« D’or et de papier » de Benoît Malbranque

Ce nouveau petit livre de la collection « Les insoumis », percutant et argumenté, traite de la monnaie avec pédagogie.

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« D’or et de papier » de Benoît Malbranque

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 octobre 2014
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Par Francis Richard.

malbranqueEn exergue à son livre sur la monnaie, D’or et de papier, Benoît Malbranque met cette phrase lumineuse de Ludwig von Mises : « Un gouvernement est la seule organisation capable de prendre une matière première importante comme le papier, d’y mettre un peu d’encre dessus, et de rendre le tout totalement sans valeur. »

Cette phrase résume bien ce petit livre (petit par le nombre pages), percutant et argumenté, où l’auteur traite de la monnaie avec pédagogie. Benoît Malbranque rappelle que la monnaie est apparue spontanément et que la loi a fini par valider cette pratique, née sans elle, et par lui apporter sa caution.

Aristote définit les trois fonctions que doit remplir une monnaie pour être une monnaie :

  • être une unité de compte
  • être un intermédiaire des échanges
  • être une réserve de valeur

C’est à cette dernière aune-là que l’on peut, encore aujourd’hui, apprécier si une monnaie est saine. Car il y a des monnaies malsaines… En effet il est tentant pour l’État de trahir la confiance que les utilisateurs de la monnaie placent en lui, puisqu’il la cautionne. Il n’a pas manqué, tout au long de l’Histoire, de succomber à cette tentation. Cela a commencé par des altérations des monnaies métalliques, en jouant sur leur teneur en métal ou en indiquant sur elles des valeurs inférieures à leurs valeurs réelles en métal. Ces altérations constituaient purement et simplement la commission d’un vol…

Cela s’est poursuivi avec la création de monnaies papier. L’auteur donne deux exemples français de ces créations de monnaie de singe : les billets émis à partir de rien par la Compagnie de John Law et les assignats, billets reposant sur les biens du clergé. Dans les deux cas, inversant la relation de cause à effet, il s’est agi de créer la prospérité à partir de la création de monnaie…

Dans le premier cas, la monnaie mise en circulation est devenue très vite un multiple du capital initial, dans le second un multiple de la valeur des biens conservés en gage. Et, dans les deux cas, les prix des biens ont augmenté ; la ruine a été au rendez-vous de tout le monde, à l’exception de quelques initiés…

En matière d’inflation, beaucoup de beaux esprits inversent, là encore, la relation de cause à effet. Benoît Malbranque rappelle que : « Le cours normal des prix est de baisser avec l’amélioration des techniques. » Et qu’en réalité : « L’inflation n’est pas une hausse durable des prix, mais, plutôt, une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie. »

Quel est le mécanisme ?

« Lorsqu’il y a davantage de monnaie en circulation, la valeur de la monnaie diminue, et les prix augmentent. C’est mécanique. Toute marchandise diminue de valeur quand on en accroît la quantité offerte, ceteris paribus [toutes choses étant égales par ailleurs]. La monnaie ne se comporte pas autrement. »

Le papier-monnaie remplit-il les trois fonctions que doit avoir une monnaie, selon Aristote ? Il remplit évidemment les rôles d’unité de compte et d’intermédiaire des échanges (encore qu’il serait vite remplacé dans ce dernier rôle par un autre étalon s’il n’y avait pas de cours forcé), mais il ne remplit pas celui de réserve de valeur : « Considérez cet exemple simple : si votre arrière-grand-père avait placé 1 000 francs dans un tiroir, et votre grand-père, une demi-once d’or dans un autre, que resterait-il aujourd’hui? Simple : une demi-once d’or et quelques bouts de papier. »

Le papier-monnaie est bien une monnaie malsaine.

Pour qu’une monnaie soit saine, « il faut que la monnaie soit à nouveau une marchandise, comme elle fut à ses origines, et comme elle aurait dû le rester. Qu’elle soit une valeur en elle-même, et un gage de valeur en elle-même. » « L’or comme l’argent métal ont une valeur intrinsèque, indépendante de leur rôle d’intermédiaire des échanges. »

Pour qu’une monnaie soit saine, il faut en outre qu’elle puisse être produite comme toute autre marchandise : « Si la production de monnaie était protégée par une attention à l’exécution contractuelle, et régulée par la concurrence et le juste intérêt de chacun, disparaîtraient la fraude, la surabondance et la tromperie. »

En conclusion, l’auteur indique quelles mesures simples et concrètes permettraient selon lui le retour à de la monnaie saine :

  • la fin du monopole public
  • la libéralisation de l’achat et de la vente de métaux et l’abolition de la lourde fiscalité qui pèse sur leurs échanges.

Benoit Malbranque, D’or et de papier, Les Belles Lettres, septembre 2014, 80 pages.


Sur le web 

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  • Bien que je ne veuille pas spécialement défendre la monnaie papier voici quelques remarques:

    – Sommes nous encore dans le règne de la monnaie papier alors la majorité de la monnaie est électroniquo-scripturale ? parler de monnaie papier fait « so twentieth century », je me demande si un djeun’ sortant du collège lycée pourrait encore comprendre le distingo…

    – L’article succinct évidemment laisse penser qu’il y a une bonne solution (monnaie metallique) et une mauvaise (monnaie papier). Je gage que la solution monnaie métallique apporte elle aussi des emmerdes mais je suppose qu’elle sont différente.

  • Le problème n’est pas qu’on imprime des notes sur des bouts de papier ou dans des mémoires informatiques.

    La note que vous donne la banque correspond à un droit de propriété sur une part du contenu de son coffre. Le problème est que dans le système des monnaies fiduciaires, il n’y a rien dans le coffre!

    Tandis que dans un système de monnaie représentative, vous tenez toujours un simple bout de papier en main, mais celui-ci vous donne droit d’accès à une part correspondante du contenu du coffre de la banque.

    Ensuite vient s’ajouter le problème du banking fractionnaire. Le système fractionnaire correspond à une prise de risque de la banque. En cas de problème, c’est la monnaie émise par la banque qui perd de la valeur. En cas de réussite, la banque s’enrichit. Ce sont les épargnants qui placent de l’argent à la banque qui sont les co-propriétaires du coffre et se sont eux qui devraient absorber les pertes et les gains.

    Dans le système des monnaies fiduciaires avec des banques centrales, les banques privées peuvent prendre toute sorte de risques sans responsabilité individuelle, puisque la monnaie ne leur appartient pas. C’est la banque centrale qui absorbe les risques. Et quand la banque centrale risque l’effondrement, c’est le gouvernement qui rachète le tout en forcant les contribuables à prendre la note.

    Dans un système de monnaie représentative, chaque banque imprime sa propre monnaie adossée au contenu de son coffre (le magot collectif des épargnants). C’est la responsabilité des épargnants de surveiller les prises de risque de leur banquier. Quand une banque privée s’effondre, seulement sa monnaie et celle de ses épargnants n’est affectée.

    • si c’est une réponse à mon commentaire je dirais juste
      – 1/ Que je connais bien le mécanisme de la création monétaire moderne, merci.
      -2/ Mon propos vis à vis de l’article est uniquement d’indiquer que le discours monnaie-papier vs monnaie métallique aura peu de résonance sur une population jeune pour qui payer c’est le NFC de leur portable.
      -3/ que, mais c’est mon aspect pessimiste je ne crois pas à la martingale et je crois que le système monnaie étalon or ou or-argent a bien d’autres défaut.

      • Ma réponse était générale, mais j’avoue avoir été préoccupé par une potentielle confusion en essayant de différencier les billets papier des monnaies scripturales informatiques.

        J’ajouterais qu’une monnaie représentative peut être adossée à n’importe quel capital réel (selon la définition autrichienne du capital): des ressources naturelles, des moyens de production, de l’énergie, du travail manuel ou des « recettes » ou une composition de ces éléments.

  • La Conclusion prête à caution.
    Il y a une variante :
    – fin du monopole politicien, au profit de l’intérêt général à long terme
    – inscription dans la constitution d’un alignement systématique de la masse monétaire avec la production de richesses réelles
    – harmonisation mondiale en matière de fiscalité sur les transactions.

    Faute de quoi, cet article se présentera comme un banal plaidoyer néo-libéral.

  • Sur ce sujet, un petit chef-d’oeuvre de clairvoyance et de pédagogie par le Maître:
    http://bastiat.org/fr/maudit_argent.html

    Il faut noter que les débats sur la monnaie se ramènent tous à l’État.
    Car la monnaie artificielle (fiat) n’est pas absurde en elle-même.
    Elle échoue à cause du socialisme:
    – Les politiciens veulent toujours contrôler davantage de ressources au service de leur clientélisme ou de leurs utopies à base d’économie planifiée plus ou moins généralisée
    – Pour ce faire ils veulent contrôler la monnaie, directement ou par l’intermédiaire de la dépense publique
    – Ce faisant ils assèchent la vraie économie, celle de marché, et causent la ruine économique
    – Celle-ci est masquée par le création monétaire jusqu’à ce que le constat du désastre soit indéniable

    La seule vertu de la monnaie naturelle (or, argent…) par rapport à la monnaie artificielle est de compliquer la manipulation monétaire.

    Autrement dit: Si l’État est libéral, la monnaie-fiat n’est pas un problème.
    J’irais jusqu’à dire que, si l’État consomme une faible part du PIB, il n’y a pas d’inconvénient à ce qu’il se finance par création monétaire exclusivement.

    J’en conclus que la question monétaire ne se pose pas, seule se pose la question politique du choix du marché contre la planification.
    Une monnaie naturelle peut gêner les dérives vers le socialisme, mais pour les contrôler durablement il me semble que la démocratie semi-directe présente des garanties bien plus solides: C’est un dispositif politique, de nature à contenir un problème politique.

    • La monnaie est par nature artificielle, je veux dire faite pas l’homme. Qu’elle soit d’or ou de papier-dette elle est un concept.

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