Huile de Schiste : une guerre des prix avec les États-Unis en perspective ?

Bagarre d'enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Ne serait-il pas plus raisonnable que les États-Unis rejoignent l’OPEP et « gèrent » avec l’organisation ce changement majeur dans la production mondiale de pétrole ?

Par Aymeric de Villaret.

bagarre d'enfants credits their history (licence creative commons)
Bagarre d’enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Bien sûr les États-Unis ne peuvent rejoindre une organisation qui exporte du pétrole, dans la mesure où les États-Unis sont 1) loin d’exporter 2) que toute entente est interdite… mais la question mérite d’être posée… ou la question devrait plutôt être : l’OPEP attend-elle que les États-Unis agissent eux-mêmes sur leur production pétrolière ?

En effet, alors que les marchés se sont habitués à ce que les membres principaux de l’OPEP (les pays du Golfe – Émirats Arabes Unis, Koweït et surtout Arabie Saoudite) « gèrent » les hausses et les baisses des cours du baril de pétrole, la chute de plus de 20% depuis le 19 juin 2014 sans réactions notables de ceux-ci commence à interpeller… et à faire entrer les commentateurs dans une foule d’hypothèses…

Pourquoi l’OPEP ne réagit elle pas, et surtout l’Arabie Saoudite qui, comme nous l’avons écrit en début de semaine vient de baisser ses prix de ventes pour l’Asie, signe qu’elle serait prête à accepter des prix plus bas ?

Deux hypothèses majeures sont avancées :

  1. pénaliser les russes dont le budget dépend beaucoup des cours du baril et là ce serait de la part des pays du Golfe, une aide à la politique américaine ;
  2. pénaliser les producteurs américains d’huile de schiste, dont la production progresse fortement (1 Mb/j depuis 3 ans) avec des pertes de parts de marché pour les membres de l’OPEP dans la mesure où ces derniers exporteront moins vers les États-Unis.

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On constate bien que ces deux hypothèses sont complètement à l’opposé puisque d’un côté, c’est une chute qui serait « voulue » par les États-Unis et de l’autre une dirigée « contre » les États-Unis…

Montée en puissance de la production américaine de l’huile de schiste et craintes de l’OPEP

Il est vrai que si l’on regarde les réunions de l’OPEP passées, il devient de plus en plus probable que l’OPEP se doive de répondre lors de sa réunion du 27 novembre prochain par un message fort si l’organisation veut arrêter la baisse récente et surtout la tendance…

Cela fait maintenant six ans que l’OPEP n’a pas coupé sa production… Et même si l’organisation coupe, quid de 2015 ? Car en 2015, la production de pétrole américaine continuera de croître (voir graphe précédent).

Dans ces cas-là, est-ce reculer pour mieux sauter que de couper… en novembre 2014, en faisant bénéficier les concurrents de l’OPEP de ses efforts, avec la hausse des cours qui en découlerait ? Ne vaut-il pas mieux attendre que les prix baissent plus ?

L’huile de schiste américaine a besoin d’un cours du baril élevé

Poser ces questions amènent déjà des éléments de réponse lorsque l’on sait que l’huile de schiste américaine dans certains États a des problèmes de rentabilité lorsque les prix du baril approchent les 80 $/baril… Voir graphe ci-après :

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Et lorsque l’on connait la forte réactivité des producteurs américains à la baisse de leurs profits, on comprend d’autant mieux que l’Arabie Saoudite puisse être tentée d’envoyer un signal à ceux-ci.
Ainsi, de nombreux projets américains qui se justifient pour un baril dans la zone de 90-100$, le seraient moins si celui-ci menaçait d’aller vers les 80$, voir en dessous.

Que faire de mieux dans ces conditions que de « montrer » que l’on est capable de laisser filer le baril ? L’Arabie Saoudite n’a-t-elle pas intérêt à ce que les producteurs d’huile de schiste américains souffrent et s’arrêtent même pour certains ?