« Mékong mon amour » de Jo(sette) Pellet

Une invitation au voyage à travers des dessins et des récits du Laos…

Par Francis Richard.

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« L’auteure, au cours d’un entretien à propos de son périple, confie avoir été attirée vers le Mékong par le biais de India Song (film de Marguerite Duras, basé sur son livre du même nom), dans lequel une mendiante se lamente en évoquant Savannakhet. »

Ainsi s’exprime Danièle Duteil, à propos de Jo(sette) Pellet, dans sa préface à Mékong mon amour, titre éminemment durassien.

Faut-il avoir vu le Mékong pour apprécier les haïkus, senryûs et autres petites notes que Jo a rapportés de son voyage au Laos ?

Non, bien sûr. Mais pour ceux qui, un jour, ont vu ce fleuve, les êtres et les choses observées par Jo, dans ses reflets et dans son voisinage, transformées sous sa plume en syllabes comptées et précises, feront naître en eux quelques réminiscences de sa « lourde lente masse brune ».

Jo prend le train, puis l’avion. À « Bangkok sous l’eau – prisonnière d’un îlot de béton », elle prend un autre aéronef et se demande :

« sait-il bien voler
ce jeune coucou à hélices ?
fleur lao sur la queue »

Interrogation infondée, car ce coucou la mène à bon port, à Luang Prabang, où elle peut :

« traîner mes tongs
du Mékong à la Nam Khan –
tropiques hypnotiques »

Elle y rencontre :

« moines safran
sous un parapluie-parasol
prêts à tout »

semblables à ceux du pays thaï…

Elle évoque les étals d’un marché, un déjeuner en paix sur les rives du Mékong, un bonze endormi et cette image habituelle là-bas, qui ne peut manquer de surprendre ici :

« sourire radieux
d’un vieil homme assis par terre
sans dents ni chaussures »

La modernité trépidante :

« amazone lao
enfourchant sa moto
bébé en bandoulière »

côtoie le temps immobile :

« chaque jour
plus avare de mes gestes
langueur tropicale »

et s’empare même du fleuve :

« ronrons du moteur
dans le silence des flots
Mékong l’enchanteur »

et des temples :

« la nuit des 4×4
se garent dans les vats –
Hyundaï chez Bouddha »

Le recueil fourmille de ces contrastes improbables et de ces petits détails vrais, qui, à la manière des pixels d’une photo numérique, composent la fresque singulière de ce pays sans accès à la mer, comme la Suisse…

Ce qui ne gâte rien au plaisir du lecteur, c’est l’humour de la voyageuse :

« mes mèches rouges
mettent en joie
un gentil fou
déjà joyeux »

En tous les cas, ce voyage lui aura laissé des traces indélébiles :

« hier encore à Vientiane
aujourd’hui dans le vignoble
suis-je la même? »

Les encres de Robert Gillouin, qui illustrent ce précieux recueil, font corps avec les mots vivants de Jo et le lecteur peut se demander s’il n’a pas été du voyage… C’est dire toute la puissance d’évocation qui peut émaner de ce recueil et qui parle donc à l’imagination non seulement par les mots, mais aussi par les dessins qui leur sont associés.

  • Jo(sette) Pellet, Mékong mon amour, éditions Samizdat, 76 pages.


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