L’inflation peut-elle se propager en Afrique ?

Les craintes d’une diffusion de l’inflation au sein de la zone UEMOA (Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest) sont réelles.

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L’inflation peut-elle se propager en Afrique ?

Publié le 28 septembre 2014
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Par Germain Kramo [*].
Un article de Libre Afrique.

Zimbabwe-100-trillionLa cherté de la vie est un problème d’actualité et un défi majeur pour l’ensemble des pays de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest). Les pays ont inclus la maîtrise de l’inflation dans les critères de surveillance multilatérale du pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité du 28 janvier 1998. Selon ce mécanisme, les pays doivent réaliser des taux d’inflation inférieurs ou égaux à 3%. Malgré ce mécanisme, certains pays n’arrivent toujours pas à respecter ce critère. Les statistiques indiquent que l’inflation dans l’espace UEMOA est essentiellement due à la hausse des prix des produits alimentaires. Étant donné que l’inflation importée (hausse des prix générée par les importations) est l’une des causes de l’inflation dans un pays, il est important de répondre à la question suivante : Existe-t-il une transmission de l’effet des chocs sur les prix des produits alimentaires entre les pays de l’UEMOA ?

L’inflation se transmet d’un pays à un autre à travers le canal des échanges. La hausse des prix des matières premières, des semi-produits, des biens d’équipement ou de consommation à l’étranger peut se répercuter sur les prix de vente intérieurs. De plus, un afflux de devises génère un excès de la quantité de monnaie en circulation provoquant des variations de même sens du niveau des prix. Puis, le protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des biens, des personnes et des services est de nature à favoriser les échanges entre les pays. En l’absence de droits de douane entre les pays de l’UEMOA et d’entrave à la circulation des personnes, des biens et des services, un choc sur les prix des produits alimentaires peut se transmettre d’un pays à un autre.

Les résultats de notre étude indiquent que les niveaux des prix des produits alimentaires des pays de l’UEMOA ne réagissent pas de la même manière suite à un choc sur les prix des produits alimentaires dans les autres pays de l’UEMOA. Le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal sont les pays qui sont le plus exposés aux chocs sur les prix des produits alimentaires dans les autres pays de l’union. Respectivement 40%, 37%, 27% et 20% de leurs variations de prix proviennent des chocs sur les prix des autres pays de l’union. Par contre, les niveaux des prix des produits alimentaires de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Burkina Faso sont faiblement influencés par ceux de leurs voisins de l’UEMOA. Respectivement 0,5%, 6% et 12% de leurs variations des prix des produits alimentaires proviennent des chocs dans les autres pays de l’union. Une inflation trop élevée peut avoir des conséquences désastreuses sur l’économie et la stabilité politique et sociale. La monnaie est un pouvoir d’achat en attente. L’inflation se traduit par une diminution de son pouvoir d’achat. Elle constitue nécessairement une atteinte à la qualité de la monnaie. Tous les détenteurs d’argent liquide ou de comptes bancaires perdent en termes réels car leur franc n’a plus le même pouvoir d’achat sur les biens et services à la suite de l’inflation. Bref, l’inflation diminue le pouvoir d’achat des consommateurs. En outre, une inflation non maîtrisée peut entraîner une incertitude quant à l’évolution des prix des intrants et extrants. Cela peut décourager l’investissement productif et freiner la croissance économique. Par ailleurs, l’inflation peut constituer une menace pour la stabilité politique et sociale. Nous avons encore en mémoire les émeutes de la faim de 2008.

Au vu des conséquences d’une inflation non maîtrisée, la connaissance de la proportion de l’inflation en provenance des autres pays de l’UEMOA est importante pour anticiper sur l’impact des chocs sur les prix dans la zone et atténuer leurs effets. Ainsi à court terme, en cas de choc sur les prix dans les pays voisins, les pays de la zone les plus exposés peuvent discuter avec les commerçants pour éviter la spéculation et appliquer des mesures fiscales incitatives (baisse de TVA par exemple). Les autorités politiques pourront mieux communiquer sur les niveaux de transmission des chocs sur les prix. Ainsi, les opérateurs économiques pourront répercuter une proportion raisonnable de l’inflation importée sur les prix nationaux après un choc sur les prix dans les pays partenaires de l’UEMOA sans créer un déséquilibre dans l’économie domestique. A moyen et long terme, les pays les plus exposés aux chocs doivent stimuler la production en stimulant la concurrence et en améliorant l’environnement des affaires.

En définitive, il existe un risque réel de transmission d’inflation dans l’UEMOA. La meilleure manière de réduire ce risque est de stimuler la production en stimulant la concurrence et en améliorant l’environnement des affaires. La concurrence permet de maintenir les prix à des niveaux non préjudiciables pour l’économie.


Sur le web

[*] Germain Kramo est chercheur au CIRES.

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