Renseignement US : une nouvelle affaire Snowden ?

De nouveaux documents classés secrets viennent d’être publiés : près de la moitié des personnes listés par le renseignement américain n’a aucun lien avec des groupes terroristes.

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Renseignement US : une nouvelle affaire Snowden ?

Publié le 7 août 2014
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De nouveaux documents classés secrets viennent d’être publiés, révélant que près de la moitié des personnes listés par l’État américain pour combattre le terrorisme n’a aucun lien avec des groupes terroristes.

Par la rédaction de Contrepoints

D’après The Intercept, qui a eu accès à des documents classés secrets, près de la moitié des individus répertoriés dans la liste utilisée par le gouvernement américain à des fins de lutte contre le terrorisme n’aurait aucun lien avec des groupes terroristes.

Flicage généralisé

Sur les 680 000 personnes inscrites sur le Terrorist Screening Database, la base de données partagée entre les diverses agences chargées de faire respecter la loi, les entrepreneurs du privé et les différents gouvernements nationaux, 280 000 suspects n’auraient en effet aucune affiliation avec quoi que ce soit.

La lecture des documents secrets révèle également que l’administration Obama a mis en place un système de surveillance anti-terroriste sans précédent, TIDE (Terrorist Identities Datamart Environment) : ainsi, la liste des individus interdits de vol a été décuplée, jusqu’à atteindre le record historique de 47 000 personnes, ce que même G. W. Bush n’avait pas réussi à faire. Ces documents secrets, qui sont des outils de travail préparés par le National Counterterrorism Center, soit l’agence la plus importante en matière de lutte contre le terrorisme international, révèlent plusieurs autres faits inquiétants pour les libertés publiques :

  • Selon cette « liste de suspects », la seconde plus grande concentration de « terroristes potentiels » dans le pays se trouve à Dearborn, dans le Michigan. Il s’agit en fait d’une ville de 96 000 habitants qui accueille la plus grande concentration de citoyens américains d’origine arabe.
  • L’État américain ajoute des noms et des informations sur le sujet à un rythme de 900 enregistrements par jour.
  • La CIA utiliserait un programme intitulé Hydra pour accéder frauduleusement aux bases de données étrangères pour les ajouter aux données américaines.

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D’après un expert américain de la lutte contre le terrorisme interrogé par The Intercept, environ 700 000 noms figureraient sur le Terrorist Screening Database en date de novembre 2013. Le mois dernier, l’agence de presse The Associated Press affirmait que près de 1,5 million de noms figuraient maintenant sur cette liste de suspects.

L’arbitraire du Politique

Si toutes ces nouvelles informations s’avèrent justes, elles dessinent une évolution inquiétante de la démocratie américaine vers une société de surveillance généralisée. Si « terroriste » devient, dans les mains des différents bureaucrates de l’État américain, une catégorie suffisamment floue pour englober tout ce qui apparaît suspect à leurs yeux, alors tout le monde risque un jour de se retrouver sur une telle liste de suspects.

Comme le démontre cette nouvelle affaire, laisser la définition du terrorisme au jugement des officines gouvernementales diverses et variées, c’est prendre le risque de laisser courir l’imagination et l’ignorance parfois délirantes de ses représentants. Dans le cas présent, lister comme suspects des citoyens d’origine arabe sans explication frise la paranoïa, voire un certain « délit de sale gueule » qui n’est pas sans rappeler l’attitude de l’État américain vis-à-vis de ses citoyens d’origine asiatique pendant la seconde guerre mondiale.

Rappelons pour mémoire que la Cour Suprême des États-Unis avait alors jugé constitutionnelle à l’époque la classification comme « immédiatement suspecte » de toute personne asiatique, au regard des circonstances exceptionnelles de la guerre (Korematsu v. United States 1944). Espérons que ce précédent scandaleux ne serve pas de nouveau aux juges pour accepter sans examen la toute-puissance de l’exécutif au nom des impératifs de la guerre contre le terrorisme.

La lutte contre le terrorisme

Entre l’administration Bush et Obama, en matière de renseignement et de surveillance, la différence de flicage des populations n’est pas de nature, mais de degré. L’ensemble des politiques publiques initiées par les Républicains est repris par les Démocrates, et dans certains domaines, la gauche sécuritaire dépasse largement la droite néoconservatrice. L’agitation médiatique autour de la fermeture de la prison d’exception de Guantánamo Bay, les exercices de repentance de l’administration actuelle concernant les affaires de tortures orchestrées par l’armée, les services et les alliés américains ne doivent être perçus, à l’aune de ces nouvelles informations, que comme des opérations de communication destinées à redorer le blason du gouvernement à l’or fin d’un progressisme d’opérette.

Plus généralement, toujours au regard de ces nouvelles révélations, on est en droit de se demander si la rage compulsive qui semble commander l’État américain dans le domaine du terrorisme n’est pas tout bonnement totalement irrationnelle, pour le plus grand malheur des citoyens américains (et aussi hélas ceux du reste du monde). La multiplication des agences de sécurité, de lois sécuritaires et la volonté d’engranger des masses d’informations sur des populations « à risque » posent un problème pratique : qui et comment les analyser, les classer, les hiérarchiser pour en donner une forme pratique et utilisable pour la sécurité nationale ?

Bien entendu, poser la question, c’est déjà y répondre, du moins en partie : choisir de collecter de nouvelles informations sur le terrorisme, à une vitesse hallucinante, sur des fondements moraux et conceptuels contestables garantit de ne jamais pouvoir les utiliser sérieusement. L’État américain a sans doute aujourd’hui un nombre incalculable de données sur ses citoyens d’origine arabe, mais qui ne lui servent à rien, faute de l’armée d’analystes compétents pour en traiter, et surtout de repères pour se retrouver dans cette masse de données : que chercher exactement dans cette liste de terroristes putatifs qui puisse être utile pour prévenir d’agissements qu’on a du mal à définir ?

Il n’existe à l’heure actuelle aucun moyen de contrôler politiquement ou constitutionnellement la propension au flicage de l’État américain, ni bien entendu de ses petits frères occidentaux. Les quelques opposants qui se sont insurgés contre cette nouvelle capacité de contrôle sont désormais eux-mêmes considérés comme des terroristes et des dissidents. La paranoïa qui s’est emparée des gouvernements face au terrorisme, cette nouvelle forme largement insaisissable de violence envers les populations, suscite les réactions politiques les plus incongrues et liberticides, y compris dans les pays considérés il y a encore quelques années comme les plus favorables aux libertés individuelles.

Un nouveau Snowden ?

Edward_Snowden - cc by saEnfin, cette nouvelle affaire révélée par The Intercept montre que les révélations de Edward Snowden, informaticien américain qui a rendu publiques en juin 2013 des informations secrètes sur les opérations américaines d’espionnage et qui n’a d’ailleurs toujours pas fini de faire parler de lui tant la quantité de données fuitées est importante, ne recouvrent en réalité qu’une partie des efforts de l’État américain pour espionner tant le reste du monde que sa propre population.

Les dérives sont maintenant de plus en plus manifestes, à tel point que les actes de Snowden semblent avoir inspiré au moins un autre informateur dans les rangs de l’intelligence des États-Unis. Le courage serait-il contagieux ?

Pour la liberté des citoyens américains, et du monde en général, on ne peut que le souhaiter.

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  • complêtement parano ces américains ;s’ils passaient pas leur temps et leur argent à déclarer sournoisement des guerres partout ou ils posent les yeux , les amerloques auraient moins d’ennemis ;

    • Un certain chauvinisme vous ferait il méconnaitre l’ampleur mondiale de cette triste névrose?
      Les « bretelles du président » était quand même un terme français, et une affaire bien croustillante du fait de la présence de la somptueuse Carole Bouquet.

  • « La paranoïa qui s’est emparée des gouvernements face au terrorisme ».

    S’il s’agissait seulement de paranoïa… Nous faisons face à une politique délibérée d’expansion continue des pouvoirs de l’Etat. L’appareil militaro-policier (et renseignement) s’est allié aux politiques pour faire de la lutte contre le terrorisme l’un des plus efficaces fers de lance de l’étatisme. Les premiers y gagnent des crédits et de la marge de manoeuvre (extension de la notion de secret-défense, notamment pour limiter le pouvoir des juges), tandis que les seconds peuvent ainsi jouer sur le côté paternaliste de l’Etat pour accroître leurs pouvoirs. L’Etat protecteur, l’Etat nanou. Les deux facettes d’une même idéologie.

    « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux », Benjamin Franklin.

  • Il semble surtout que cette lutte contre le terrorisme est une excuse pour les minables petits fonctionnaires qui se croient au dessus des lois de nous fliquer d’avantage et d’imposer leur vision de la société. On est clairement dans la tentation despotique ici. Staline n’aurait pas rêvé meilleur prétexte pour terroriser la population.

  • Le sénateur edward Kennedy était sur une telle liste (quoiqu’il semblerait qu’il existerait une liste non pas de terroristes mais de « dissidents » en quelque sorte, cela a été dit pat le service de sécurité d’un aéroport à l’auteure militante Naomi Wolf).

    Il est aussi difficile d’en retirer un nom, Nelson Mendela y figurait avant la fin de l’apartheid, il a fallu une loi du sénat pour le retirer. Saddam Hussein y était toujours en 2012

    Depuis 2001, il suffit de dire « terrorisme » sans aucun besoin de donner la plus petite preuve, pour que tous les droits constitutionaux soient des chiffons de papier

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