Quand le chômage coexiste avec le plein emploi !

femme au travail credits Michel Hadassah (licence creative commons)

Il y a du travail pour ceux qui peuvent et veulent travailler !

Par Philippe Bouchat.

femme au travail credits Michel Hadassah (licence creative commons)

N’est-il pas iconoclaste – voire inutilement provocateur – de parler de plein emploi quand le taux de chômage est de 8,5% en Belgique et de 10,5% en France ?

Que nenni ! Que constate-t-on en effet ?

Que de nombreux secteurs d’activités connaissent une pénurie de main-d’œuvre ! Des dizaines de métiers différents sont en effet à la recherche de travailleurs qualifiés. Ces travailleurs qui ont la formation adéquate et qui veulent travailler sont ceux qui sont en position de force par rapport aux employeurs et dont la mobilité est grande dans les secteurs d’activité concernés. Lorsque la demande d’emploi est ainsi absorbée directement par l’offre, on peut en effet parler de plein emploi.

Mais alors qui compose le flot des chômeurs ? J’en vois trois catégories que je n’emprunte pas au sabir administratif, mais au bon sens : ceux qui subissent un licenciement, les chômeurs involontaires ; ceux qui sont inaptes au marché du travail, étant infra-qualifiés, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent travailler ; ceux qui ont choisi d’être allocataires sociaux, le travail n’étant pas assez attractif pour eux.

Les premiers doivent être indemnisés et accompagnés. Les deuxièmes doivent être indemnisés et formés. Quant aux troisièmes, ils ne peuvent raisonnablement être indemnisés et le contrôle se justifie amplement à leur égard. Outre ce contrôle, le travail doit être rendu plus attractif – making the work pay, comme on dit dans le jargon européen.

De ce qui précède, on peut tirer plusieurs conclusions :

  1. Le chômage n’empêche pas le plein emploi ;
  2. À défaut d’une politique de formation adéquate des chômeurs inadaptés au marché du travail, l’immigration – choisie sur le plan économique – se justifie pour rencontrer les besoins en main-d’œuvre des secteurs d’activités en pénurie ;
  3. Le contrôle doit viser ceux qui ne veulent pas travailler plutôt que ceux qui ne peuvent travailler.

Le but de mon propos ? Dédramatiser la situation actuelle : il y a du travail pour ceux qui peuvent et veulent travailler !

Mais, dans une économie schumpétérienne où l’innovation détruit des emplois actuels pour créer davantage d’emplois futurs, le véritable enjeu est la formation permanente non seulement des outsiders – les chômeurs involontaires et les chômeurs infra-qualifiés –, mais aussi des insiders pour que la flexibilité et l’adaptation aux nouveaux métiers ne soient pas synonymes d’insécurité.

Alors, ai-je été si iconoclaste ?