Belgique : Non, le gouvernement Michel n’est pas libéral !

Charles Michel et Kris Peeters - source Facebook Charles Michel

La gauche accuse le nouveau gouvernement belge d’être ultralibéral. À tort.

Par Christian Coppe, depuis la Belgique.

Charles Michel et Kris Peeters - source Facebook Charles Michel

Le nouveau gouvernement dirigé par le MR Charles Michel est à peine sur les rails que l’opposition, emmenée par le PS et la FGTB, se déchaîne tous azimuts et le traite, en vrac, d’ultralibéral, de conservateur, de droite, de flamand, d’antisocial, de pro-riches, etc. La liste est longue. Si on tente d’en faire une synthèse, retenons qu’il est reproché au gouvernement d’être (ultra)libéral et conservateur de droite.

Or, ces deux aspects de la chose politique sont parfaitement contradictoires : on ne peut être à la fois libéral et conservateur de droite. Rappelons que les fondements du libéralisme sont les droits naturels, tels que décrits dans l’article 2 de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, et qui sont la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression. En outre, le libéralisme prône moins d’État, donc beaucoup moins de fiscalité et beaucoup moins de réglementation et d’intrusion de l’État dans nos vies privées. Rappelons en outre, pour être complet, que tant le socialisme que le libéralisme sont issus du siècle des Lumières, et sont deux courants progressistes, en opposition avec le conservatisme étatico-religieux de l’époque.

Force est de constater que l’actuel programme gouvernemental ne répond absolument pas à ces critères, et que le taxer de libéral est non seulement une erreur mais est ressenti comme une injure par les (vrais) libéraux. En effet, ceux-ci ne s’y retrouvent absolument pas dans les propositions faites par les partis au pouvoir, et sont profondément déçus. Outre celui du CD&V, la lecture des programmes socio-économiques des trois autres partis laissait augurer de réels espoirs d’une révolution fiscale libérale, d’un assainissement de la chose publique, et d’une possible reprise de l’économie. Il n’en est rien. La gauche n’a pas le monopole de la déception quant au pouvoir d’achat des citoyens. Les libéraux la partagent tout autant. La gauche n’est pas la seule à vouloir l’abolition des intérêts notionnels : tout libéral digne de ce nom les désapprouve, au nom de l’égalité du traitement face à l’impôt. Aucun libéral n’a approuvé l’augmentation arbitraire de l’âge de départ à la retraite, ni le saut d’index.

Ce qui différencie le libéralisme de la gauche n’est pas tant les désaccords avec les mesures gouvernementales actuelles, que les solutions à y apporter. Par exemple, un libéral veut libérer le citoyen de l’emprise du gouvernement sur la gestion de sa pension, et estime que chaque citoyen doit s’en occuper seul, même si une aide d’État peut être apportée pour les revenus les plus faibles quant aux paiements des cotisations nécessaires. Au contraire, la gauche veut taxer encore plus, afin que chaque citoyen puisse bénéficier de sa pension. Mais au final, force est de constater que tant la gauche que les libéraux sont contre l’âge arbitraire de la pension à 67 ans !

Il faut donc que, dans son discours d’opposition musclé, la gauche arrête de considérer l’actuel gouvernement comme libéral, et se contente de le voir comme étant conservateur de droite, ce qu’il est. Et que la gauche belge n’oublie jamais une chose : plus d’une révolution libérale a été soit mise en place, soit maintenue avec succès, par… des socialistes ! La Nouvelle-Zélande en est le plus parfait exemple.


Carte blanche publiée également dans La Libre Belgique du 18 novembre 2014.