Prendre ses irresponsabilités. En pleine figure.

C’est aux citoyens de compenser l’irresponsabilité de leurs dirigeants et de prendre leur vie en main.

Ces derniers temps, la politique française est pour le moins mouvementée. Les Français, divisés sur d’innombrables sujets, s’accordent pour n’accorder leur confiance ni aux présidents, ni aux gouvernements, qui se suivent et ne rassemblent pas.

Même au sein du parti majoritaire (et à divers degrés dans les autres partis), députés et ministres se fendent de petites phrases, longues déclarations et lettres ouvertes pour se distinguer tant bien que mal de l’échec annoncé et partir tant qu’il en est encore temps.

Ils invoquent leurs convictions, trahies ; leurs espoirs, déçus ; et leurs électeurs, qu’ils ne veulent pas décevoir. Et appellent à une autre politique, une « vraie politique de gauche », par opposition à la politique française depuis 40 ans qui apparemment n’en était pas une. Il faut, pour éviter une crise et des souffrances inutiles, dépenser plus et taxer moins, sans s’endetter, et tout faire de façon plus efficace et plus ciblée. Ils ont la solution, mais de là à rester au gouvernement pour la présenter et l’appliquer…

L’art est difficile, mais la critique est aisée. Forts du courage qui les anime, députés et ministres fuient leurs responsabilités. En cela, ils méprisent complètement leurs électeurs, dont on ne peut qu’espérer qu’ils s’en rendent compte (même s’ils ont voté pour eux) : l’électeur vote pour être représenté, pas pour servir de prétexte à qui voudrait se dégonfler avec classe. Ce n’est pas, absolument pas, pour mieux servir et défendre leurs électeurs que les rats quittent le navire, mais uniquement parce qu’ils se savent incapables d’affronter la réalité avec pour seules armes leurs compétences (sic) et leurs convictions.

Rien d’étonnant de la part de représentants de la classe politique française qui, depuis 40 ans, accuse tour à tour ou tout à la fois ses prédécesseurs (jusqu’au moment où on devient soi-même le prédécesseur d’un autre), le contexte international, et tout bouc émissaire que l’on pourra se mettre sous la dent – aujourd’hui, les chefs d’entreprise qui ne donnent pas assez de « contreparties » en l’échange de rien, et le public français qui a trop mauvais goût pour apprécier la création artistique et culturelle française qu’il finance malgré lui. En bref, les hommes politiques français sont irresponsables, et ce n’est pas nouveau.

Et pourquoi en serait-il autrement, alors qu’ils ne sont inquiétés ni quand ils abusent de leur position et privilèges, ni quand ils prennent de mauvaises décisions ? Quel député s’est déjà vu reprocher son vote favorable à un budget en déficit, en 40 ans de déficits systématiques car systématiquement votés ? Quel élu a eu une peine autre que symbolique, dans les rares cas où la justice s’est donnée la peine de faire semblant de jouer son rôle ?

S’il y a bien un domaine dans lequel les hommes politiques sont exemplaires, c’est l’irresponsabilité. Et ils sont, en cela, représentatifs de Français déresponsabilisés, à qui on tient la main (de gré ou de force) du berceau à la tombe pour les amener tranquillement vers des lendemains qui chantent mais ont un peu de retard.

Certes, les Français devraient se remettre en cause avec sincérité. Se demander authentiquement qui est responsable de la situation actuelle, c’est avant tout se demander en quoi on en est soi-même responsable, et il faut le faire ; et se demander, surtout, en quoi on pourrait donc faire différemment et mieux ; en quoi on pourrait faire changer les choses. Mais au-delà des conclusions que chacun pourra tirer pour lui-même et pour les autres, il faut tirer une autre leçon de la situation qui semble chaque jour plus incroyable mais dans laquelle nous sommes, et qui parvient chaque jour à empirer.

Il y a quelques jours, l’Angleterre découvrait, choquée, que plus de 1 400 enfants avaient été abusés, torturés, violés, durant des années, malgré les alertes et rapports dont un seul aurait dû suffire à faire cesser les atrocités. 1 400 enfants ont subi ce qu’aucun ne devrait jamais subir, simplement parce que personne n’a voulu prendre la responsabilité du problème. Personne n’a voulu prendre ses responsabilités.

Par peur de passer pour racistes, comme si on dénonçait un crime dans le but de nuire à son auteur et jeter l’opprobre sur tous ceux qui ont vaguement quelque chose en commun avec lui. Par peur de passer pour racistes, ces gens passent maintenant pour les lâches qu’ils sont, et tout le monde (y compris eux) les sait désormais plus soucieux de leur image que de leur humanité. Politiquement correct, humainement méprisable.

Il est, dans un cas comme dans l’autre, avéré que l’État est incapable de remplir les missions qu’il se donne : il est incapable de servir au mieux l’intérêt des citoyens, et incapable de les protéger – au contraire, il protège les responsables et coupables. Mais ce constat ne sert à rien s’il s’arrête là. Ce que cela signifie, c’est que c’est à nous tous, les citoyens, de défendre nos intérêts – c’est à nous de prendre la responsabilité de défendre nos intérêts (et ceux des autres, cela va sans dire).

Peu importe ici les convictions politiques qui nous animent, c’est à nous de faire preuve d’une vigilance de chaque instant, à nous de défendre nos droits les plus fondamentaux.

Jour après jour, l’État contracte des milliards d’euros de dette en notre nom, et nous savons tous que même si nous n’y sommes pour rien, c’est à nous qu’il incombera de rembourser. Et nous n’y sommes pas pour rien.

Jour après jour, nous constatons l’injustice, la gabegie, et nous ne faisons rien.

Celui qui voit le problème et qui ne fait rien fait partie du problème. – Gandhi

Quelles que soient vos convictions, que faites-vous pour rendre le monde meilleur ? Si vous ne voulez rien faire, libre à vous. Vous n’avez de comptes à rendre à personne, à part à vous-mêmes.

Si vous voulez agir, libre à vous. Vous n’avez de comptes à rendre à personne, à part à vous-même. Le monde est ce que vous en faites.