Obama réduit à l’état de « lame duck »

canard credits Jacob Spinks (licence creative commons)

Pourquoi Obama s’est-il pris une telle gifle aux élections ?

Par Stéphane Montabert.

contrepoints 887 ObamaLame Duck. L’expression américaine de « canard boiteux » fait référence à un élu sans avenir – par exemple lorsqu’il est encore en poste alors que son successeur a été élu. Mais ce n’est pas son seul usage : on l’emploie aussi pour un président contraint à une forme de cohabitation avec ses adversaires politiques.

Le terme s’applique donc pleinement à Barack Obama après la gifle infligée au camp démocrate lors des élections de mi-mandat cette semaine. Le courant politique du président se retrouve en minorité dans les deux chambres parlementaires américaines, Chambre des Représentants et Sénat.

Certes, le président est toujours en exercice mais la fin de son mandat se limitera vraisemblablement à une sorte de figuration, à moins qu’il ne s’astreigne à une guérilla contre les forces politiques disposant désormais de la majorité au sein du pouvoir législatif.

Quelle fin sans gloire pour le messie du Hope and Change depuis 2008 ! Reconnaissons au moins qu’il n’est pas le premier président à subir cette infamie, mais le cinquième – sans compter les présidents qui n’ont jamais eu de majorité législative pour les soutenir pendant toute la durée de leur mandat.

Le pire président de tous les temps ?

Il n’en reste pas moins que Barack Obama porte une lourde charge dans la défaite des Démocrates aux élections de mid-term, qui ont emporté même de nombreux bastions historiques. Pourquoi l’image du président s’est-elle détériorée au point d’être qualifié de pire président des États-Unis de tous les temps ? Au point que les propres candidats du Parti Démocrate prennent bien soin de se distancier de lui pour tenter de sauver leur siège ?

Pour des médias européens toujours bloqués à l’Obamamania de 2008, il est difficile d’expliquer le revirement du corps électoral – et le fait est qu’ils n’y parviennent pas. Certes, Obama a connu quelques revers, le prix Nobel de la Paix a lancé encore quelques guerres et sa stratégie pour la Syrie est quelque peu illisible mais peu importe, ils l’aimaient avant et l’aiment toujours maintenant !

Le peuple américain, lui, s’est lassé depuis longtemps des promesses vides du candidat messianique. Ainsi, en début d’année un sondage indiquait que 71% des électeurs regrettaient d’avoir contribué à la réélection de Barack Obama – dont 55% de Démocrates parmi ces électeurs. Mais ce n’est pas le genre de nouvelle qui parvient à franchir l’Atlantique.

Le public américain est pourtant prompt à laisser quelques indices aux observateurs ; par exemple, lorsqu’il quitte en masse un meeting politique – démocrate ! – lorsque le président, venu à la tribune, se met à vanter les mérites de la « reprise » économique à laquelle le pays serait sujet.

L’économie, voilà donc le principal point faible d’Obama. Les journalistes sont prompts à relayer les nouvelles émises de la Maison Blanche : la croissance est là, le chômage se réduit, les cours de la bourse battent des records.

Tout cela n’est pourtant qu’illusion.

La hausse du NASDAQ, par exemple, n’est due qu’aux injections de dollars fraîchement imprimés par la Fed., les fameux QE pour Quantitative Easing. Les cours de la bourse s’envolent, certes, mais cela ne profite qu’aux 10% des Américains les plus riches qui ont les moyens de jouer massivement en bourse ; pour le commun des mortels, c’est une (fausse) prospérité dont ils ne voient pas la couleur.

Le front de l’emploi n’est guère plus reluisant. Des emplois ont bien été créés certes mais il y a salaire et salaire… Et les Américains ont échangé des postes intéressants et bien payés pour des petits boulots à peine suffisants pour joindre les deux bouts :

montabert

Les statistiques du chômage ne sont pas meilleures. A l’instar d’autres gouvernements plus proches de nous, l’administration Obama a tout simplement fait disparaître des millions de demandeurs d’emploi des listings, permettant ainsi de fanfaronner sur une baisse du taux de chômage. Un record de 92 millions d’Américains ne font ainsi plus partie de la population active !

Le dernier indicateur, et non le moindre, est celui de la pauvreté, mesurée par le biais des coupons alimentaires permettant aux familles les plus démunies de se procurer de quoi manger. Or les chiffres sont effarants : près de 50 millions d’Américains sont désormais « bénéficiaires » des fameux food stamps, soit quasiment 20% de la population.

Il est difficile de prétendre que les familles américaines moyennes ont retrouvé le chemin de la prospérité, ni même simplement leur niveau de vie d’avant la crise.

Et ne parlons ni de la dette publique américaine, ni du marché de l’immobilier toujours sinistré en de nombreuses régions.

Si Obama a été particulièrement confus et calamiteux sur le plan de la politique étrangère – quand elle ne se confine carrément pas au mensonge – c’est bien sur le plan de la politique intérieure américaine qu’il a perdu les élections et amené les affres de la désillusion sur le camp démocrate. L’Obamacare, qu’il a poussé à bout de bras, séduit de ce côté du monde, mais c’est une ignominie pour la plupart des Américains qui ne supportent pas cette immixtion du gouvernement dans la gestion de leur santé.

Par le biais du nouveau chef de leur majorité Mitch McConnell, les Républicains annoncent la couleur :

« [Nous nous attaquerons] sans délai à plusieurs des défis les plus pressants auxquels fait face le pays, incluant :

    • Le système de taxation délirant qui pousse les emplois américains à être délocalisés ;
    • Les coûts de la santé dont la hausse continue sous l’égide d’une loi bancale au-delà de tout espoir et que les Américains n’ont jamais soutenue ;
    • Une menace terroriste globale et sauvage qui cherche à faire la guerre à tout Américain ;
    • Un système éducatif qui dénie tout choix aux parents et dénie une éducation correcte à bien trop d’enfants ;
    • Des réglementations excessives et des procès frivoles qui augmentent les coûts pour les familles et empêchent l’économie de croître ;
    • Une bureaucratie d’État obsolète et mal équipée pour servir les citoyens dans des défis du XXIe siècle, du contrôle des épidémies aux soins pour les vétérans ;
    • Une dette nationale qui a vu les Américains voler leurs propres enfants et petits-enfants, les privant de bénéfices qu’ils ne verront jamais et les laissant avec le poids d’une dette qu’il leur sera quasiment impossible de rembourser. »

Simple et de bon sens – enfin !

Malheureusement, on se dirige surtout vers deux ans de blocage. Malgré les discours d’ouverture prononcés de part et d’autre, Barack Obama a prouvé à de nombreuses reprises qu’il n’était absolument pas apte au moindre compromis. La Maison Blanche s’est toujours comportée de la façon la plus partisane qui soit, tout en présentant aux médias ralliés à sa cause les blocages comme le fait exclusif de ses adversaires politiques.

Les Républicains ne disposent pas de la majorité des deux-tiers requise pour outrepasser un veto présidentiel, il paraît probable que la montagne de victoire électorale des Républicains accouche d’une souris législative. Il n’importe : les Républicains n’ont pas été élus pour travailler avec Barack Obama, mais pour le stopper.

Gageons qu’avec leur victoire cette semaine, le socialisme forcené dans lequel Barack Obama essaye sans relâche d’entraîner les États-Unis d’Amérique depuis six ans vient de subir un coup d’arrêt.


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