Quand Wall Street parie sur l’effondrement de la France

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La stratégie américaine ? Couler l’Europe et faire dérailler la Chine pour sauver le leadership américain…

Par Charles Sannat.

contrepoints 839Si nous vivons pour le moment avec des taux bas en France qui rendent le service de la dette (les intérêts à payer chaque année) supportable, c’est uniquement parce que François Hollande s’aligne sans vergogne sur toutes les positions des États-Unis d’Amérique, fussent-elles contre les intérêts à long terme de notre pays mais que voulez-vous, le porte-monnaie ne peut être ignoré et si Paris valait bien une messe, éviter l’insolvabilité vaut bien quelques capitulations en rase campagne.

En clair, tant que nous sommes gentils et bien obéissants à l’égard de l’oncle Sam, ses chiens de garde financiers restent sages ou plutôt attentistes.

Pourtant, cette veillée d’arme semble toucher à sa fin et nous prochainement à notre faim, et certains à Wall Street, sans doute la « mauvaise » finance, semblent fourbir leurs armes et commencent à avoir du mal à patienter.

Le buzz des États-Unis : une star de Wall Street parie sur l’effondrement de la France

C’est le titre d’un article des Échos revenant sur David Einhorn, PDG du fond activiste Greenlight, qui recommande de spéculer à la baisse sur les obligations françaises… Pas franchement une bonne nouvelle mais somme toute une nouvelle parfaitement logique. En fait, ce qui est surprenant c’est que les investisseurs continuent effectivement encore à prêter à la France ; cependant cette question vaut aussi pour l’Italie, l’Espagne, le Portugal et même l’Allemagne qui se croit très forte mais qui va perdre un grand paquet de sa population dans les 20 ans qui viennent, va subir de plein fouet la nouvelle révolution robotique et qui se traîne tout de même elle aussi une sacrée dette.

Alors voilà l’essentiel de ce que nous raconte le Einhorn et c’est assez énorme :

« Pariez sur les banques grecques, et contre la France ! Tel est le conseil prodigué lundi par l’une des grandes stars de Wall Street, David Einhorn, lors d’une conférence d’investisseurs à New York. Le PDG du fonds activiste Greenlight Capital, à qui l’on doit plusieurs coups de maître (dont l’anticipation de la faillite de Lehman Brothers dès 2007) a dressé un tableau dramatique de la situation en France :

« Les marchés obligataires considèrent la France comme l’Allemagne, alors qu’elle ressemble bien davantage à la Grèce », indiquait-il dans sa présentation. Il voit d’ailleurs Athènes dans une meilleure situation que Paris : « La Grèce a bu la potion amère, elle a restructuré ses obligations et son économie. Elle a cessé de vivre au-dessus de ses moyens. La France, elle, semble trop fière pour se réformer », indique-t-il en dénonçant en vrac la taxe à 75%, les 35 heures et les tensions avec la Commission européenne autour du dernier budget « anti-austérité ». Chiffres à l’appui, il montre que la charge de la dette payée par la Grèce est désormais inférieure à celle de la France (en pourcentage de leur croissance).

Et pourtant : la dette à 10 ans se négocie à 1,3% en France et à 9% en Grèce. « Si les marchés révisent le risque souverain français à sa juste valeur, le service de la dette française va devenir insupportable. C’est pourquoi nous recommandons de vendre (à découvert) la dette française », conclut-il. Il recommande, à l’inverse, d’acheter des obligations de banques grecques (Alpha, Piraeus, NBG,Eurobank, etc.). « Les investisseurs s’inquiètent tous de la Grèce, mais ils devraient s’inquiéter davantage de la France. Le rendement des obligations françaises, tel qu’on le connaît aujourd’hui, ne devrait pas exister. »

Le « Made in USA » gagne encore du terrain

Plus d’une entreprise américaine sur deux (54%) envisage de relocaliser sa production aux États-Unis, selon l’étude publiée mercredi par le cabinet de conseil BCG. Près d’un quart d’entre eux affirment même avoir enclenché le processus de relocalisation de leur production aux États-Unis. Grâce à une énergie bon marché et une grande flexibilité du marché du travail, le pays est ainsi redevenu la destination la plus choisie (27%) pour implanter de nouvelles usines américaines, dépassant la Chine (23%) et le Mexique (24%). Cette tendance devrait encore se renforcer dans les prochaines années, estime le BCG : d’ici à cinq ans, près de la moitié des forces de production américaines (47%) devraient se retrouver sur le territoire américain. La Chine n’abritera ainsi plus que 11% de la production des compagnies américaines vendue aux États-Unis. »

La stratégie américaine ? Couler l’Europe et faire dérailler la Chine pour sauver le leadership américain…

Lorsque vous êtes un « empire » et que vous raisonnez uniquement en termes de puissance et de leadership, vous ne voulez pas voir un concurrent sérieux émerger. Il est évident qu’une Europe politiquement et économiquement efficiente avec un euro qui marcherait serait un concurrent sérieux pour les États-Unis, comme l’est une Chine prospère et qui désormais atteint des standards de qualité parfaitement « occidentaux ». Alors donner un petit coup de pied dans tout ça et secouer le cocotier peut s’avérer une stratégie payante.

En gros, les États-Unis exploitent à fond leur gaz de schiste pour proposer une énergie pas cher à leurs industriels qui, du coup, veulent relocaliser (bien qu’en automatisant tout donc avec assez peu de création réelle d’emplois mais c’est un autre sujet). En faisant cela, ils laminent la croissance chinoise qui reste basée avant tout sur le fait que la Chine est l’usine low cost du monde.

Ils attaquent le plus gros des maillons faibles de l’Europe, à savoir la France, ce qui aura pour conséquence de faire exploser l’euro puisque aucun plan d’aide européen ne sera suffisant et possible pour sauver la France, ce ne sont pas les Grecs qui vont payer pour nous, bien que l’inverse fut vrai. Résultat ? Dislocation de l’Europe et mort de l’euro. Avec le bazar que ne manquerait pas de créer l’explosion de la monnaie unique, les peuples européens seraient vaccinés sur plusieurs générations contre toute tentation de monnaie unique. Tout bon pour maintenir le statut du roi dollar qui se verrait apprécié, et les États-Unis verraient affluer des fonds du monde entier qui viendraient s’investir sur les bons du Trésor américain dont les taux, du coup, baisseraient même sans l’aide de la Fed…

Entre-temps, on stresse un peu les Russes avec cette histoire ukrainienne, on distend les liens entre l’Europe et la Russie pour affaiblir les deux et au passage, on fait signer un beau traité transatlantique afin de pouvoir acheter de beaux actifs dont les prix seront fracassés lors de la grande crise que l’on n’aura pas manqué de créer.

Comme ce fameux traité est censé être signé en 2015… Évidemment, tout cela n’aura jamais lieu car il s’agit uniquement du délire d’un pauvre économiste derrière son clavier qui voit le mal partout et vraiment… aucune raison d’espérer.

Bon, je vais aller acheter quelques boîtes de raviolis péremption 2018… On ne sait jamais.


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