Et si on privatisait les universités ?

Amphithéatre à l'université de Nantes (Crédits Manuel, licence Creative Commons)

En ces jours de rentrée universitaire, interrogeons-nous sur le bien fondé de leur privatisation.

Un article de libertarianisme.fr

Amphithéatre à l'université de Nantes (Crédits Manuel, licence Creative Commons)Vous avez peut-être entendu les syndicats étudiants ou les partis politiques dénoncer la possible « privatisation des universités ». Mais rassurez-vous (ou inquiétez-vous), nos politiques antilibéraux n’ont aucune intention de faire cela, même la droite. En revanche, je vais vous expliquer pourquoi il faut privatiser les universités et les grandes écoles.

Situation actuelle

En France, il est habituellement admis par tous les partis politiques, et réclamé par les étudiants, que les études universitaires soient gratuites, ou presque. Avec des frais d’inscription autour de 250 €, les universités ne financent qu’une infime partie du budget nécessaire à un étudiant, qui représente plusieurs milliers d’euros. Il en va de même pour un certain nombre de grandes écoles publiques, pour lesquelles les dépenses de l’État sont encore plus grandes, mais les frais pas davantage élevés. Pourtant, je vais ici tenter de vous démontrer qu’un système d’études supérieures non financées par l’État serait à la fois plus juste et plus efficace.

Plus de justice

L’alternative la plus répandue à un financement par l’État est le financement direct par les étudiants, qui sont alors les clients de l’université ou de l’école. C’est le système « à l’américaine » où les universités font payer le coût réel des études (ou plus – pour financer leurs éventuelles recherches) aux étudiants. Cela représentant plusieurs milliers d’euros, les étudiants sont souvent obligés de souscrire un prêt qu’ils rembourseront lorsqu’ils travailleront. Vous pensez peut-être que c’est horrible pour ces pauvres étudiants de devoir rembourser plus tard un crédit. Mais dans le système français, où les universités françaises sont payées par l’État, croyez-vous qu’il n’y a personne qui paye les professeurs ? Ils sont bien évidemment financés par les impôts. Donc en France, quand les étudiants auront un travail, ils n’auront pas de crédits à rembourser mais auront des impôts bien plus élevés à payer.

Mais me direz-vous, cela revient au même finalement ? Non pas tout à fait. En effet, le système actuel est injuste pour un certain nombre de personnes. En effet, ceux qui ne font pas de longues études supérieures ne coûteront pas cher à l’État mais devront payer leurs impôts comme les autres. C’est aussi le cas de ceux qui choisissent de travailler rapidement et apprennent dans le cadre de leur entreprise, et de ceux qui apprendront par eux-mêmes. Enfin, tous les étudiants qui sont en écoles privées payantes auront eux aussi à payer des impôts pour financer les études presque gratuites d’autres étudiants, alors qu’ils auront eux-mêmes eu à payer leurs propres études. Au final, le système actuel consiste à faire payer les études longues dans les universités et les grandes écoles publiques par ceux qui font peu d’études supérieures, et ceux qui financent leurs études eux-mêmes. Il s’agit donc au final d’un système de vol des uns au profit des autres, qui n’est pas plus juste que ça. Si vous pensez naïvement que ceux qui font des études courtes auront un métier mal payé et donc paieront peu d’impôts, vous vous trompez. D’une part, une grande partie des impôts touche les emplois modestes (TVA, taxes sur l’essence…), et d’autre part, beaucoup de personnes arrivent à avoir au final un bon salaire même sans avoir fait d’études supérieures.

Des étudiants plus motivés

privatisation université rené le honzecSi, comme moi, vous avez déjà enseigné à l’université à des étudiants de première année, ou si vous êtes vous-même étudiant, vous aurez sans doute remarqué qu’un grand nombre d’étudiants ne sont pas motivés par leurs études. Beaucoup d’entre eux sont à la fac par défaut, parce qu’il n’y a pas de sélection à l’entrée, et parce que les frais d’inscription sont faibles (rien à voir avec les écoles privées). Le résultat est qu’environ un étudiant sur deux ne passe pas en deuxième année. Pourtant, occuper des étudiants qui s’ennuient coûte très cher, et ne leur rend pas forcément service. Au final, des étudiants qui vont perdre leur temps à rater des études supérieures « parce qu’il faut en faire » ne vont pas s’en sortir mieux que s’ils avaient commencé à travailler. Il y a aussi une certaine idée généralement partagée qu’il est impossible d’apprendre quoi que ce soit après avoir commencé à travailler, alors qu’il est tout à fait possible de continuer à se former par la suite. L’avantage de cette solution est d’ailleurs que l’étudiant pourra avoir une expérience dans le métier (ou un métier proche) avant de continuer dans cette voie.

Des économies

Aux États-Unis, le coût des études a poussé les universités à innover pour proposer des études moins chères. Une innovation technologique très à la mode sont les « MOOC » (Massively Open Online Courses). Il s’agit de cours sur Internet, enregistrés sous forme de vidéo, que les étudiants travaillent ensuite ensemble pour progresser. Des devoirs sont néanmoins corrigés par des professeurs. Ces MOOC sont proposés soit par des universités classiques, soit par des sociétés privées qui en ont fait leur activité principale. Cette nouvelle façon d’étudier a un coût extrêmement réduit comparativement aux études traditionnelles. Ce dispositif fonctionne bien aux États-Unis pour l’étudiant ne voulant  pas s’endetter par un prêt. C’est lui qui choisit les MOOC ou les études traditionnelles, en finançant son choix, comme tout client qui choisit entre deux produits.

En France, les MOOC sont très peu développés, ce qui semble assez logique. En effet, leur avantage réside dans une réduction du coût. Mais qui a intérêt à réduire ce coût ? Certainement pas les étudiants en faculté, qui ne payent pas le prix réel de leurs études. Les dirigeants des universités alors ? Rappelons-nous qu’en France, les universités sont gérées par des professeurs élus eux-mêmes par l’ensemble des professeurs, chercheurs et personnel de l’université. À votre avis, ceux-ci ont-ils intérêt à favoriser une forme d’enseignement qui permette de se dispenser d’un grand nombre d’entre eux ? C’est un peu comme si une entreprise était gérée par ses salariés, mais qu’on se rendait compte qu’il fallait en licencier un certain nombre. Les salariés ont alors le choix de faire un licenciement de masse tout en conservant l’entreprise en vie, ou alors de ne rien modifier mais de faire faillite. Cela explique sans doute pourquoi si peu d’entreprises fonctionnent selon ce mode.

Mais une université publique ne peut pas faire faillite ! Pourquoi ? Parce que s’il y a des pertes et une mauvaise gestion, on trouvera toujours quelqu’un pour payer (vous qui payez des impôts !). Tous les ingrédients sont là pour que rien ne change.

Plus de concurrence

Ce que je vais énoncer ici est une banalité quand on parle d’entreprises, mais n’est pas pensable quand il s’agit d’universités ou de grandes écoles : le fait que les universités soient payantes va favoriser la concurrence. Chacune va s’efforcer de faire mieux que sa concurrente pour le même prix, ou proposer la même chose pour moins cher.

Par ailleurs, profitons-en pour tordre le cou à une autre idée reçue. On entend souvent les syndicats étudiants craindre une plus grande concurrence entre universités. Leur cheval de bataille est la défense des diplômes nationaux, identiques sur tout le territoire. Car ils veulent qu’un diplôme de licence (par exemple), qu’il ait été attribué par une université parisienne réputée ou de moindre notoriété en province, soit reconnu par les entreprises comme ayant la même valeur.

Dans la réalité, c’est très largement une illusion. L’étudiant mentionne clairement sur son CV dans quelle université il a fait ses études, donc si une université a une mauvaise réputation, cela le desservira de toute façon.

Le système actuel a un véritable effet pervers. Une université n’a aucun intérêt à garantir la qualité de ses diplômes, c’est-à-dire à rendre le niveau suffisamment difficile pour que le diplôme certifie de vraies compétences. Si une université augmente le niveau de difficulté, elle ne décernera qu’une licence comme une autre, et ne pourra pas « vendre » l’image de marque de son diplôme (censé être un diplôme normalisé par l’État). Par contre, une université laxiste décernera aussi des licences, contribuant non seulement à la décrédibiliser (bien fait pour elle !) mais aussi celles décernant un diplôme officiellement équivalent.

Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de voir certains syndicats étudiants réclamer un assouplissement des règles pour obtenir le diplôme de licence (par exemple le droit de compenser un mauvais semestre par un bon semestre) alors que d’autres défendent le maintien de la qualité des diplômes, prouvant ainsi que certains ont compris le revers de la médaille.

Conclusion

La privatisation des universités et des grandes écoles, loin d’être un complot au service des riches, serait à la fois une solution plus efficace et plus juste qui génèrerait une meilleure gestion des universités. Cela démontre que même dans le domaine de l’éducation supérieure, les principes économiques qui font du marché libre le meilleur système s’appliquent également. Espérons que les contribuables comprendront un jour que les universités et écoles existent non pas pour garantir un poste aux enseignants, mais bien pour former les étudiants et leur permettre d’avoir un travail grâce à leurs compétences.

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