Banques centrales : Je n’aimerais pas être banquier en ce moment !

Quand on y pense à tête reposée, la politique monétaire de nos banquiers centraux a de quoi laisser perplexe.

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Banques centrales : Je n’aimerais pas être banquier en ce moment !

Publié le 16 octobre 2014
- A +

Par Guillaume Nicoulaud.

banquier credits roy (licence creative commons)

Je n’aimerais pas être banquier en ce moment. Ce n’est pas tellement le mal qu’on peut dire d’eux ni la quantité de chapeaux qu’on veut leur faire porter qui me fait dire ça — ils ont l’habitude ! — mais plutôt la tournure que prennent leurs affaires. Jugez plutôt.

D’abord, il y a la schizophrénie des banques centrales qui, d’une main, exhortent les banques à prêter aux entreprises pour relancer la croissance et, de l’autre, s’empressent de durcir les ratios prudentiels de telle sorte qu’elles n’aient matériellement aucun intérêt à le faire. Admettez tout de même que ce n’est pas simple ; surtout quand vos clients habituels ont quelques solides raisons de ne surtout pas vouloir s’endetter plus. Mais ce qui, si j’étais banquier, me ferait passer des nuits blanches, c’est surtout le niveau des taux d’intérêts.

Certes, aujourd’hui, les banques ont accès à des conditions de refinancement historiquement attractives. Les Fed Funds sont à zéro ou peu s’en faut et l’Eonia, lui, évolue carrément en territoire négatif. En d’autres termes, le commun des banquiers peut emprunter de l’argent à des taux nuls ou presque et le prêter sur dix ans à — mettons — 3 ou 4%. Sur le papier, la situation est idyllique : une marge d’intérêt de 3 à 4%, pour une banque, c’est du pain béni.

banquiers rené le honzecÀ ceci près que tout le monde s’attend à ce que les taux remontent tôt ou tard. D’une part, quand on est déjà à zéro on peut difficilement aller plus bas (pas durablement en tous cas) et, d’autre part, on ne peut pas réellement dire que la politique menée par nos banquiers centraux ait été un succès flagrant. Quoiqu’il en soit, à en juger par la pente de la courbe des taux, la remontée des taux ne semble faire de doute pour personne.

Or voilà : si les taux remontent, les banquiers devront toujours refinancer leurs crédits à 3 ou 4% pendant les dix années qui viennent et ils devront faire ça aux conditions créées par les banques centrales. Avec des taux courts à 1%, ça ira encore. Avec des taux courts à 2%, ça va commencer à être beaucoup plus difficile et il faut espérer qu’aucune crise de crédit ne pointe à l’horizon. Avec des taux courts supérieurs à 3%, vous pouvez considérer que vous êtes déjà en faillite. Vous m’accorderez sans doute que des taux courts à 3%, au regard des cinquante dernières années, c’est tout sauf de la science-fiction et que nos amis banquiers ont, dès lors, quelques solides raisons de se montrer très prudents.

Quand on y pense à tête reposée, la politique monétaire de nos banquiers centraux a de quoi laisser perplexe. À quoi ont rimé les Quantitative Easing et autres Permanent Open-Market Operations ? En substance, à appuyer sur la partie longue de la courbe des taux et donc, à anéantir la marge d’intérêt créée par la Zero Interest Rate Policy. De deux choses l’une : soit les banquiers centraux ne comprennent pas ce qu’est une banque privée, soit ils poursuivent un objectif qui m’échappe complètement.

Dans les deux cas, je n’aimerais pas être banquier en ce moment.

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  • Vient de paraître un livre qui s’intitule : « Faites sauter la banque ! de Marc FIORENTINO , c’est peut être la moment !  » Les banques prélèvent chaque année sur vos comptes, automatiquement, sans votre autorisation, des centaines d’euros de frais injustifiés, mais vous ne réagissez pas.
    Alors que vous êtes 40 % à avoir déjà trompé votre conjoint, même s’il vous est fidèle, vous êtes 92 % à rester fidèles à votre banque, même si elle vous trompe. Il est temps de vous réveiller ! Et d’économiser de l’argent.  »
    Disponible ici : http://www.chire.fr/A-192838-faites-sauter-la-banque-guide-pour-economiser-votre-argent.aspx

  • Vous vous fiez trop au dicton : si vous avez 1 million de découvert, vous avez une problème, mais si vous avez 1 milliard de découvert, c’est votre banquier qui a un problème. Si votre gouvernement a mille milliards de découvert, ça n’est pas son banquier qui a un problème, c’est vous, et lui le sait mais pas vous.

    • Prenons un cas hypothétique vous êtes un état avec de 2000G de dette et qui correspondent grosso modo au PIB si vous êtes en déficit primaire vous avez un problème car vous devez emprunter pour financer vos dépenses courantes par contre si vous faites le nécessaire pour être en excédant primaire c’est à dire que votre déficit se retrouve uniquement composé des intérêts de la dette ceux sont vos créanciers qui ont un problème car ils n’ont aucun moyen de vous contraindre à payer, et si par exemple la dette est détenue mettons aux 2/3 par de vils capitalistes égorgeurs d’enfants apatrides celui-ci peut faire un joli bail-out et ne s’engager à rembourser en totalité que les détenteurs nationaux.

      Evidemment toute ressemblance avec un état existant serait purement fortuite et l’hypothèse qu’il fasse sciemment le choix de ne pas rembourser la totalité de sa dette est évidemment abracabrantesque

      • Mais après, vous avez un problème car vous ne trouverez plus personne pour vous financer, ou alors à des taux stratosphériques.

        • C’est pour cela que la plupart des gros joueurs sur dette détestent l’idée d’un équilibre structurel des finances publiques et adorent l’endettement endémique.

          Sitôt que vous avez un équilibre hors service de la dette, vous devenez très dangereux car vous pouvez faire défaut sans conséquence… C’est ce qui risque d’arriver en Grèce, et ça fout la trouille à plus d’un.

          • « faire défaut sans conséquence » : à la population ruinée ou massacrée près, effectivement, il n’y a jamais de conséquences aux défauts des Etats obèses.

            • Cher Cavaignac, Les défauts sur dette souveraine sont globalement plus tendres aujourd’hui qu »hier : le prince ne tue plus, ou n’embastille plus, ses créanciers. Il se contente souvent de raccourcir la taille de leur piscine, et jusqu’ici il n’y arrive pas très bien.

              Cela tient aussi au fait qu’en général, le détenteur de la dette n’est jamais le détenteur originel : l’ultra-titrisation a éloigné le prêteur de l’emprunteur, et dilué la relation, qui n’est au bout du compte qu’un simple rapport de force. (Le cas Argentin est très instructif à ce sujet.)

              Le privilège du Prince est dêtre celui qui peut manquer à la parole qu’il a donné ou qu’il représente. Conséquence : tout effronté qui prête à un pays (que ce soit en achetant des bons ou simplement en détenant de la monnaie) est sensé savoir les risques qu’il court avec ce type d’animaux. Si on perd d’avoir trop prêté à un pays, on n’a à s’en prendre qu’à soi meme.

              Il ne faut pas oublier qu’un pays peut faire faillite, mais on ne peut pas le fermer comme une usine et dire à tous ses habitants de partir. Face à un pays, un créancier doit savoir qu’il est toujours potentiellement perdant.

              Pas oublier non plus que la monnaie, c’est juste de la violence en petits carrés de papier… vaut mieux pas trop jouer avec, sinon ça vous pête à la gueule. Pas trop demander que l’endetté paie, sinon, on se retrouve avec des conséquences bizarres, genre guerre mondiale.

              Money =  » Pieces of paper with pictures on it so we don’t have to kill each other just to get something to eat. » (Margin Call)

              • tout effronté qui prête à un pays (que ce soit en achetant des bons ou simplement en détenant de la monnaie) est sensé savoir les risques qu’il court avec ce type d’animaux.

                Les bêtes sauvages, c’est bon pour les zoos 😉

                Pas oublier non plus que la monnaie, c’est juste de la violence en petits carrés de papier…

                C’est du pouvoir, pas que d’achat. C’est pareil avec les coquillages …

      • L’excédent primaire tel qu’il est habituellement calculé est largement insuffisant parce qu’il ne recouvre que les intérêts.

        Dans votre hypothèse, il resterait à rembourser le capital passé auprès du tiers local restant, ce qui implique d’émettre indéfiniment une nouvelle dette auprès de ce marché spécifique. On peut spéculer sans trop de risque de se tromper que le marché local va rapidement se tarir à la lumière du traitement réservé aux étrangers.

        On doit également spéculer que les étrangers ne vont pas laisser tondre leurs banques créancières sans réagir brutalement. Alors, la France pourra dire adieu aux accords de swap, aux liquidités en dollars, à l’euro… Comment fera-t-on pour payer les importations indispensables à notre économie que nous sommes définitivement incapables de produire localement à un prix supportable par la population ?

        Conclusion : s’il y a un créancier prioritaire pour se faire empapaouter par l’Obèse, n’en doutez pas, c’est le créancier français, avec ses assurances-vie, qui tient la corde loin devant les autres.

        • Je n’ai jamais dit qu’on ne rembourserai pas les étrangers j’ai juste dit que l’état ne remboursera pas l’intégralité de sa dette au près de ceci et que l’état paiera intégralement sa dette vis à vis de ses nationaux non pas par altruisme mais parce qu’il peut contraindre les nationaux à continuer à lui prêter.
          Les dettes publiques ne sont pas soutenables et ça ne concerne pas que la France et les créanciers subiront de lourdes pertes d’une manière ou d’une autre.
          La seule chose c’est que pour éviter le pire il faudra que l’état organise son bail-out et pour pouvoir le négocier au mieux il faut qu’il ne soit pas en excédant primaire.

          • pour pouvoir le négocier au mieux il faut qu’il ne soit pas en excédant primaire.

            Fait moi peur, HOU, cela marche encore ❓

            Autant ramener l’âge de la retraite à 40 ans … HOU …
            Ce sera radical ( de gauche )… Plus un prêteur !!! ❗

      • et ne s’engager à rembourser en totalité que les détenteurs nationaux.

        Vous devez être une tortue finement sur le dos, car en général, ce sont les locaux qui se font baiser en premier … Toujours ❗

  • je ne me fais aucun soucis pour les banquiers centraux : je n’en ai pas encore vu un condamné pour sa gestion foireuse.
    En revanche, ils peuvent mettre de l’argent de côté.

    les perdants, ce sera nous !

  • On dirait effectivement que les banquiers centraux ont oublié comment fonctionnent les banques privées.
    Un autre exemple que celui évoqué dans l’article est le fameux taux d’intérêt négatif sur les dépôts à la BCE.
    La BCE semble avoir oublié que les crédits créent les dépôts et que ce taux négatif supposé encourager les prêts équivaut donc en réalité à les taxer.

  • Cet objectif Guillaume, c’est la guerre.

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