« Ma plus belle déclaration de guerre » d’Alain Lallemand

Livre qui donne matière à réflexions sur le comportement des êtres humains en situation extrême…

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« Ma plus belle déclaration de guerre » d’Alain Lallemand

Publié le 29 octobre 2014
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Par Francis Richard.

 francis richard« Organisation impartiale, neutre et indépendante, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a la mission exclusivement humanitaire de protéger la vie et la dignité des victimes de conflits armés et d’autres situations de violence, et de leur porter assistance. »

Telle est la définition de la mission du CICR.

Alain Lallemand, dans son dernier roman, Ma plus belle déclaration de guerre, raconte l’histoire d’un médecin suisse, Roch Aebi, membre du CICR, qui voue sa vie à cet idéal humanitaire et qui aime cet état de guerre permanente dans lequel le plonge son métier. Ce qui est incompatible avec une vie familiale ordinaire. Le couple qu’il forme avec Anne, d’ailleurs, n’y résiste pas, parce qu’il n’est plus au centre de sa vie, s’il l’a jamais été.

Roch s’est rendu à Bagdad en 2003 contre le gré d’Anne. Au téléphone, le lendemain de bombardements, elle lui demande s’il l’aime – « la question-valise, sans objet pour les couples sans histoires, mais toute une histoire pour les couples devenus sans objet » – et lui rappelle qu’il lui a promis une réponse. Roch lui fait alors cette déclaration de guerre, sa plus belle : « Bien compris, Anne, bien compris. Je ne t’aime plus. Nous allons nous séparer. »

Le fils, Victor, qu’Anne et Roch ont eu ensemble, ne peut pas davantage dérouter Roch de sa voie, qu’il conçoit comme un véritable sacerdoce et qui le conduit peu à peu à une sorte d’ascèse : « Je veux bien être père, mais sans me détourner des incendies de la planète. Aujourd’hui encore, et même si mon enfant me manque, c’est comme cela que je conçois mon existence. »

Au fil des années, le père et le fils ne se voient donc que de temps en temps, entre deux séjours passés par le père absent dans des contrées lointaines, incendiées. Ils ont alors beaucoup de bonheur à se retrouver, même lorsqu’ils se heurtent très naturellement l’un à l’autre et que leurs visions des choses s’opposent frontalement, du moins en apparence. Au moment où commence véritablement le récit, Victor a dix-sept ans. Roch et Victor quittent Soleure, où le fils habite avec la mère. Ils font ensemble une escalade au-dessus de Champéry – « quatre cent cinquante mètres de dénivelé » – et connaissent ces dépassements réciproques et exaltants qui se produisent, un jour ou l’autre, entre un père et un fils aux caractères bien trempés.

C’est après ces moments mémorables que Roch retourne en Afghanistan pour y mener un projet qui lui tient vraiment à coeur, installer un hôpital, en conformité avec l’objet du CICR, en plein territoire tenu par les talibans, pour y soigner civils et militaires, hommes et… femmes. Ce qui a priori est impensable pour ces religieux, mais l’hôpital comprendrait une maternité, les femmes pourraient rester voilées et seraient traitées par des femmes…

Ce projet ne se réalise pas sans mal et Alain Lallemand plonge le lecteur dans un monde impitoyable où rivalisent talibans, seigneurs de guerre et forces spéciales américaines ; où la trahison et l’amitié, le sang et les larmes, l’amour et la mort sont au rendez-vous ; où les apparences sont souvent trompeuses et la réalité toujours nuancée ; où les paysages à couper le souffle défilent et où la tradition et la modernité se côtoient de manière improbable.

Les relations entre père et fils de différents personnages du récit y ont une grande importance. Un chef taliban, Jallal Khosti, devenu son ami, n’a-t-il pas dit à Roch cette phrase forte, à un moment crucial : « Que ce soit au paradis ou en enfer, je ne veux y être conduit que par mon plus jeune fils, Nasir » ? Cette phrase trouve, par la suite, une résonance particulière, pour l’un comme pour l’autre…

Livre d’aventure ? Pas seulement donc. Livre qui donne matière à réflexions sur le comportement des êtres humains en situation extrême et où l’auteur montre qu’il existe toujours des failles dans lesquelles s’engouffrent inévitablement les belligérants de toutes sortes, quelles que soient les armes dont ils se servent, avec pour résultat, dans tous les cas, un champ de ruines.

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