Mon psy est déjanté !

Chat fou (Crédits Going Crazy, licence Creative Commons)

Alors que j’aurais pu être choqué d’être qualifié de déjanté, je ne le suis pas. J’assume parfaitement d’être hors norme dans ma manière de pratiquer.

Par Philippe P.

Chat fou (Crédits Going Crazy, licence Creative Commons)Dans ma profession, quand les patients nous choisissent, tous les confrères adoreraient que ce soit pour des raisons positives voire exceptionnelles. Ainsi, on aimerait que ce soit pour notre professionnalisme, nos publications, notre culture ou que sais-je encore. Je n’y échappe pas. Même si je lutte contre l’ego, je n’en suis pas dépourvu et moi aussi j’aimerais croire que j’ai été élu parce que l’on a distingué en moi quelque chose d’exceptionnel.

Hélas, Dieu en sa très grande sagesse semble en avoir décidé autrement pour moi. C’est ainsi que dernièrement, tandis que je recevais une de mes patientes, exerçant la noble profession de médecin hospitalier (PH pour les connaisseurs), ne me souvenant plus de la manière dont elle avait eu mes coordonnées, je me suis risqué à lui demander pourquoi elle m’avait choisi parmi les pléthores de psys sur le marché.

Elle me rappela alors que j’avais traité voici quelques années une de ses consœurs, P., dont je me souvenais fort bien, laquelle lui avait donné mes coordonnées. Et la praticienne hospitalière de poursuivre : « P. m’a raconté la manière peu orthodoxe dont vous aviez mené sa thérapie et je me suis dit que vous étiez déjanté et que vous étiez fait pour moi ».

Oui, vous avez bien lu, je n’avais pas été choisi pour une quelconque qualité qui font d’un homme un futur professeur du collège de France mais parce que j’avais semblé « déjanté » ! Si je me fie au dictionnaire, le terme déjanté signifie littéralement sortir de ses jantes, et se dit à propos d’un pneu. Cependant, en langage commun, déjanté signifie aussi « hors norme » ou encore « marginal ».

Bien que je ne sois pas filiforme, loin s’en faut, je n’ai rien d’un pneu et je dois donc en déduire que l’on m’a collé une étiquette selon laquelle je serais « hors norme » voire carrément « marginal », une sorte de « maverick » comme ils disent dans Top gun à propos de Pete Mitchell, le personnage interprété par Tom Cruise, qui fait rien qu’à pas écouter ses chefs et n’en fait qu’à sa tête !

Bon, ceci dit je n’ai pas de chefs, donc je n’ai pas d’ordres à recevoir et je ne pilote pas d’avion. La comparaison avec Top gun s’arrête donc là. De plus, je suis beaucoup plus grand que Tom Cruise et j’aurais du mal à tenir dans un cockpit de F14. Et puis, je ne suis pas vraiment indiscipliné. Je suis trop bon diplomate pour prendre l’autorité de face. D’ailleurs, plus jeune, j’avais des tas d’avertissements pour « bavardage » parce que j’ai du mal à maintenir mon attention mais jamais pour indiscipline. J’étais un p’tit gars bien poli et gentil.

Et lundi, voici que cela continue ; une de mes jeunes patientes me dit carrément qu’elle me trouve déjanté mais qu’elle sait qu’avec moi, ça peut marcher. Pourquoi me trouve-t-elle déjanté, je n’en sais rien. Peut-être que le fait que je me sois assis par terre parce que j’en avais marre d’être sur mon fauteuil a pu jouer ? Ou alors que j’offre le café ? Que l’on puisse fumer dans mon cabinet ? Je n’en sais rien mais ça a à voir avec l’accueil des patients ou sans doute à ma manière de voir les choses. Je dédramatise pas mal et ma devise est « c’est mieux que si c’était pire ».

Quant aux gens venus du blog, ils m’ont aussi choisi pour ce côté déjanté. Sans doute que mes lubies, mon affection pour les marcassins et les hérissons ont pu jouer. J’imagine que cela donne de moi une image moins conforme de ma profession dans laquelle les gens sont généralement plus dans le contrôle et sans doute un peu moins libre que je ne le suis. C’est vrai que tous les confrères n’ont pas une RJ49 !

Bref alors que j’aurais pu être choqué d’être qualifié de déjanté, je ne le suis pas. J’assume parfaitement d’être hors norme dans ma manière de pratiquer tout en estimant que je suis extrêmement carré dans ma réflexion.

Et puis comme les médecins qui m’envoient du monde le savent autant maintenant que les lecteurs de ce blog, cela me permet d’avoir une clientèle assez hors norme aussi. Je ne parlerais pas de déjantés par pur respect et parce que le terme pourrait être mal interprété psychiatriquement.

Mais c’est vrai que je ne compte plus les ingénieurs sortis de grandes écoles. Tout en assumant une nette propension à la glandouille, ces gens brillants ne se prennent pas au sérieux. J’en ai même eu un, ancien chercheur, qui s’est jeté dans mes escaliers pour m’expliquer comment on apprenait à les descendre rapidement dans ses stages d’autodéfense.

N’importe lequel de mes confrères aurait jugé la démonstration pour le moins étrange mais moi, j’ai trouvé cela super. entre « déjantés », on doit se comprendre. Un jour moi aussi je serai capable de me jeter dans les escaliers pour les descendre plus rapidement !

Ce qui est bien avec la « déjante » c’est qu’il n’y a pas de limites.

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