projet et vont probablement définir la politique et la pratique du développement dans les quinze prochaines années. Si l’on devait apprendre de l’expérience de la dernière décennie, l’objectif de développement suivant pourrait être la reproduction de l’histoire de la Chine, de manière à ce que l’humanité mette fin à l’extrême pauvreté pour de bon. Donner à César ce qui lui est lui revient est important et nous aide à mieux comprendre le vrai sens du développement.

Donc chapeau au capitalisme chinois, aussi vicié puisse être le système, d’avoir supporté l’essentiel de la charge lourde dans la lutte contre l’extrême pauvreté. Maintenant tous les regards sont tournés vers l’Asie du Sud et l’Afrique, qui abritent la grande majorité des 1,2 milliard de personnes vivant encore dans l’extrême pauvreté. Si ces deux régions étaient capables de maintenir la croissance à un taux moyen de 9,6% par an durant deux décennies, comme la Chine l’a fait entre 1990 et 2010 selon les chiffres du FMI, l’extrême pauvreté sera presque sûrement de l’histoire ancienne. Mais la croissance ne suffit pas pour faire des miracles, encore faut-il que ses fruits profitent aux masses, ce qui n’a pas encore été le cas pour l’Afrique à ce jour. Pour que l’Afrique réduise substantiellement la pauvreté, elle doit augmenter la productivité de l’agriculture, investir davantage dans les industries intensives en main-d’œuvre notamment manufacturière, et ajouter de la valeur à ses ressources naturelles variées comme le pétrole, le gaz et les autres minerais.

L’expérience de la Chine a montré que les politiques spécifiques orientées vers le développement agricole et rural fonctionnent bien. Selon une étude de la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté de la Chine, environ les trois quarts de la réduction de la pauvreté, lors de la période 1981-2001, provenaient de la réduction de celle de la population rurale. La croissance dans le secteur primaire (essentiellement l’agriculture) a fait beaucoup plus pour réduire la pauvreté et les inégalités que celle dans les secteurs secondaire ou tertiaire. Ce sont peut-être les leçons les plus importantes à retenir dans le discours sur le développement lors des deux dernières décennies. Il serait tragique de ne pas en tirer des leçons.

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