Terrorisme et liberté : la victoire de Ben Laden

Osama_bin_Laden_making_a_video_at_his_compound_in_Pakistan-2 CC wikipedia

L’État français a voté une loi dite « antiterroriste » : vers une surveillance généralisée ?

Par J. Sedra

Osama_bin_Laden_making_a_video_at_his_compound_in_Pakistan-2 CC wikipedia

En octobre 2001, dans une interview diffusée sur Al Jazeera et traduite par CNN, Oussama Ben Laden expliquait en détail son objectif réellement poursuivi (l’abolition de la domination américaine sur le monde, et la division du monde occidental en morceaux discordants et désunis), et en particulier par quels moyens il l’estimait en bonne voie d’être atteint :

Les événements de mardi 11 septembre, à New York et Washington, sont grandioses à tous les niveaux. Leurs répercussions continuent. L’effondrement des tours jumelles est déjà énorme en soi, mais les évènements qui l’ont suivi, et je ne parle pas seulement des répercussions économiques, qui perdurent, ces évènements qui l’ont suivi sont encore plus dangereux et énormes que la seule destruction des tours.

Les valeurs de cette civilisation occidentale sous la direction des USA ont été détruites. Ces magnifiques tours symboliques qui évoquent la liberté, les droits de l’homme et l’humanisme ont été détruites. Ces valeurs sont parties en fumée.

Par bêtise, par agrippement crispé au pouvoir, par déformation professionnelle de parasite de carrière, ou encore peut-être par folie des grandeurs – car les humains sont naturellement dotés d’une capacité infinie à se bercer d’illusions, surtout quand ils sont en position d’autorité – l’État français a voté une loi dite « antiterroriste » qui m’oblige à me trouver, moi qui suis humaniste, moi qui sais l’importance des valeurs de liberté portées par la civilisation occidentale, à me trouver entièrement d’accord avec ce monstre de Ben Laden. Mieux encore, moi qui suis à fond dans la défense du libéralisme et du capitalisme, je me trouve aujourd’hui entièrement d’accord avec les journalistes de Libération. Ouch.

Mais le plus fort, croyez-le ou non, c’est que, en citant (même à titre posthume) un célèbre terroriste, et en me déclarant d’accord avec lui, je me trouve automatiquement condamnable par cette loi toute fraîche. J’attends donc avec impatience le blocage administratif de mon blog, l’espionnage complet de toutes mes communications, et pourquoi pas carrément mon arrestation et maintien en garde à vue (prolongeable à merci) pour « délit de provocation » voire « apologie d’actes de terrorisme ». Avec les outils d’espionnage généralisé de surveillance dont ils disposent aujourd’hui, parfois même au mépris de leurs propres alliés, les agents de la DCRI savent certainement déjà où j’habite. C’est quand vous voulez, les mecs.


Sur le web.