Banques centrales : Je n’aimerais pas être banquier en ce moment !

banquier credits roy (licence creative commons)

Quand on y pense à tête reposée, la politique monétaire de nos banquiers centraux a de quoi laisser perplexe.

Par Guillaume Nicoulaud.

banquier credits roy (licence creative commons)

Je n’aimerais pas être banquier en ce moment. Ce n’est pas tellement le mal qu’on peut dire d’eux ni la quantité de chapeaux qu’on veut leur faire porter qui me fait dire ça — ils ont l’habitude ! — mais plutôt la tournure que prennent leurs affaires. Jugez plutôt.

D’abord, il y a la schizophrénie des banques centrales qui, d’une main, exhortent les banques à prêter aux entreprises pour relancer la croissance et, de l’autre, s’empressent de durcir les ratios prudentiels de telle sorte qu’elles n’aient matériellement aucun intérêt à le faire. Admettez tout de même que ce n’est pas simple ; surtout quand vos clients habituels ont quelques solides raisons de ne surtout pas vouloir s’endetter plus. Mais ce qui, si j’étais banquier, me ferait passer des nuits blanches, c’est surtout le niveau des taux d’intérêts.

Certes, aujourd’hui, les banques ont accès à des conditions de refinancement historiquement attractives. Les Fed Funds sont à zéro ou peu s’en faut et l’Eonia, lui, évolue carrément en territoire négatif. En d’autres termes, le commun des banquiers peut emprunter de l’argent à des taux nuls ou presque et le prêter sur dix ans à — mettons — 3 ou 4%. Sur le papier, la situation est idyllique : une marge d’intérêt de 3 à 4%, pour une banque, c’est du pain béni.

banquiers rené le honzecÀ ceci près que tout le monde s’attend à ce que les taux remontent tôt ou tard. D’une part, quand on est déjà à zéro on peut difficilement aller plus bas (pas durablement en tous cas) et, d’autre part, on ne peut pas réellement dire que la politique menée par nos banquiers centraux ait été un succès flagrant. Quoiqu’il en soit, à en juger par la pente de la courbe des taux, la remontée des taux ne semble faire de doute pour personne.

Or voilà : si les taux remontent, les banquiers devront toujours refinancer leurs crédits à 3 ou 4% pendant les dix années qui viennent et ils devront faire ça aux conditions créées par les banques centrales. Avec des taux courts à 1%, ça ira encore. Avec des taux courts à 2%, ça va commencer à être beaucoup plus difficile et il faut espérer qu’aucune crise de crédit ne pointe à l’horizon. Avec des taux courts supérieurs à 3%, vous pouvez considérer que vous êtes déjà en faillite. Vous m’accorderez sans doute que des taux courts à 3%, au regard des cinquante dernières années, c’est tout sauf de la science-fiction et que nos amis banquiers ont, dès lors, quelques solides raisons de se montrer très prudents.

Quand on y pense à tête reposée, la politique monétaire de nos banquiers centraux a de quoi laisser perplexe. À quoi ont rimé les Quantitative Easing et autres Permanent Open-Market Operations ? En substance, à appuyer sur la partie longue de la courbe des taux et donc, à anéantir la marge d’intérêt créée par la Zero Interest Rate Policy. De deux choses l’une : soit les banquiers centraux ne comprennent pas ce qu’est une banque privée, soit ils poursuivent un objectif qui m’échappe complètement.

Dans les deux cas, je n’aimerais pas être banquier en ce moment.