Huile de Schiste : une guerre des prix avec les États-Unis en perspective ?

Ne serait-il pas plus raisonnable que les États-Unis rejoignent l’OPEP et « gèrent » avec l’organisation ce changement majeur dans la production mondiale de pétrole ?

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Bagarre d'enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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Huile de Schiste : une guerre des prix avec les États-Unis en perspective ?

Publié le 11 octobre 2014
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Par Aymeric de Villaret.

bagarre d'enfants credits their history (licence creative commons)
Bagarre d’enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Bien sûr les États-Unis ne peuvent rejoindre une organisation qui exporte du pétrole, dans la mesure où les États-Unis sont 1) loin d’exporter 2) que toute entente est interdite… mais la question mérite d’être posée… ou la question devrait plutôt être : l’OPEP attend-elle que les États-Unis agissent eux-mêmes sur leur production pétrolière ?

En effet, alors que les marchés se sont habitués à ce que les membres principaux de l’OPEP (les pays du Golfe – Émirats Arabes Unis, Koweït et surtout Arabie Saoudite) « gèrent » les hausses et les baisses des cours du baril de pétrole, la chute de plus de 20% depuis le 19 juin 2014 sans réactions notables de ceux-ci commence à interpeller… et à faire entrer les commentateurs dans une foule d’hypothèses…

Pourquoi l’OPEP ne réagit elle pas, et surtout l’Arabie Saoudite qui, comme nous l’avons écrit en début de semaine vient de baisser ses prix de ventes pour l’Asie, signe qu’elle serait prête à accepter des prix plus bas ?

Deux hypothèses majeures sont avancées :

  1. pénaliser les russes dont le budget dépend beaucoup des cours du baril et là ce serait de la part des pays du Golfe, une aide à la politique américaine ;
  2. pénaliser les producteurs américains d’huile de schiste, dont la production progresse fortement (1 Mb/j depuis 3 ans) avec des pertes de parts de marché pour les membres de l’OPEP dans la mesure où ces derniers exporteront moins vers les États-Unis.

Ill-1b

On constate bien que ces deux hypothèses sont complètement à l’opposé puisque d’un côté, c’est une chute qui serait « voulue » par les États-Unis et de l’autre une dirigée « contre » les États-Unis…

Montée en puissance de la production américaine de l’huile de schiste et craintes de l’OPEP

Il est vrai que si l’on regarde les réunions de l’OPEP passées, il devient de plus en plus probable que l’OPEP se doive de répondre lors de sa réunion du 27 novembre prochain par un message fort si l’organisation veut arrêter la baisse récente et surtout la tendance…

Cela fait maintenant six ans que l’OPEP n’a pas coupé sa production… Et même si l’organisation coupe, quid de 2015 ? Car en 2015, la production de pétrole américaine continuera de croître (voir graphe précédent).

Dans ces cas-là, est-ce reculer pour mieux sauter que de couper… en novembre 2014, en faisant bénéficier les concurrents de l’OPEP de ses efforts, avec la hausse des cours qui en découlerait ? Ne vaut-il pas mieux attendre que les prix baissent plus ?

L’huile de schiste américaine a besoin d’un cours du baril élevé

Poser ces questions amènent déjà des éléments de réponse lorsque l’on sait que l’huile de schiste américaine dans certains États a des problèmes de rentabilité lorsque les prix du baril approchent les 80 $/baril… Voir graphe ci-après :

Ill-2b

Et lorsque l’on connait la forte réactivité des producteurs américains à la baisse de leurs profits, on comprend d’autant mieux que l’Arabie Saoudite puisse être tentée d’envoyer un signal à ceux-ci.
Ainsi, de nombreux projets américains qui se justifient pour un baril dans la zone de 90-100$, le seraient moins si celui-ci menaçait d’aller vers les 80$, voir en dessous.

Que faire de mieux dans ces conditions que de « montrer » que l’on est capable de laisser filer le baril ? L’Arabie Saoudite n’a-t-elle pas intérêt à ce que les producteurs d’huile de schiste américains souffrent et s’arrêtent même pour certains ?

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  • Il me semble que c’est les premiers projets qui sont faits pour un baril vers 100$, depuis le capital a été amortit, la procédé amélioré pour être plus productif et les puits mieux choisis.

    C’est d’ailleurs à cause de ces premiers puits qui ne sont plus rentables que les écologistes parlent de bulle, alors que c’est tout à fait normal que les premiers puits soient moins rentables que les seconds.

    Les puits des entreprises qui font faillite sont rachetés et exploités jusqu’à la fin tout de même, pour en tirer un maximum d’argent. C’est le cout du forage qui est important, l’extraction pas tant que ça.

  • A l’examen : quelle est la respectabilité des producteurs assemblés sous la bannière de l’OPEP ? S’intégrer à eux équivaudrait à se subordonner à des causes non énergétiques, hautement douteuses et peu démocratiques ! Elargissez les bases de votre raisonnement ?

    Prix peu élevés au sein des USA : tout naturellement, ceci confère à leurs industries « process » une rentabilité renouvelée. Leurs chimistes en bénéficient, idem pour les sidérurgistes, les électriciens, les manufacturiers … sans oublier leurs consommateurs particuliers !
    Les schémas franco-français sont décidément distordus par notre singulier contexte de la non compétitivité… Que nous soyons défavorisés dans ce contexte est vrai, mais la conséquence triviale de nos mentalités peu adaptées à un monde renversé.

  • Objectif : 40 dollars le baril. L’AS se fiche pas mal d’avoir un budget en déficit. Il est bien entendu que l’AS fera, comme les autres pays, défaut sur sa dette publique. Pourquoi se priver ? C’est sans risque pour les décideurs politiques ! En regard de ce léger désagrément, l’avantage obtenu de mettre en difficulté certains de ses concurrents est incomparable. Par ailleurs, on n’oublie pas que la majorité du pétrole mondial est extrait pour un coût égal ou inférieur à 30 dollars le baril, moins de 10 dollars en AS. Certains affirment qu’ISIS vendrait son pétrole au marché noir à 12 dollars le baril. Bref, il y a toute la marge nécessaire pour une correction des cours.

    On note, Intéressante coïncidence, que l’AS vient de décider d’augmenter sa production juste au moment où on apprend que la croissance du PIB chinois serait plus proche de 2% que des 7% officiels et que l’économie mondiale, laminée par l’insensée guéguerre monétaire, n’est pas aussi vaillante qu’on l’imaginait voici encore quelques semaines. Encore quelques annonces du FMi ou de l’OCDE, et on apprendra que le monde est entré en récession.

    • L’économie de l’AS est sclérosée par un secteur public énorme et le roi veut que les gens se mettent à travailler dans des entreprises privées et créer de la richesse. Il y a fort à parier qu’il y aura des réformes affin qu’il puisse retrouver une marge de manœuvre budgétaire tout en continuant une politique de baisse des prix.

      Sinon le prix de production irakien est plus vers 15$.

  • Pour raisonner correctement il faut d’abord ne pas oublier que c’est l’énergie qui est à la base de toute l’économie et pas le contraire. Donc il ne faut jamais dire « le baril est à X dollar », mais bien plutôt « le dollar est à 1/X baril » (même si c’est mathématiquement la même chose…). Quand le pétrole est moins cher, les USA en profite bien plus que ce qu’ils perdent en production autonome.

    La baise des prix de l’AS est simplement sa contribution à l’effort de guerre américain en Irak, pas besoin de chercher midi à 14h

  • Dans cette guerre, les USA ont beaucoup moins de munitions que l’Arabie Saoudite.

    Ceci à cause la révision en baisse de 2/3 des réserves américaines de pétrole de schiste.

    Selon l’Agence américaine de l’énergie, les réserves prouvées de pétrole brut sont de 30 milliards de barils aux USA, 268 milliards de barils pour l’Arabie Saoudite et 800 milliards de barils pour tout le Moyen Orient.

    Les USA ne pourront pas produire 10 millions de barils par jour (3,6 milliards de barils par an) pendant des décenies, sauf à utiliser de nouvelles réserves qui seront encore plus coûteuses à exploiter.

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