Les Outrenoirs de Pierre Soulages, obsession d’un physicien ?

Quand une couleur rapproche les réflexions de l’artiste et du physicien…

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Les Outrenoirs de Pierre Soulages, obsession d’un physicien ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 août 2014
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Quittant momentanément son laboratoire pour le Musée de Grenoble, Joël Chevrier nous livre les fruits de sa réflexion face aux Outrenoirs de Pierre Soulages. Quand une couleur rapproche les réflexions de l’artiste et du physicien…

Par Joël Chevrier.

soulages1 licence CC credits JM de Valviala

« La lumière telle que je l’emploie est une matière » dit Pierre Soulages. Sur ses Outrenoirs, les peintures à l’image de l’immense surface couverte d’une pâte noire striée, dans différentes directions, à différentes échelles, que l’on peut voir au Musée de Grenoble, Pierre Soulages a fait de multiples commentaires. Celui-ci est un des plus frappants. Il a pour première conséquence la quasi-impossibilité de la reproduction. À notre époque, même à l’ère du numérique, l’impossibilité de la reproduction de ces œuvres est étonnante.

De fait, photographier est sans espoir. Il reste possible que des techniques de moulage capables de retenir stries et reliefs du micromètre au centimètre sur de grandes surfaces puissent littéralement produire une copie à l’identique. Pas simple. Il faudrait que le moulage soit compatible avec la matière noire utilisée et préparée par Pierre Soulages et n’abime pas l’original. Ça ne s’annonce pas simple du tout et certainement consommateur de high-tech. Mais au-delà de cette difficulté technique à reproduire, il y a la rencontre entre la vision de l’artiste et la description scientifique.

soulages_2 licence CC jm de Valviala

Le tryptique peintre, tableau, spectateur

Considérer la lumière dans l’espace devant le tableau comme la matière de l’œuvre est une intuition artistique qui rencontre la description scientifique de la lumière basée sur le champ électromagnétique dans le vide. Pierre Soulages insiste sur le triptyque peintre, tableau, spectateur. Le peintre vient ici éclairer le cœur de notre réalité. Depuis toujours nous baignons dans la lumière. Des ultraviolets à l’infrarouge au moins. Les technologies modernes élargissent le domaine des longueurs d’onde présentes autour de nous au-delà, bien au-delà des capacités de notre perception. Des démonstrations comme « Immaterials : light painting WIFI » (voir vidéo ci-dessous) du projet Touch en Norvège cherchent d’ailleurs à rendre évident cet imperceptible rayonnement en le convertissant en lumière visible. Du côté des rayons X aussi imperceptibles, l’imagerie médicale est là pour mettre sur un écran, cet invisible qui nous renseigne sur notre état de santé. Le détecter pour le rendre visible car le percevoir directement nous est pour toujours impossible.

Des « états de surface qui varient »

Admirable intuition donc que celle de Pierre Soulages qui littéralement rencontre le champ électromagnétique des scientifiques, cet envahisseur de l’espace où nous sommes. De plus, la description du champ électromagnétique par les physiciens est indissociable de son interaction avec la matière. Réfraction, absorption, transmission, diffusion, diffraction, transparence, sont les mots classiques de l’interaction de la lumière avec la matière. Pour un physicien, la création de Soulages est impressionnante. Je reste pantois devant ces grands tableaux noirs et striés dont l’apparence change à tout instant, qui me conduisent à tourner autour pour en apprécier chaque reflet, chaque changement de couleur jusqu’à la révélation changeante des stries selon l’évolution de la lumière.

soulages_3 licence CC credits Pierre

Et ce d’autant plus quand je lis : « ce qui m’intéresse, c’est la réflexion de la lumière sur les états de surface de cette couleur noire, états de surface qui varient. » Je suis d’accord. Dans mon activité de recherche, je peux dire la même chose. Littéralement. Et je suis loin d’être le seul scientifique dans ce cas. Avant d’aller plus loin, il me faut d’abord répondre à la critique classique et tout à fait fondée. Comparaison n’est pas raison. On a vu des comparaisons par exemple entre des textes religieux, ou du domaine spirituel, et des productions scientifiques. Ces comparaisons apparaissent sidérantes tant elles sont aberrantes. Dans son livre L’Esprit de sel, Jean-Marc Lévy-Leblond à propos du livre de Fritjof Capra, Le tao de la physique, souligne très clairement à quel degré d’absurdité on peut être conduit en faisant des parallèles de ce type. Ici c’est Pierre Soulages lui-même qui nous prémunit contre cette dérive. Il l’a souligné à maintes reprises : sa pratique est d’abord celle d’un homme du « faire » qui passe ses journées dans son atelier. Ça tombe bien, les physiciens expérimentateurs aussi. Les Outrenoirs ont émergé fortuitement de l’observation de la lumière lors de la manipulation de cette pâte noire. Combien de résultats originaux et importants rapportés comme résultats d’expériences construites pour un autre but. C’est aussi cela la recherche. Voir par exemple des découvertes aussi considérables que celle du rayonnement fossile de l’univers [ndlr : lire la page « Fond diffus cosmologique » sur Wikipédia], la lumière directement issue du Big Bang.

soulages_4 licence CC credits Q Verwaerde

Artiste / physicien / lumière / matière

Finalement le parallèle mené ici entre la création artistique de Pierre Soulages et la pratique expérimentale des physiciens est suscité par mon impression première devant un tableau. Je tente, autant que possible, de l’ancrer en considérant ces deux approches certes radicalement différentes, l’une artistique et l’autre scientifique, mais approches humaines d’une même réalité : l’interaction entre la lumière et la matière. Ces dernières années, ma propre recherche expérimentale m’a conduit à étudier les manifestations mécaniques des fluctuations quantiques de la lumière dans le vide. Deux miroirs dans le vide s’attirent. C’est la force de Casimir.
Sa description fondamentale repose sur l’étude du couplage des fluctuations quantiques des électrons à la surface des deux miroirs avec les fluctuations quantiques du champ électromagnétique dans le vide. Dit autrement, ce qui m’intéresse ici est le contrôle des propriétés quantiques du vide dans une région de l’espace définie par des surfaces matérielles, les miroirs.

En français dans le texte : « ce qui m’intéresse, c’est la réflexion de la lumière sur les états de surface de cette couleur noire, état de surface qui varient. » On ne saurait mieux souligner que travailler la lumière dans le vide, c’est d’abord travailler les surfaces autour de ce vide. Du prix Nobel Serge Haroche aux fabricants de miroirs ou de peintures, tout le monde travaille les surfaces pour changer la lumière. Leur chimie, leur structuration, leur rugosité, leur propreté, etc. Modifier la lumière c’est sculpter les états de surface, tant au plan des électrons que de la morphologie. Ho Bun Chan à Hong-Kong, Ricardo Decca dans l’Indiana ou Umar Mohideen en Californie pour étudier la force de Casimir, modifient les propriétés du champ électromagnétique dans le vide entre les surfaces en striant ces surfaces aux échelles micro/nanométriques. Cela nécessite au passage l’utilisation des plus avancées des nanotechnologies.

soulages_5 licence cc Verwaerde

Ici est un point essentiel de la comparaison : Pierre Soulages, pour cette peinture des Outrenoirs dont l’objet est la lumière dans l’espace devant le tableau, investit le même questionnement et avec des difficultés pratiques aussi marquantes. Sans surprise en fait : dans tous les contextes, changer la lumière finement en contrôlant les surfaces à différentes échelles est un sport difficile. C’est beaucoup de sueur. Les scientifiques des photons sont des gens pénibles tant ils doivent être rigoureux. Les détails comptent. Terriblement. Pierre Soulages raconte ses efforts, ses difficultés. La nécessité de construire de nouveaux outils.

Les nanomètres de l’espoir

Aussi le noir est redoutable. En principe, et comme toujours, c’est simple : « noir, c’est noir ». Le noir absorbe toute la lumière qu’il rencontre. Par définition du noir. Vu comme ça, c’est même si simple que ça en devient inintéressant. Mais regardez les objets noirs autour de vous : ils ne réfléchissent jamais la lumière ? Tournez un peu autour pour voir. Il y a même des recherches pour produire le noir absolu à coup par exemple de nanotubes de carbone. Le « super noir » doit tout absorber sous différentes orientations et à différentes longueurs d’onde. Le noir est donc même un sujet de recherche. Si on ajoute à la couleur noire, la topographie comme le fait Pierre Soulages avec les stries, les rayures, la question devient alors encore bien plus complexe et donc encore plus intéressante. En particulier lorsque cette rugosité est à une échelle de l’ordre de la longueur d’onde de la lumière, c’est-à-dire pour la lumière visible jusqu’au proche infrarouge, de l’ordre du micromètre. C’est petit dira-t-on mais pas tant que cela en fait. Les pixels de l’impression couleur sur papier ou de nos écrans sont de l’ordre de 50 à 100 μm. Sur ces écrans, les effets de diffraction de la lumière visible sont déjà évidents. En clair, si personne ne l’a fait, je mettrai avec beaucoup d’appétit un petit microscope optique sur les Outrenoirs de Pierre Soulages pour voir jusqu’à quelles échelles il a induit une structuration de la surface noire. Avec le microscope USB moderne aucune préparation et aucun risque. Il suffit d’approcher l’objectif à 1 cm de la surface environ. J’enverrai aussi, avec le même appétit, le faisceau d’un petit laser rouge de conférence sur sa surface. Très peu de puissance. Aucun risque. Aucune difficulté. Et après tout c’est l’Année mondiale de la cristallographie qui s’appuie sur la relation de Bragg, pour expliquer comment les microstructures peuvent faire éclater la lumière visible dans l’espace.

visite_soulages licence CC credits julien pierre

Pourquoi mon regard sur les Outrenoirs de Soulages ne peut-il pas se dégager de ma vision de physicien ? Est-ce une chance supplémentaire pour rentrer dans cette œuvre que d’être physicien, ou une fausse route ? Question sans réponse et probablement sans importance : chacun vient comme il est quand il contemple un tableau. Les œuvres importantes nourrissent tous les imaginaires. Et en tout cas la lumière et la matière sont autour de nous dans leur réalité pour tous. Les Outrenoirs, fabriqués par l’œil et la main de Soulages, sont une nouvelle révélation fulgurante de cette réalité qui est le pain quotidien de bien des scientifiques et l’objet de pans entiers de l’activité industrielle depuis longtemps (antennes, verres, miroirs, écrans, peintures…). Un physicien théoricien grenoblois, spécialiste de la lumière, après trente ans de carrière au CNRS ne pouvait retenir cette exclamation : « un miroir est un monstre de complexité ! ».

vitrail_soulages_2 licence CC credits marie

vitrail_soulages licence CC credits B. Carlson

Pas convaincu ? Il me faudra alors décrire un jour la vision qu’un physicien a des vitraux de l’abbatiale de Conques [ndlr : décorés par Pierre Soulages] en m’appuyant sur cet autre commentaire extraordinaire de Pierre soulages : « à la transparence qui permet à la fois au regard et à la lumière de passer, j’ai préféré la transmission diffuse…». Les scientifiques français sont des références dans ce sujet qu’est la propagation des ondes dans les milieux désordonnés ou complexes. À Grenoble en particulier. Avec Soulages, les artistes français visiblement aussi. Pour contrôler la microstructure du verre afin de ne laisser entrer dans l’abbatiale que la lumière diffuse et pas l’image du monde extérieur, il n’a pas fallu moins que le laboratoire de recherche CNRS Saint-Gobain à Aubervilliers, le laboratoire CIRVA à Marseille, Pierre Soulages et une entreprise très spécialisée dans la fabrication des verres en Allemagne. Sept ans de travail et des centaines d’essais…


Article publié initialement par EchoSciences Grenoble.

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  • Quelle escroquerie !!!!!!!!

    Comment peut on prendre aussi longtemps les gens pour des cons ?
    http://fr.calameo.com/read/003178143ec15a8e8a162

    Interview de Soulages (…de votre argent…)

    Je cite : « …il y a beaucoup de toiles que j’arrête et que je mets en quarantaine contre le mur, et puis, quatre mois plus tard, je les regarde à nouveau. Parfois elles sont terminées toutes seules !!3

    C’est beau comme du MADOFF !

  • Pardon, j’oubliais.
    Avec « l’outrenoir » de cet escroq.

    N’oubliez pas le « bleu » Klein !

    Allez chez Ripolin c’est moins chère !!

    De toute façon, les gens qui ont l’outrecuidance d’accepter d’inaugurer un musée à leur nom de leur vivant devrait être discrédité d’office !

    Je pleure pour tous les jeunes talents français qui si ils ne sont pas de CE sérail idéologique, et pas obséquieux, n’auront jamais une chance de vivre décemment de leurs œuvres !

    Pathétique.

    • Le bleu Klein est effectivement une bonne référence. Il a dit, je crois: « Le ciel bleu est ma première oeuvre d’art ». La représentation du ciel a occupé bien du monde en peinture. Pour quelqu’un comme moi, c’est une référence très forte. « Pourquoi le ciel est il bleu ? » est une question d’examen en physique posée très souvent mais pas au lycée (la diffusion Rayleigh)… on s’attend à ce que tout scientifique se soit un jour posé la question. Elle est importante pour tout le monde et chacun a droit à sa propre réponse.

      Vous pleurez. Là je peux être d’accord avec vous. Voir cette synthèse récente: http://abonnes.lemonde.fr/culture/article/2014/07/25/les-plasticiens-en-quete-de-statut_4463077_3246.html?xtmc=artistes_plasticiens&xtcr=4

      • C’est la couleur de O2 comme chacun sait.

      • Cher M. CHEVRIER
        Si je comprends bien votre lien, et votre sous entendu, vous souhaitez un énième statut pour ces « artistes » ?
        Un système ? un statut ?
        Doit on vivre matériellement de l’art ?
        TOUS les artistes le peuvent ils ?
        Est ce utile ou nécessaire ?
        Ne peut on être un artiste talentueux ou pas (On l’est d’abord pour soit) sans système, statut, argent public ?
        Ne peut on créer, être un artiste, en travaillant avec une autre activité ?
        J’ai beaucoup de questions comme vous voyez. (Et plein d’autres encore..)

        Je ne suis pas d’accord que le père de famille qui bosse en 3/8 au SMIC, l’ouvrier du BTP, le petit artisan qui rame, paye quoique ce soit dans un système « artistique » !

        N’oubliez jamais que votre générosité se fait avec la sueur (le sang ?) des autres…

        Le mécénat, le sponsoring (excusez cet horrible mot), l’argent des galeristes, des commissaires priseurs, des grandes maisons, Drouot, stheby’s etc, etc. doivent suffire au monde artistique.

        Enfin, tout le monde ne gagne pas le 100M !

  • C’est de la merde étalée par un peintre sans talent. Avec du Ripolin acheté en vrac chez Leroy-Merlin, on obtient rapidement le même résultat. La seule chose que je lui reconnais : avoir eu le courage de faire des lignes de noir pendant 40 ans. C’est ce qu’on appelle l’indigence artistique et intellectuelle. Qu’on en face un musée avec des impôts est un véritable scandale par contre ! Il a le droit de faire ce qu’il veut mais de là à financer son délire aux frais du contribuable, comme un service public, c’est une autre paire de manches.

    Je dis la même chose pour Boulez et sa clique contemporaine qui est d’une médiocrité sans nom, une dictature qui dure depuis 40 ans et qui a lassé tous les mélomanes, d’autant quand on apprend en 2014 que la Salle Pleyel se verra désormais interdite de programmer de la musique classique à cause de l’ouverture de la nouvelle Philharmonie en 2015 ( http://vivrelarecherche.blogspot.fr/2014/06/salle-pleyel-classique-interdit.html ), tout cela parce qu’un Boulez Boy, Laurent Bayle, Directeur de la musique à La Villette a décidé que la musique classique à Paris n’avait plus à exister, le tout pour ne pas concurrencer la musique contemporaine qui sera l’unique programme de la Philharmonie… Ca commence à bien faire leurs conneries totalitaires de gens qui ne savent faire que du bruit organisé. Je ne vois pas où ces gens minables rendent un service au public, fusse-t-il dans le domaine de l’art, qui doit être aidé aussi par les service publics, dans le domaine de la formation et de l’aide aux concerts par exemple. Pourquoi on ne finance pas pendant qu’on y est la lecture obligatoire du Petit Livre Rouge de Mao dans les écoles en en donnant un exemplaire à tout enfant entrant en 6ème. C’est dans le même ordre d’idées. Voilà la dictature socialo-marxiste-léniniste de gauche que nous impose désormais dans ses plus grands largeurs la France et on est obligé d’aimer la merde qu’on nous propose. Bientôt, ils nous obligeront à l’écouter à la radio de force.

    Si vous voulez voir ce qu’est le talent pictural d’aujourd’hui, tapez plutôt Vladimir Kush sur Google Image.

    • Le pire commentaire d’un de ses adeptes et admirateurs, journaliste des arts (je ne sais plus qui) : « Soulages, le peintre de la lumière ».

      Authentique. Même pas honte !

    • Je ne connaissais pas Vladimir Kush.

      J’aimerai voir ça en réel ! MERCI

      • Il expose partout dans le monde, une fois par an à Monaco. C’est un génie. Mais sa base est San Diego et Maui, après avoir émigré il y a plus de 20 ans de Russie. Il avait compris les impasses et les mensonges de la pensée nihiliste marxiste léniniste, de son art (anti-bourgeois), dont nous profitions pleinement en France grâce à nos artistes officiels. Il ne s’épanche jamais sur son passé. Il connait l’histoire de Trotsky, des russes émigrés aux states.

  • Une seule définition s’impose désormais, hormis les tentatives de recherche fondamentale (utiles à qui, utiles à quoi?) qui devraient être plus de la responsabilité du CNRS que des financements par un improbable et aveugle Ministère de la Culture (d’une oeuvre notable destinée à passer les ans et les siècles vu le niveau de financement), qui ne saurait plus depuis longtemps ce qui est de l’art ou de la recherche, de l’art ou du cochon (non je ne blague pas, on a vu des porcs en décomposition à Pompidou, présentés comme oeuvres d’art) :

    L’art contemporain, c’est la dictature de la médiocrité.

    L’IRCAM (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique) a développé depuis les années 1970 les mêmes types d’arguties que cet article. On est parti d’un projet collectif (avec un intérêt public inscrit dans le marbre de ses statuts et de son nom) destiné à des musiciens créateurs et chercheurs en sons et on a abouti à la gestion sans partage par une bande avec à sa tête un gourou sectaire.

  • Je comprends fort bien que M. Chevrier soit attire par le sujet traite par Soulages et que le travail de celui-ci trouve une audience naturelle au sein de la communaute scientifique. J’ai le plus grand respect pour la science. La vraie. Celle qui choisit de se remettre perpetuellement en question dans les laboratoires d’experimentations. Celle que pratique quotidiennement M. Chevrier a Grenoble.

    En ce qui me concerne cependant, je peine a partager son enthousiasme pour Soulages. J’ai le regret que ce peintre participe, a travers son oeuvre, a une certaine deshumanisation artistique ambiante qui vienne s’ajouter a la deshumanisation graduelle du paysage architectural urbain et des arts decoratif et appliques. Esthetique il y a, certes, mais d’une tristesse infinie et qui n’est pas sans rappeller l’architecture et l’esthetique Speerienne de l’Allemagne d’avant guerre. Que nous soyons dans une novation scientiste je n’en doute pas, et je ne mets pas en doute la parole d’un vrai scientifique en ce qui concerne le contenu, avere, des travaux concernes; mais la science n’est pas l’art et ce que l’on gagne en precision technique d’un cote on le perd de l’autre en poesie. Aujourd’hui Soulages est un peintre academique. Ce qui est un compliment pour un scientifique ne l’est pas pour un artiste. Je crois qu’il y a chez lui un peu trop de science et pas assez d’inspiration. Il lui manque aussi, a mon gout, l’humour et le geni d’un Marcel Duchamps. Je comprends egalement tres bien que M. Chevrier et moi ayons des points de vue (litteralement) differents, puisqu’en matiere de genese du gout artistique nous n’avons pas forcement les memes bases. Une oeuvre d’art c’est un peu comme une femme, on en tombe amoureux ou pas. Le nectar des uns est le poison des autres.

    Pour rejoindre d’autres commentaires, et c’est la que le bat blesse veritablement (jusqu’au sang), j’ai moi-meme un tres gros probleme avec l’existence des subventions d’academie et d’etat qui sont necessairement arbitraires. On est bien ici dans le syndrome des feux de la rampe de Charlie Chaplin « Limelight », finances par les contribuables. Plus on met les uns en avant et plus on garde les autres dans la penombre tout en faussant le marche (comme ailleurs, c’est l’effet classique de la subvention aux uns et pas aux autres, souvent de copinage). La dictature d’un academisme elementaire et conceptuel est aujourd’hui plus feroce que jamais. En France comme ailleurs en Europe. C’est vrai que de tres nombreux artistes de talent, mais ignores totalement, en patissent et ne perceront sans doute jamais. Ceux qui comme moi marchent tres bien sans l’etat (pas la France mais un autre etat europeen) sont en concurrence perpetuelle avec des artistes qui ne seraient pas la s’ils n’etaient pas subventionnes.

    Au credit de M. Chevrier la n’etait pas le sujet de son article – par ailleurs exellent d’introduction aux travaux scientifiques. Une lucarne entrouverte pour les nuls en science comme moi. Plus facile a lire et a suivre que Stephen Hawking et moins dense aussi. On a le temps de respirer. L’iconographie artistique embarquee aide a la comprehension du texte et vous donne le temps d’assimiler. Malgre mes petits sauts d’humeur ci-dessus – sur Soulages – j’attendrai avec impatience le prochain article. Merci.

    En ce qui concerne la fameuse phrase ou Soulage declare placer ses oeuvres « en quarantaine », il faut savoir que beaucoup d’artistes mettent leurs oeuvres en quarantaine pendant quelque temps, pour mieux pouvoir en juger avec un recul suffisant. Qu’on puisse se rendre compte alors en regardant, des jours ou des mois plus tard, que la piece est en fait terminee veut simplement dire qu’on savait deja subconsciemment qu’elle l’etait. C’est pour cela qu’on s’etait arrete. des jours ou des mois auparavant. J’ai moi-meme des pieces qui sont en quarantaine depuis des annees. On est la dans l’abc du processus de creation artistique. Sans doute au moins aussi vieux que Lascaux

    • J’aime beaucoup ce que vous dites et partage beaucoup de vos points de vues notamment sur la genèse des œuvres, l’expérimentation et l’art, qui est pétri de phénomènes scientifiques mais qui a besoin d’une autre étincelle. Vous parlez de poésie. Moi je parle de grâce, d’illumination, « d’élévation au-dessus de ce qui est « (Fauré). Cela revient au même. L’art doit permettre de s’élever au dessus de ce qui est.

      Chez Soulages comme chez Boulez (ils s’apprécient beaucoup), l’art reste à terre, on ne s’élève pas au-dessus de ce qui est. Il n’y a pas de transcendance. On est en plein dans le matériau, on ne s’en échappe jamais. Le matériau n’est pas un vecteur ou un moyen pour sortir d’une condition matérielle ou intellectuelle, ou s’élever vers une dimension supérieure ou spirituelle (ce qui est le propre de l’art, quand même depuis toujours), le matériau en lui-même est le seul intérêt. Boulez dit : « l’art n’a aucune signification propre ». Il vomit l’émotion qui pour lui est une dimension puérile, populaire(iste), interdite par l’ascèse ultime dont il se revendique. Il n’y a pas vision supérieure qui nous fait passer du bas vers le haut. L’art chez eux, évidemment conceptuel, comme vous le dites, doit s’affranchir de l’émotion pour s’élever encore plus haut. Là est la déshumanisation de l’art dont vous parlez.

      Il faut voir par ailleurs les béats de ces œuvres, en contemplation ascétique quasi mystique devant les tableaux et les œuvres de ces maîtres ou même ces maîtres eux-mêmes (dont ils baiseraient les pieds s’ils passaient devant eux), pensant, comme devant le bleu de Klein, qu’en y restant des heures, on finira par être « pénétré par la grâce ».

      C’était la phrase exacte d’un grand cinéaste qui avait un Klein au pied de son lit. Il disait : « Le matin quand je me réveille, je regarde le tableau (que du bleu Klein) pensant une heure, et au bout d’une heure, j’ai des larmes qui me coulent des yeux ». Phrase qui peuvent illustrer la première photo de l’article. Ces « œuvres-là » ont besoin d’admirateurs mystiques ou « mysthisés ». De la même manière que l’élan vers une secte ou l’élan mystique peut prendre une personne qui travaille suffisamment son cerveau pendant un certain laps de temps jusqu’à l’amener à un état de lévitation.

      La concurrence avec les artistes sur-subventionnés qui ne pourraient exister sans, je vis en plein dans ce processus, moi aussi qui ne l’a jamais été, comme vous. D’ailleurs un des critères de l’efficience artistique souvent développé par ces artistes subventionnés est « leur capacité à lever des fonds publics ». On n’est plus là dans l’efficience artistique, mais bien dans le talent de lobbyiste. Il est notoire de constater que les sectes artistiques comme celles dont nous parlons, se déterminent au sortir des conservatoires ou des concours (une sorte de concours de l’ENA pour les arts). Il y a une porte d’entrée à cet endroit, mais après c’est un tube étanche. Une personne peut entrer et sortir, mais il est impossible d’entrer en cours de carrière. Le système est totalement étanche. Il éjecte sans effort, quasiment comme un tube de béton toute personne qui s’y frotte en cours de démarche. Il ne tolère que les gens cooptés jeunes, qui eux ont tout intérêt à toujours faire partie de la secte. En sortir est très dur, car intellectuellement, on absorbe en ces lieux les éléments de langage et les nouveaux dogmes, que l’on n’a jamais intérêt à dénoncer fussent-ils basés sur des mensonges. En sortir, comme dans tout processus sectaire, c’est se condamner à mort professionnellement.

      Que faites-vous et où pratiquez vous votre « art » ? Je ne sais si vous êtes artiste ou pas mais vous semblez pratiquer une activité artistique selon vos propos.

    • Vous jouez la mauvaise foi.
      Je cite :  » …parfois elles se sont terminées toutes seules  » !
      Rien à voir avec ce que vous évoquez.

      Abandonnez une toile, une oeuvre, pensant qu’elle est loupée, pas finie, pas à la hauteur des attentes de son concepteur etc. et que plus tard, parce qu’on a plus la tête dans le guidon, celui-ci pense, qu’elle mérite d’être vue, exposée, et donc finie, complète, c’est autre chose. (Et de la seule responsabilité de l’artiste)

      Je vous cite : « On est la dans l’abc du processus de creation artistique »

      Si pour vous l’ABC de la création tient dans le fait qu’une oeuvre se termine seule, alors j’aimerai connaître cet ABC et votre truc …d’alchimiste.

      Soit vous acceptez que le « le vieil escroc » se soit laché malgré lui ou par snobisme ( =sans noblesse) ou par vanité, ou encore parce qu’un peu liquide maintenant, soit vous soutenez par complicité cette arnaque « conceptuelle » !

      Laissez les ABC aux jeunes qui apprennent à l’école les fondamentaux de l’art et de la vie…

      • Vous n’avez rien compris. Relisez. Ou accessoirement apprenez a lire…

        • Je me doutais que vous le prendriez comme ça…

          Votre commentaire est en deux parties.
          Une critique de Soulages et de l’art conceptuel. Jusque là tout va bien.

          Une deuxième partie ou vous laissez entendre que son dérapage verbal est justifiable.

          Justement, je sais lire et les nuances, et l’implicite.

          Dans la critique de ces escrocs, il ne faut laisser aucune faiblesse dans le discours pour leur laisser une chance de s’en sortir. C’est toute la subtilité de leur arnaque.

          Que ca vous plaise ou pas, c’est ce que vous faites en voulant justifier l’abandon d’une oeuvre dans un coin durant un certain temps. ( Avec une certaine condescendance…)

          Dont vous dites, que finalement elle était terminée, mais l’artiste n’en n’était pas sûr et il devait prendre du recule. Relisez moi, ça c’est cohérent. Je vous ai cité mot à mot…

          MAIS cela n’a rien à voir avec ‘escroc qui AVOUE finalement que son « oeuvre » se termine toute seule !

          Ce n’est pas dut tout pareil.

          Relisez son interview P 51-52 En fait, enfin, Soulage est en flagrant délit ! Il ne faut surtout rien justifier de ce comportement !

          Je répète c’est beau comme du MADOFF.

          • Il faut prendre le morceau de phrase que vous citez, en ce qui concerne les oeuvres qui se terminent toutes seules, au deuxieme degre. C’est une image. Moi non plus je n’aime pas beaucoup le travail de Soulages pour les raisons precitees mais il s’agit d’eviter, pour vous comme pour moi, puisque nous sommes tous les deux en desaccord avec son oeuvre, de tomber dans un fondamentalisme condescendant.

  • Bref : ces trucs ne sont pas « noirs », ils sont rugueux.
    Travailler la texture n’est pas moins légitime (d’un point de vue artistique) que travailler la couleur, et comme évoqué dans l’article faire la première chose est aussi un moyen de produire des couleurs interférentielles, comme certains papillons en exhibent ; ou des effets de contraste entre rayures, pointillés, etc. plus ou moins serrés, plus ou moins denses, plus ou moins courbés, plus ou moins réguliers, etc.
    Les fameux jardins zen sont un exemple de ce qui peut être fait d’extraordinaire. Buren en est un autre, exemple, mais dans le genre intello et minable. Entre les deux, on a tout l’art populaire en noir et blanc des journaux et BD à l’ancienne, capable pallier l’absence de couleur par des variations de densités de points ou rayures, sans péter plus haut que son cul, et qui mériterait bien plus un musée que le zozo dont on cause (AMHA).
    Encore faut-il réellement travailler la texture. Ce qui n’est pas fait, là. Le pseudo artiste ne fait que poser des pâtés de textures comme un bambin d’un an poserait des pâtés de couleurs. Encore plus minable que Buren.
    Je suppose qu’on peut faire de très bons articles même sur des pâtés aléatoires de couleurs ou de texture, ou même un tas de merde, mais il est injuste et regrettable que l’auteur de l’article rendent ainsi hommage à l’auteur du tas de merde simplement parce qu’il a servi de support à la réflexion…

    • C’est exactement ça !

      CQFD ! Merci

    • Je pensais ces temps-ci en réfléchissant à tous ces sujets à quelques interrogations précises, dont je n’ai pas forcément la réponse, le doute permettant toujours d’avancer pour comprendre :

      – il n’y a pas de honte à travailler la texture et à en faire des essais, c’est le propre de tout apprentissage et de tout perfectionnisme, comme un menuisier et un sculpteur apprennent à polir ou à sculpter la matière brute, sans autre d’objectif que polir et sculpter
      – est-ce qu’un effet de texture peut être une œuvre par destination : voilà la question principale ?
      – est-ce qu’une œuvre peut être seulement un effet de texture alors que par essence toute œuvre est censée avoir un sens ou donner un, du sens ?
      – n’est-ce pas la vider de tout sens en tant qu’œuvre artistique si elle n’est qu’un effet, même si celui-ci est virtuose (pas toujours le cas ici) ?
      – que signifient, que symbolisent les textures de Soulages, hormis leur propre état de structures et de reliefs ?
      – enfin, imaginons que je me promène sur le Walk of Fame d’Hollywood Bd à LA. Soudain, un nommé Pierre Soulages a disposé par terre un noir épais de peinture et je marche dedans involontairement comme sur une déjection animale. Un évènement nait : mes pas créent sur le noir deux traces de semelles, qui forment à leur tour et suivant l’orientation de la lumière ou du spectateur, des effets de lumière et d’ombres impressionnants. Compte tenu de la présence de Soulages sur ce Bd mythique, l’œuvre peut-elle être considérée comme un Soulages, un chef d’œuvre ? Et comme une œuvre ? Pourtant tout y est ?
      – en d’autres termes, si l’on trouvait ces œuvres (textures) dans le fond d’un poulailler, à l’état brut, les mêmes œuvres de Pierre Soulages, les considérerions-nous comme des œuvres, ou seulement comme des crépis mis sur un bois ou un mur de fond de poulailler ? Ne sont-elles pas plus œuvres parce qu’on les expose dans des musées par snobisme et habitude consensuelle et complaisante à l’art contemporain au sujet duquel on n’a plus le droit d’être choqué sans passer pour un réac, qu’œuvres en tant que telles ?

      • Vous avez mis le doigt ( le pied !) là ou ça fait mal !

        Ne vous posez pas toutes ces questions, c’est faire trop d’honneur à cet art conceptuel.

        Il est pédant, imbu de lui-même, superficiel, hermétique et égoïste, c’est de l’escroquerie intellectuelle et artistique.

        Ce qui détermine l’escroquerie en droit pénal, c’est la mise en scène de moyens frauduleux. Mensonges, tromperies, faux etc.

        Le remise d’argent colossal et le soutien scientifique en sont 2 autres !

        Tout y est dans l’art conceptuel.

      • Très étonnante première photo en préambule de cet article, qu’on peut analyser de la sorte :

        On montre l’homme qui admire l’œuvre (procédé souvent utilisé en art contemporain pour montrer qu’il y a des adeptes et des admirateurs), ce qui prouve que l’œuvre est admirable, malgré le fait que l’intérêt de la photo soit plus la situation que l’œuvre admirée. D’autant plus qu’on ne voit rien de l’œuvre, parce qu’elle est noire et qu’une photo ne peut en rendre sa valeur, ce qu’avait démontré Soulages par lui-même, toute son œuvre étant réfractaire à la photographie. Les génies de la peinture ne se sont jamais plaints (la plupart étant morts) des reproductions photos. Qui a vu en direct L’Ultima Cena de Leonardo ? Et pourtant tout le monde connait l’œuvre de part le monde grâce aux reproductions photographiques qui rendent bien la magie et le caractère de chef-d’œuvre.

        Quand c’est une œuvre, réellement : pas besoin de subterfuges ou de mise en scène. Il suffit de montrer l’œuvre. Elle seule est admirable et n’a de justification que par elle-même, pas par la présence d’admirateurs.

        • +1
          Cependant la photo initiale est magnifiquement composée ; jusqu’au choix du sujet (veston, chapeau et barbe noire). C’est une œuvre, une vraie, elle, même si on a déjà vu ça. Elle mérite un titre, par exemple comme « vide contemplant le néant ».
          D’une certaine façon, on utilise la qualité propre à cette photo pour donner de la valeur au pâté noir qui lui-même n’en a aucune.
          Ce pâté serait même avantageusement remplacé par n’importe quoi, pour ce qui est de la qualité de la photo. La photo serait même encore meilleurs si le sujet ne regardait pas le pâté, mais ailleurs (vers le haut à gauche, je pense)

  • Ce que j’ai tente de dire plus haut, en ce qui concerne ma vision personnelle de l’oeuvre de Soulages, tient sans doute « in a nutshell ». Il se peut que tout ce que j’ai voulu exprimer puisse etre dit dans cette petite phrase, unique, qui appartient a une de mes connaissances et qu’un autre de mes amis, professant l’histoire de l’art a l’universite, dans ma ville d’adoption, a souvent utilisee devant ses eleves. Elle ne parle pas seulement de Soulages mais traduit au mieux cette philosophie artistique, qui est la mienne, ou l’on choisit de juger une oeuvre de maniere analogique (Murielle Barbery dans son celebre roman « l’elegance du herisson » parlait a ce sujet d’une « adequation intemporelle ») a l’oppose d’analytique. Je vais l’ecrire en Anglais car j’ai beau tourner la phrase dans tous les sens je ne reussis pas a en faire une traduction qui respecte l’original en tous points.

    « Excessive articulation of the parts distract from the essence of the object ».

    • « Excessive articulation of the parts distract from the essence of the object ».

      Il y a une traduction précise à apporter et j’en ai fait la démonstration ci-dessus en parlant des textures et des essais.

      « Un excessif attrait pour la forme distrait de l’essence du fond. »

      • Ma phrase correle en effet parfaitement dans le sens avec ce que vous ecriviez plus haut. Votre traduction semantique s’approche au millimetre de la version originale. On est presque la. On est meme deja la dans le sens a une nuance pres. Une toute petite nuance. Mais on est pas tout a fait dans l’identique. Faites moi confiance, vingt huit annees de ma vie dans des pays anglophones, en aval de douze ans d’etudes d’anglais, et deux diplomes de Cambridge dans les poches, je m’y connais quand meme un peu . La version anglaise se rapporte aussi a une autre expression dans cette langue : « something being more than the sum of its parts ». La phrase anglaise suggere cette associaltion que la traduction de cette partie de la phrase par « forme » ne traduit pas tout a fait. On est ici dans un descriptif quantitatif de la forme. Litteralement, les differentes parties de la piece ne s’ajoutent pas forcement pour en faire un chef-d’oeuvre. Mai dans cette version manque aussi la suggestion du journaliste ou du critique who articulates. On a aussi le probleme considerable que la traduction doive respecter l’elegance de la phrase d’origine. C’est pas facile…

        Enfin, je suis tatillon. vous et moi pensons la meme chose sur ce sujet. Mais la linguistique est une autre de mes passions. Merci pour l’essai de traduction which was a perfectly good effort.

        • « Une chose est plus que la somme de ses parties. »

          J’adore aussi cette expression et je l’utilise aussi souvent. On peut prendre la métaphore de la mayonnaise pour la mettre en évidence. « La mayonnaise a pris » dit-on en français pour exprimer cette action supplémentaire qui augmente la valeur de la somme des ingrédients initiaux.

          J’adore cette locution en musique et je passe mon temps à la mettre en avant pour démontrer l’inefficience de certaines musiques – souvent avant-gardistes, il faut bien l’admettre, alors que la « forme classique » permet toutes les élévations, quand on a le talent de l’écriture bien entendu, comme la grâce trouvée dans le dessin d’un corps de femme permettra de distancier sans retour le génie du trait de celui qui n’en a pas -. Car on a beau mettre des ingrédients identiques ou utiliser des techniques identiques, certaines musiques décollent et d’autres restent au sol. Un génie fera de rien une œuvre, mais des pompeux pompiers sans talent feront d’un excès de tout, un rien. Comme ici dans l’exemple éloquent à ce titre cité par l’article.

          Il en est de même de toutes les expressions humaines, et la cuisine n’échappe pas à l’analyse. Ma femme fait les plus merveilleux croques-monsieur-madame et même dans les brasseries des Champs, je n’en ai jamais mangé d’aussi bons. Le talent !

          Les mêmes ingrédients, mais pas le même résultat. Le talent est ce supplément d’âme (Bach est religieux, Mozart franc-maçon, Wagner pan-germaniste, Stravinsky est la Russie profonde même, Ravel le métissage naissant, etc…), que l’avant garde a récusé pour ne produire que de la bouillie sans élévation mystique, sans attache spirituelle.

          Regardez les discours politiques. Avec les mêmes mots, le même dictionnaire, la même grammaire, les grands hommes emballent les peuples, les médiocres les ennuient.

        • Thanks for the master’s compliment ! Et merci pour votre sens du détail que je partage, que j’aime et admire chez les musiciens londoniens.

          • « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better ».

            Samuel Beckett.

            • « First, they ignore you,
              Then they laugh at you,
              then they fight you,
              then you win. »
              Mahatma Gandhi

              « Rien ne résiste au travail »
              Marguerite Long

              • On est d’accord.

                • « Dans les premiers jours de février 2004, les visiteurs du Musée Guggenheim d’Art contemporain de Bilbao pouvaient admirer sur les cimaises une peinture sur bois intitulée Tourbillon d’amour 1978 avec l’indication qu’elle avait été offerte par un mécène, Annika Barbangos, au Musée Guggenheim de New-York. Le tableau représentait un cœur rouge qui s’évanouissait en spirale. Cette œuvre était en réalité une supercherie montée par un groupe inconnu, Mike Nedo, qualifié d’ »Antéchrist de l’art », qui avait accroché au mur le tableau avec un morceau de Velcro. La scène, filmée avec un caméscope, sera diffusée ultérieurement sur la télévision locale à deux reprises. Sur l’écran, un homme masqué déclarera que son groupe avait voulu démontrer deux choses : d’une part, que « n’importe qui peut être un grand artiste », et, d’autre part, que « n’importe quoi peut devenir une œuvre majeure pourvu qu’elle soit diffusée de manière adéquate ». Les responsables du Musée ont ouvert une enquête pour identifier les responsables de l’incident et « évaluer l’importance de l’affaire ». » …

                  Jean-François Mattei, « L’art de l’insignifiance ou la mort de l’art »

                  La suite ci-dessous : http://lesoupirailetlesvitraux.hautetfort.com/media/01/02/679473629.pdf

                  • Un anonyme qui travaille principalement au pochoir, dans l’espace public britannique (mais pas seulement), et qu’on connait sous le nom de Bansky a realise par ailleurs des actions similaires, et repetitives, en Angleterre et aux etats unis. Avec beaucoup d’humour. Les actions varient. Elles vont de l’introduction subrepte d’oeuvres d’art ou d’objets de sa composition sur les murs des musees nationaux, a l’apposition de dessins au pochoir le plus souvent sur, ou devant, des batiments officiels. Accompagnes de messages clarifiants. Mes favoris restent la photographie encadree d’une boite de conserve de haricots blancs, en sauce, qui est restee accrochee plusieurs jours au musee d’art contemporain (a New York si mes souvenirs sont bons), clin d’oeil a Andy Warhol. les deux autres sont un coleoptere porteur de missiles au musee d’histoire naturelle et un homme prehistorique stylise, dessine sur une toute petite pierre plate, poussant un caddy de supermarche…

                    J’ai pleine conscience d’etre un peu a cote du sujet en ce qui concerne l’oeuvre de Soulages. Mais j’ai pense que Banksy vous amuserait. Je pense aussi qu’il est probablement l’artiste qui aujourd’hui parle le plus clairement du monde que nous habitons. C’est un coluche de l’art graphique qui n’hesite pas a montrer du doigt les inepties contemporaines en tous genres. Je lui tire mon chapeau.

  • Une petite fenetre sur le non quantifiable, des paysages vides d’architectures…

    b2v.co

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