Monétarisme c. théorie quantitative de la monnaie

argent arme credits dominik meissner (licence creative commons)

La vieille Europe socialisante s’est sabordée en voulant être plus forte que l’Amérique libérale tant honnie, à cause de son ignorance du monétarisme.

Par Jean-Pierre Chevallier.

argent arme credits dominik meissner (licence creative commons)

La théorie quantitative de la monnaie est l’une des pires élucubrations qui ait été pondues par les économistes depuis plusieurs siècles…

Pour l’essentiel, elle se traduit par cette équation : M x V = P x Q dans laquelle M représente la masse monétaire (ou un agrégat), V la vitesse de circulation de la monnaie, P les prix et Q les quantités produites.

En fait, P x Q correspond au PIB nominal. La vitesse de circulation de la monnaie est donc le résultat du rapport entre le PIB et (sur) la masse monétaire : V = PIB / M. Le problème est que ce concept ne signifie absolument rien d’utile à la compréhension des problèmes monétaires. En effet, c’est son inverse, le rapport : M / PIB (exprimé en pourcentage) qui est significatif.

Ainsi par exemple, l’agrégat monétaire M1 de la zone euro représente 57,9% du PIB contre 16% aux États-Unis,

chevallier1

Une conclusion s’impose : une gigantesque bulle monétaire de plus de 4 000 milliards d’euros s’est constituée et continue à se développer dans la zone euro !

chevallier2

C’est tellement gros que personne (sauf moi, à ma connaissance) ne la voit ! C’est bien entendu de l’argent non gagné qui se trouve sous la forme de bons gros billets et sur les comptes courants des particuliers dans la zone euro. C’est de la pure création monétaire, en particulier le résultat des politiques démagogiques des gouvernements qui ont distribué et qui continuent de distribuer de l’argent sans contrepartie de production.

L’argent sain est le premier pilier des Reaganomics, or l’argent n’est plus sain dans la zone euro qui est ainsi plombée pour une très longue période.

En effet, une hypertrophie de la masse monétaire se traduit toujours par une longue période déflationniste (avec une croissance quasiment nulle voire négative), tant qu’elle n’est pas résorbée. Le Japon, avec une bulle monétaire en M3-M2 en est victime depuis des décennies.

Certaines bulles monétaires peuvent éclater en faisant des dommages collatéraux. Ainsi, en a-t-il été de la bulle en M3-M2 que Ben Bernanke a fait éclater en 2008.

Il est impossible d’avoir des données sur M3 aux États-Unis car B-2 a pris la précaution, dès sa nomination à la tête de la Fed, de ne plus publier les chiffres de M3 de façon à ce que les personnes en dehors de la Fed ne puissent pas disposer de ces informations essentielles. Cependant, il est possible d’avoir un ordre de grandeur de la bulle aux États-Unis qui a atteint son paroxysme en 2008 par analogie avec le même agrégat dans la zone euro, dans la mesure où les économies américaines et européennes sont très fortement liées : elle a certainement été de l’ordre de 1 000 milliards de dollars,

chevallier3

Avant l’éclatement de la bulle américaine symbolisée par la faillite de la banque des frères Lehman, il aurait été possible de mettre fin à la cause de cette bulle de l’eurozone en mettant fin à cette zone monétaire contre nature car les écarts des rendements des bons des Trésors à 10 ans (qui font office d’ersatz de monnaies nationales) par rapport à ceux du Bund étaient inférieurs à 10%,

chevallier4

Maintenant, tout éclatement de la zone ne peut que se faire dans les plus grandes douleurs.

Le maintien de la zone euro ne peut qu’aggraver la situation des malheureux Euro-zonards avec une croissance durablement nulle voire négative.

Cette hypertrophie de la masse monétaire dans la zone euro ralentit l’activité mondiale, ce qui signifie que la croissance sera partout inférieure à son potentiel optimal, sans inflation, aux États-Unis du moins, avec des taux anormalement bas. C’est le début d’un nouveau paradigme.

Rares sont les personnes qui analysent correctement les causes de ces dysfonctionnements monétaires car plus personne n’actualise le monétarisme, resté sur ce qu’il était après le décès de Milton Friedman. Seules certaines personnes au sein de la Fed actualisent et appliquent ce monétarisme, avec brio, mais ces connaissances ne sortent pas de la Fed.

Ainsi, la vieille Europe socialisante s’est sabordée en voulant être plus forte que l’Amérique libérale tant honnie, à cause de son ignorance du monétarisme.

Le job de Joe le plombier, ce sont les tuyaux, celui des autorités monétaires (en particulier françaises), ce sont les problèmes monétaires. Le problème est que la nomenklatura française est par définition ignare et qu’elle s’acharne contre ceux qui dénoncent ses erreurs. Cet article confirme une fois de plus les analyses que je fais à ce sujet depuis un certain nombre d’années…

Tout est simple.

Compléments :

M2-M1 devrait normalement fluctuer autour de 40% du PIB, ce qui est le cas maintenant dans la zone euro. En renvanche, les Américains (des États-Unis) épargnent trop depuis les fortes turbulences de 2007-2008. Ils devraient soit dépenser davantage, soit investir leur épargne dans des projets créateurs de richesses : soit leur propre entreprise, soit sous forme d’actions. La Fed a racheté des bons du Trésor (pour 2 450 milliards de dollars) et des titres hypothécaires (pour 1 670 milliards)…

chevallier5

… en les payant avec l’argent qui a été déposé par les banques (pour 2 800 milliards) et des… billets (pour 1 200 milliards), ce qui est normal pour une banque centrale,

Il n’y a donc pas eu de création monétaire dans cette politique dite accommodante mais circulation d’argent initiée par la Fed, ce qui est parfaitement en conformité avec le monétarisme comme l’a rappelé Milton Friedman lors d’une de ses dernières déclarations.

chevallier6


Sur le web