La « politique d’austérité » vue par les Banques Centrales

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Banques centrales : la politique d’austérité est-elle toujours de mise après plusieurs années de crise économique ?

Par Jacques Garello.
Un article de l’ALEPS.
Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Pure coïncidence ou lien logique ? « L’affaire Montebourg » s’est produite au moment où s’est terminée la conférence de Jackson Hole (Wyoming) organisée chaque année pour coordonner les politiques monétaires des grandes banques centrales du monde entier. Point commun : la politique d’austérité est-elle toujours de mise après plusieurs années de crise économique ?

Cette question a divisé les banques centrales : à la surprise générale, Janet Yellen, qui dirige la FED (Federal Reserve Bank à Washington) annonce que les États-Unis vont tourner la page des « assouplissements » et envisagent une hausse des taux d’intérêt, tandis que Mario Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) désire poursuivre dans la voie d’une relance monétaire. Apparemment, c’est donc Valls contre Montebourg. Mais qu’en est-il en réalité ? L’austérité n’existe que dans les discours politiques et le keynésianisme continue à hanter les esprits.

Des dizaines d’années de « monnaie facile »

« Quantitative easing » disent les anglo-saxons. C’est la politique que la FED a choisie bien avant la « crise » de 2008. C’est une rupture avec le monétarisme de Friedman, estimant que le devoir d’une Banque Centrale n’est pas de faire varier la masse monétaire en circulation d’après la conjoncture mais de respecter une règle d’or : assurer en permanence le parallélisme entre croissance de la quantité de monnaie en circulation (masse monétaire) et Produit National. Cette politique-ci est dite « automatique », alors que celle-là est « discrétionnaire », au sens de « laissée à la discrétion de la banque centrale ».

Il y a une différence de nature entre les deux politiques. Dans l’optique monétariste, la banque centrale a pour mission d’assurer la stabilité monétaire, un service éminent rendu aux agents économiques qui ont une certitude sur la valeur de la monnaie et peuvent faire des prévisions réalistes. Dans l’optique keynésienne, la banque centrale rend service à l’économie en ouvrant les vannes du crédit pour soutenir la dépense nationale, soit pour investir, soit pour consommer.
Au fil du temps, le « quantitativisme » s’est progressivement relâché et la FED a recommencé, comme aux plus belles années d’inflation de la décennie 1970-1980, à ouvrir les vannes du crédit et à rendre « l’argent facile » pour soutenir l’activité économique.

Les déboires de l’assouplissement quantitatif

imgscan contrepoints 151 BCE GrèceAvoir facilement accès au crédit distribué par des banques qui elles-mêmes sont approvisionnées en liquidités par la Banque Centrale : programme séduisant en apparence ! Tout le monde peut investir ou consommer à des taux d’intérêt nominaux très faibles, parfois même à des taux d’intérêt négatifs.
Mais, comme le font remarquer Hayek et les économistes « autrichiens », si n’importe qui a accès au crédit, les banques finiront par prêter à des insolvables, tandis que les projets réellement rentables seront ralentis, l’argent étant parti vers des parasites. C’est exactement ce qui s’est passé avec les « subprimes » en 2008.

De plus, il y a un consommateur de crédit insatiable : c’est l’État. Peu à peu la Banque Centrale est amenée à combler les déficits budgétaires et la dette publique prend son envol ; on sait qu’on n’est pas parvenu à la maîtriser – sauf dans quelques rares pays comme la Suisse et la Suède en Europe.
L’argent ainsi gaspillé sans considération de rentabilité ni de solvabilité constitue un « malinvestissement » (Hayek) et ne tarde pas à créer du chômage et l’économie s’enlise, alors même que l’on croyait la relancer.

Ainsi, dans l’histoire monétaire des vingt dernières années, il n’y a jamais eu d’austérité. Au contraire, c’est l’accumulation de déficits budgétaires et de la dette publique, c’est le financement de projets pharaoniques mais catastrophiques et c’est surtout l’irresponsabilité et le parasitisme qui s’installent, avec pour rançon le chômage massif.

Revenir à « l’austérité » ?

Donc très curieusement la question aujourd’hui en débat est celle de revenir ou non à une austérité qui n’a jamais existé, et surtout pas en France.

Parmi les banques centrales du monde entier, la tendance est à « l’austérité ». Le Japon fait exception, mais est en train de sombrer. La Fed veut réduire le quantitative easing, car un vrai danger pèse sur le dollar, dont la contrepartie est faite de créances sur le Trésor américain.
Il est vrai que, sous la pression des pays du Sud de l’Euroland, Monsieur Draghi vient d’annoncer le maintien de taux faibles et l’encouragement à la relance des crédits. Mais il met ainsi en danger la zone euro entière et le bloc « libéral » ne sera peut-être pas disposé à le suivre : Monsieur Junker ne veut pas cautionner les débordements budgétaires, notamment en France.

Tout au contraire, Monsieur « Made in France » et les siens préfèrent nous décrire une Europe marchant au pas derrière Madame Merkel. Il ignore que plusieurs pays qui ont renoncé à l’argent facile et ont remis leurs politiques budgétaires en ordre sont maintenant sortis de la crise et leur taux de chômage est la moitié (voire moins encore) du nôtre : Autriche, Pays Bas, Suède, République Tchèque, Allemagne bien sûr sont en-dessous ou autour des 5% de chômeurs,
Nous écrivions naguère (Nouvelle Lettre du 24 mai) que « Montebourg accusait l’Europe de libéralisme, en agitant l’épouvantail du libéralisme ; or la définition qu’il en donne montre que l’Europe n’est pas libérale ! L’Europe de la réglementation, des politiques communes, à commencer par la politique agricole, des directives tatillonnes, c’est tout sauf l’Europe libérale. »

Montebourg ne disait pas la vérité, ni sur l’Europe, ni sur l’austérité. Et s’il y a quelques raisons d’accuser Bruxelles, rien n’autorise à admirer Francfort.

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