Bienvenue au Texas !

Texas CC Flickr J. Stephen Conn

Souvent caricaturé et raillé, le Texas n’est peut-être pas l’État que l’on croit.

Un article du Minarchiste

Texas CC Flickr  J. Stephen Conn

Le Texas est un État parmi les plus intéressants des 50 États américains. Ses politiciens ultra-conservateurs suscitent la controverse et la dérision, tandis que sa puissance économique suscite l’envie. Malgré toutes les critiques, souvent exagérées et même fausses, concernant cet État, des millions de personnes y émigrent pour un meilleur avenir, et ce depuis des décennies. Certains considèrent le Texas comme une autre nation, différente culturellement des États-Unis, alors qu’on pourrait aussi dire que cet État ressemble parfois à une version exagérée des États-Unis, donc « extrêmement » américain.

Explorons quelques faits parfois surprenants à propos du Texas.

Histoire

Le Texas est le seul État ayant mené à bien une révolution contre un autre pays (le Mexique). C’est aussi le seul État, avec Hawaï, qui a existé en tant que république indépendante ayant elle-même consenti à son annexion aux États-Unis.

Les États-Unis (sous Jefferson) et la France (sous Napoléon) ont décidé de ne pas mettre la main sur le Texas au début du 19e siècle, pour ne pas déclencher d’hostilités avec l’Espagne. En 1819, le président Adams a acheté la Floride à l’Espagne, mais pas le Texas.

En 1836, les anglo-américains et les Tejanos (des Mexicains vivant au Texas) ont mené une révolution contre la République du Mexique, qui venait tout juste d’obtenir son indépendance de l’Espagne en 1821. Le Texas est alors devenu un pays.

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En 1841, John Tyler a été le premier vice-président à devenir président des États-Unis suite à la mort du président (dans ce cas il s’agissait de Harrison, décédé d’une pneumonie un mois après le début de son terme). Tyler avait été exclu de son propre parti politique (Whigs), ce qui le laissait libre de poursuivre ses intérêts personnels, incluant l’expansion territoriale. Il lui fallu plusieurs années et une longue bataille politique pour finalement y parvenir en 1845, alors que le Texas devint le 28e État américain.

Le Texas avait accumulé d’énormes dettes suite à sa guerre de sécession contre le Mexique. En échange de l’annexion, les États-Unis allaient assumer cette dette, mais le Texas conserverait le contrôle de ses terres publiques. Le Texas obtint aussi 9 milles nautiques de juridiction, comparativement à seulement 3 milles pour les autres États américains. Cela mettait environ 4 millions d’acres de terrain submergé et regorgeant de pétrole entre les mains de l’État plutôt que du gouvernement fédéral.

Le Texas a joint les États-Unis en 1845, mais les a formellement quitté le 2 mars 1861, pour joindre la Confédération lors de la Guerre Civile Américaine. À l’époque, les Texans n’utilisaient pas beaucoup les esclaves, ce qui n’était pas un enjeu majeur pour eux. Les Texans en avaient plutôt contre l’ingérence du fédéral dans leurs affaires et son incapacité à bien protéger la frontière avec le Mexique.

En 1875, une nouvelle constitution fut adoptée, laquelle allait sévèrement limiter les pouvoirs du gouvernement de l’État. Cette constitution privilégiait les droits individuels, incluant l’habeas corpus, le droit de porter des armes à feu, la liberté d’expression, la liberté de religion et la séparation de l’Église et de l’État. Cette constitution limite aussi l’autorité du gouvernement de dépenser, d’emprunter et de taxer. La seule tâche des législateurs texans est de faire le budget… tous les deux ans… en 4 mois de délibérations.

Importance économique

Six des 20 plus grandes villes américaines se trouvent au Texas. En 2012, le Texas représentait 8,7% du PIB américain. Son économie est plus grosse que celle du Mexique, de la Corée du Sud et presque aussi grosse que celle de l’Australie. Entre juin 2009 et juin 2011, il a créé 40% des nouveaux emplois aux États-Unis.

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Entre 2000 et 2010, la population du Texas s’est accrue de 4 millions de personnes.

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Dans un huitième sondage annuel mené auprès de PDG d’entreprises par le magazine Chief Executive, le Texas s’est classé numéro 1 pour la huitième année de suite comme meilleur État où faire des affaires. Même son de cloche auprès des magazines Site Selection et Business Facilities. Du côté de CNBC, le Texas a obtenu la meilleure note du meilleur climat pour les affaires en 2008, 2010 et 2012. Dans une liste publiée en 2012 par Forbes, le Texas compte 5 des 25 meilleures villes américaines pour démarrer une entreprise ou une carrière professionnelle.

En 1989, le Texan George H.W. Bush, alors vice-président sous Ronald Reagan, a signé ce qui était à l’époque le plus important sauvetage de l’industrie financière américaine, soit $220 milliards, desquels environ le quart a été aux fiducies d’épargne du Texas. Le Texas n’a pas connu une débâcle immobilière aussi sévère que les autres États suite à la crise de 2008, même s’il s’y trouvait davantage de prêts hypothécaires subprime. Cependant, le taux de défaut de ces prêts a été inférieur à la moitié de la moyenne nationale.

Plusieurs personnes se moquent du succès relatif du Texas en mentionnant que cet État a été avantagé par sa richesse pétrolière, une œuvre de la nature. Pourtant, New York n’a pas inventé la finance, la Californie n’a pas inventé les beaux paysages, la Floride n’a pas inventé les belles plages aux eaux turquoises et le Maryland n’a pas inventé le gouvernement fédéral ! Chaque État a des facteurs favorables hors de son contrôle, à chacun d’en profiter au mieux de sa prospérité.

En juin 2011, l’industrie pétrolière et gazière du Texas employait 224.000 personnes. Cette industrie a représenté environ 13% de la création d’emplois de l’État au cours des dernières années. Contrairement à ce que bien des gens pensent, l’industrie énergétique n’y est pas si importante et l’économie texane est plutôt bien diversifiée, de Lockheed-Martin à Texas-Instruments.

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Le Texas est l’un des 7 États américains où l’impôt personnel n’existe pas,  et l’un des 4 États où il n’y a pas d’impôt sur les profits d’entreprises. Environ les deux tiers des revenus gouvernementaux proviennent des taxes de vente.

Selon une analyse publiée en 2011 par The Economist, entre 1990 et 2009, le Texas a été parmi les 20 États ayant payé davantage d’impôts fédéraux qu’ils n’ont reçu de transferts et services du gouvernement fédéral.

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En 1889, le Texas est devenu le deuxième État, après le Kansas, à adopter une loi anti-monopole, suite à une croisade des lobbyistes de l’industrie de l’agriculture. La Texas Railroad Commission est devenue un modèle pour plusieurs autres pays, et en est éventuellement venue à réglementer l’industrie pétrolière, imposant un système de quotas de production duquel l’OPEP allait plus tard s’inspirer.

Diversité ethnique

En 2012, plus de 26 millions de personnes vivaient au Texas, soit la population la plus importante après la Californie (38 millions). Seulement 45% sont des anglo-américains, 40% hispaniques et 12% afro-américains. Environ 16% des habitants sont nés à l’extérieur du pays contre 13% pour la moyenne nationale. La population de Houston est la plus ethniquement diversifiée de toutes les métropoles américaines (même New York City, qui est à 49% anglo-américaine). Les deux-tiers des habitants du Texas sont nés au Texas, environ 7 millions de personnes ne le sont pas. Aucune des personnes ayant combattu lors de la Révolution du Texas contre le Mexique n’est née dans cet État, pas même les Tejanos.

C’est au Texas que la première femme noire du Sud a été élue à la Chambre des Représentants, en 1966. Les Républicains du Texas sont plus libéraux en ce qui concerne l’immigration que ceux des autres États. Ces immigrés représentent un bassin de main d’oeuvre peu dispendieuse pour les entreprises texanes, un catalyseur économique significatif. Au Texas, que vous soyez une femme ou un noir, vous avez autant le droit que n’importe qui d’autre d’accéder au succès économique.

Système d’éducation

En mai 2012, l’Agence d’Éducation du Texas a dévoilé les résultats des étudiants de 8e année au test National Assessment of Educational Progress par groupe ethnique. Les Anglos du Texas avaient obtenu le 8e meilleur résultat des 50 États américains, les Hispaniques le 6e et les Afro-Américains le 4e. Par contre, le classement total du Texas fut de 29e, un piètre résultat souvent utilisé en exemple par les détracteurs du Texas. La raison est que la population du Texas comporte davantage d’Hispaniques et d’Afro-Américains et peu d’Asiatiques. Cela démontre bien qu’il est faux de prétendre que le Texas est peuplé par des arriérés et comporte un mauvais système d’éducation. Au contraire, ses résultats en termes de performance scolaire sont excellents, mais simplement masqués par le profil ethnique.

Beaucoup d’emplois… mais au salaire minimum ?

Le Texas et le Mississippi sont à égalité pour la plus grande proportion de travailleurs au salaire minimum, qui est fixée au regard du niveau fédéral. Au Texas, en 2011, 8% des travailleurs gagnaient 7,25$ ou moins (soit 15.000$ par année) comparativement à 5,2% pour la moyenne nationale. Cet écart s’explique en partie par le grand nombre d’immigrés aux faibles compétences. En revanche, le coût de la vie y est significativement inférieur à celui de la Californie, de la Floride ou de New York.

Ceci dit, il reste que le Texas a créé plus d’emplois dans toutes les catégories de revenu.

Environ 20% des Texans vivent sous le seuil de pauvreté même si moins de 8% de la population est sans emploi.

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Criminalité élevée, prison bondées et exécutions

Le Texas est l’État américain ayant la plus forte population emprisonnée et le couloir d’exécution le plus occupé. Environ 62% des Américains soutiennent la peine de mort en cas de meurtre, contre 73% des Texans. Cet État a le taux d’incarcération et le taux de criminalité les plus élevés, en partie en raison de son approche draconienne face aux drogues, et aussi en partie en raison de ses proportions ethniques.

Environ 36% des foyers texans disposent d’une arme à feu.

Politique

Le Parti Démocrate a pris le pouvoir au Texas en 1872 et l’a conservé plus d’un siècle. Il ne l’a pas repris depuis 1994.

Le premier Président des États-Unis originaire du Texas fut Lyndon Johnson, un Démocrate plutôt socialiste qui, tout comme John Tyler mentionné plus haut, a pris le pouvoir en tant que vice-président suite à la mort du Président Kennedy. Il fut suivi des Bush père et fils.

En 1950, l’administration Truman a obtenu de la Cour Suprême qu’elle retire les 6 milles nautiques supplémentaires du Texas pour les remettre sous juridiction fédérale. Le gouverneur du Texas, alors un Démocrate du nom de Shivers, s’est présenté aux élections subséquentes pour les deux partis ! C’est le Shivers Démocrate qui a remporté l’élection contre le Shivers Républicain. Il allait néanmoins tisser des liens avec le Républicain Dwight Eisenhower du fédéral, lui fournissant son soutien pour la prochaine élection présidentielle en échange d’une promesse de restaurer les 6 milles nautiques du Texas une fois élu. Beaucoup de Démocrates du Texas ont alors fait de même et soutenu Eisenhower, qui a remporté le scrutin et restauré la juridiction océanique du Texas de 9 milles nautiques.

Au niveau national, les partis politiques ont réaligné leur dimension idéologique durant les années 1970. Les Républicains sont devenus plus « conservateurs » alors que les Démocrates sont devenus plus socialistes. Les Démocrates du Texas étaient alors fort différents de leurs homologues fédéraux et perdaient de l’influence, pendant que le Sud du pays était de plus en plus dominé par les Républicains. Plusieurs figures de proue du parti démocrate sont alors passés au parti républicain, incluant l’actuel gouverneur, Rick Perry. L’électorat quant à lui n’a pas vraiment changé politiquement : pragmatisme et conservatisme fiscal sont toujours les mots d’ordre. Encore aujourd’hui, les Démocrates du Texas sont comparables aux Républicains de Californie.

Sécession ?

Le Texas est l’un des États où un pourcentage relativement élevé de la population souhaiterait la séparation des États-Unis. Le Texas Nationalist Movement a vu son membership augmenter significativement au fil du temps. La possibilité d’une sécession a été invoquée par Rick Perry lors d’un discours en 2009 : « If Washington continues to thumb their nose at the American people, you know, who knows what might come out of that. »

En vertu de la constitution américaine, aucun État n’a le droit de se séparer des États-Unis. Entre 60% et 75% des Texans s’opposent à la sécession.

Religion, droits des femmes et homosexualité

Le gouverneur de l’État, Rick Perry, est plutôt religieux, et créationniste, mais se contente d’en faire état, et n’a pas imposé ses croyances par la force d’une loi. D’ailleurs, il est faux de dire que les écoles publiques du Texas enseignent le créationnisme. En 2011, selon un sondage du First Amendment Center, 67% des Américains adhèrent au principe de la séparation de l’Église et de l’État, contre 68%au Texas. Quand Rick Perry, en 2012, a fait référence à Satan pour la séparation de l’Église et de l’État, il ne l’a fait ni au nom des Texans et encore moins des Américains.

En fait, les politiciens Texans, sont généralement beaucoup plus conservateurs que la population qu’ils administrent. Ils parlent beaucoup, mais n’ont pas le pouvoir d’agir.

Rick Perry CC Flickr Governor Rick Perry
Rick Perry

 

Le Texas a été parmi les premiers États américains à permettre aux femmes d’accéder à l’éducation publique. En 1924, Miriam Ferguson est devenue la deuxième gouverneure féminine des États-Unis (deux semaines après Nellie Taylor Ross du Wyoming). Annise Parker a été élue maire de Houston en 2009, pourtant ouvertement homosexuelle (mais fiscalement responsable, tout ce qui intéresse les Texans chez un politicien !). En 2012, la Texane Mary Gonzalez est devenue la première représentante étatique pansexuelle des États-Unis.

Selon les sondages sur les questions morales, le Texas se situe dans la moyenne américaine au sujet de l’homosexualité. En fait, la ville texane de San Antonio serait le meilleur endroit aux États-Unis pour les couples gays voulant élever des enfants.

Note : Pour plus de détails, je vous suggère cet intéressant livre d’Erica Grieder (ancienne correspondante pour The Economist, elle-même originaire du Texas).


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