Et si on faisait des micro-réformes turbo-libérales ?

Les Français approuvent majoritairement les réformettes vaguement libérales du gouvernement Valls. A quand une révolution ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Ultralibéralisme Neolibéralisme Antilibéralisme (René Le Honzec/Contrepoints)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Et si on faisait des micro-réformes turbo-libérales ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 septembre 2014
- A +

Par Baptiste Créteur et h16

Surprise, bouffée de chaleur, tête qui tourne, cœur qui palpite dans une cage thoracique trop longtemps comprimée par la tristesse et l’effroi… Paf, selon un récent sondage, une majorité de Français approuverait les réformes « libérales » du gouvernement Valls. Rien que le titre donne des petits frissons aux extrémités des membres.

Frissons modérés, cependant : il y a une bonne et une mauvaise nouvelle.

le honzec - la domination libéraleD’abord, la bonne nouvelle, c’est que, même avec le carpet-bombing anti-libéral permanent d’une presse, d’une opposition et d’une majorité qui ont tout fait pour agglutiner le mot « libéral » avec « mal ultime », « désolation », « enfer aride » et « chatons torturés », des réformes de bon sens qui seraient présentées comme « libérales » peuvent avoir l’assentiment des Français. On peut le dire : c’est, au choix, parfaitement fortuit parce que le sondeur qui interrogeait l’échantillon parlait avec une patate chaude dans la bouche et les sondés auront mal compris, ou, si l’hypothèse d’un défaut de prononciation n’est pas retenue, une véritable performance contre-intuitive.

La mauvaise nouvelle, cependant, c’est qu’il faut vraiment fort peu de choses pour être aujourd’hui qualifié de libéral en France. La moindre déviance déviation du dogme collectiviste est, de ce point de vue, immédiatement taxée de libérale et le rappel que le travail et l’entreprise sont, mine de rien, la première source de richesse déclenche l’utilisation pavlovienne des adjectifs « ultra », « néo » voire « turbo », avec un peu de bave à la commissure des lèvres. Et le pire dans cette mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a qu’une majorité de Français pour approuver. Autrement dit, même au pied du mur, il se trouve encore des gens pour s’y opposer.

Et dans le détail, sur quoi tombe-t-on ?

Concrètement, quatre réformes passent pour libérales. Rien que la faiblesse du chiffre laisse songeur, mais baste, ne nous focalisons pas et retenons que l’ouverture à la concurrence des professions réglementées, la réforme territoriale, celle du marché du travail et celle du logement semblent tenir la corde.

Et si l’on épluche un peu les petites statistiques du sondage, cette idée même d’un vent de libéralisme s’évapore assez vite.

Ainsi, l’ouverture à la concurrence des professions réglementées (qui ne touche pas, par exemple, les taxis toujours aussi protégés par le gouvernement) remporte moins l’adhésion des sympathisants de droite, prompts à dénoncer les droits acquis des fonctionnaires mais refusant qu’on touche aux privilèges des petits notables. Évidemment, on voit mal comment on pourrait s’opposer aujourd’hui à une réforme qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps — ou ne jamais être justifiée — et qui, pour être consensuelle, a été préparée sur le plan médiatique. Mais voilà : il reste quand même 29% de Français pour justifier les privilèges de ces professions, et 37% des sympathisants de droite.

Histoire de ne pas encombrer le billet, évacuons rapidement la réforme territoriale qui serait une bonne blague si elle ne nous était pas, encore une fois, facturée. Las. Elle n’instaure pas le principe de subsidiarité, ne réduit nullement le mille-feuille administratif et alors qu’il aurait fallu supprimer plusieurs couches de ce gâteau inefficient, indigeste et gluant qui crée des doublons au lieu des synergies, on ne supprimera que quelques régions. En plus, les regroupements effectués sont surtout l’illustration de l’influence de quelques barons locaux, démontrant s’il le fallait encore que l’État sert ses intérêts et ceux de ses dirigeants, et pas celui des citoyens.

Enfin, la réforme du code du travail se contente de micro-ajustements dans une tornade de bons sentiments et de pieux espoirs, qui ne modifient ni la physionomie du marché, ni les principales motivations des entreprises pour embaucher (ou plutôt, s’abstenir de le faire). Bref, c’est encore quelques changements à la marge, tout comme la réforme du logement, qui, très concrètement, consiste à annuler (avec un brio largement ouvert à débat) une loi catastrophique dont la mise en application n’a même pas eu complètement lieu. Pour ce qui est d’une remise à plat, d’une réforme ou d’un changement cap, on repassera.

Non, vraiment, les réformes ont beau, de près ou de loin, aller dans le sens d’un léger relâchement de l’étau, elles ne sont pas réellement libérales. La goutte de libéralisme, diluée dans une piscine d’agitation médiatique et plusieurs hectolitres de socialisme rose fuchsia, ne se décèle qu’avec des instruments extrêmement précis, mais dont l’étalonnage a été réalisé il y a 50 ans et plus jamais revu depuis.

Aucune de ces réformes ne s’attaque aux vrais enjeux. Dans leur frénésie surjouée, elles déplacent un peu le curseur mais partent toujours du principe que celui-ci doit être fixé par l’État. En fait, elles sont aussi libérales que le serait une pause fiscale qui stabiliserait les prélèvements à leur niveau actuel de tabassage confiscatoire : comme l’intensité des coups n’augmente pas, et qu’on pourrait, si on voulait, eh bien c’est qu’on est libéral. Mais oui.

Tristement, on voit déjà ce qui se profile : une fois passée cette « tornade libérale » dans un verre d’eau, une fois faites les micro-économies sur un budget ne donnant pas vraiment d’autre choix, le gouvernement, courageux comme pas deux, fera porter le chapeau des conséquences de quarante ans de collectivisme et de dirigisme au (méchant) libéralisme et à la (vilaine, très vilaine) austérité qu’il aura ainsi introduits à doses homéopathiques dans les derniers mois.

le changement c'est sans dent

Moyennant l’appui des médias, impartiaux, analytiques, judicieux et bien lunés, et des années à répéter les mêmes bobards, les Français tomberont dans le panneau.

Oui, certes, bien sûr, ils constatent aujourd’hui l’échec de toute les autres « recettes » et semblent vouloir une France plus libre, plus libérale. Ils sont désespérés et comprennent qu’il faut maintenant revenir à la réalité ; 82% n’ont pas confiance dans l’avenir de l’économie française. Leurs espoirs de « changement » de mai 2012 sont morts (déjà). Sauf ceux des 32% d’indécrottables qui pensent encore que l’État doit réglementer et contrôler plus encore qu’aujourd’hui où ramener son verre au comptoir du bar, c’est du travail dissimulé.

Comprendront-ils que le libéralisme, c’est bien plus que quatre réformettes ? S’ils sont effectivement un peu plus favorables au libéralisme, aux entreprises plutôt qu’à l’État, les Français doivent aller plus loin.

Rome ne s’est, certes, pas faite en un jour. Ni défaite, d’ailleurs. L’URSS a tenu soixante-dix ans avec son idéologie débile, et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France tient depuis aussi longtemps son collectivisme et son dirigisme à marche forcée. Comme en URSS à l’époque, nos dirigeants tentent d’introduire un peu de liberté et de marché dans un système qui, sans eux, ne tiendrait plus bien longtemps. Et, comme en d’autres temps et d’autres lieux, cela ne suffira pas : on ne détruit pas les effets d’un poison en ajoutant à la mixture un peu de nourriture saine.

communism party is over

Il ne reste plus qu’à espérer que les Français comprendront qu’un pays où la dépense publique représente 57% du PIB et qui vit à crédit depuis quarante ans n’a pas besoin de réformes libérales mais d’une véritable révolution. Un retour aux principes fondateurs de la liberté et de la responsabilité individuelles, la fin des privilèges, la décentralisation des décisions non à divers échelons de vassaux mais jusqu’aux individus, et pas simplement une réduction de la dîme et de la gabelle permettant de maintenir un peu plus longtemps le socialisme féodal français.

Les Français semblent le vouloir ; à eux d’aller au bout.

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Les français veulent la disparition des privilèges… des autres, mais surtout pas les leurs (moi le premier, je l’admets sans honte, ça m’embêterait bien qu’on m’enlève mes RTT !).
    Sinon, attention Baptiste, on trouve dans votre prose quelques relents de H16 ! Ne manque que la conclusion, un peu plus optimiste.

    • C’est un billet à quatre mains…

    • dans un monde libéral, il ne devrait poser aucun problème qu’un salarié puisse choisir librement son temps de travail, 35 heures, 25 heures, 16 heures ou 42 heures… ce sont des choses qu’on devrait pouvoir discuter librement d’homme à homme, sans passer par l’intermédiaire d’un syndicat.
      je me souviens qu’en 2002, je voulais réduire mon temps de travail : je travaillais 40 heures par semaine, 4 semaines de congés payés. je voulais avoir 12 semaines de vacances par an. je suis allé voir mon patron avec toute une argumentation en tête pour le convaincre d’accepter. mon argumentation a en fait été complètement inutile, car quand je lui ai dit que en plus de mes 4 semaines de congés payés, je voulais 8 semaines de congés sans solde par an, il m’a tout simplement dit « oui, voyez avec monsieur l. pour organiser ça ».
      c’est vrai que cette anecdote se passait en suisse, cela explique peut être la facilité d’obtenir satisfaction pour moi.

      • Vous avez raison, un tel arrangement est impensable en France, les « salauds de patrons » ont bien trop peur de se prendre un bon coup de gourdin syndical dans la figure s’ils accédaient à ce type de demande (qui arrangent tout le monde). À moins d’un accord d’entreprise global, signé avec lesdits syndicats…

  • A quand la stabilité pour lutter contre la spéculation http://www.artcritique.com

  • bientôt tout vas se régler tout seul . et ça vas faire mal .

  • La révolution, ils l’auront, même s’ils ne la souhaitent pas. Le jour où la machine à dette ne fonctionne plus, les dépenses se ramènent soudain au niveau des recettes, d’un seul coup.

    Quand y’en a plus y’en a plus, comme disait l’autre.

  • J’ai reçu aujourd’hui l’avis d’imposition de la taxe foncière : 108,21% d’augmentation de la part de l’intercommunalité !

    Ce turbo libéralisme devient insupportable !

  • Amusant de constater les pièges de certains médias pour cacher la réalité ainsi il était récemment posé la question sondage sur le site leader
    Valls est – il un social démocrate ?
    social libéral ?
    Créteur écrit féodalisme social possible que je me trompe c’ est un régime social aristo

  • Pensez-vous qu’en réduisant les libertés des professions libérales dites « réglementées » on ira vers plus de libéralisme ?

  • Alors là, je ne suis absolument pas d’accord.
    Non seulement, j’estime que ce gouvernement est de droite dure (aucune différence avec la politique économique de Sarkozy), mais en plus j’estime qu’on ne peu pas libéraliser le pays sans redonner du pouvoir d’achat aux citoyens.
    C’est quand même dingue de voir l’électricité se prendre 5% par an, et voir l’Insee dire qu’il n’y a pas d’inflation.
    Je n’ai pas vu un seul prix descendre dans ce que j’achète, et pourtant, pas d’augmentation de salaire depuis 3 ans. ça devient intenable, même pour un gars qui touche 2000 euros net, mais qui frôle le surendettement.

    Alors, relançons le pouvoir d’achat d’abord, et faisons les réformes dans la foulée, mais pas l’inverse.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don