Inflation et bulles

Il y a un manque de cohérence dans le discours des économistes à propos de l’inflation et des bulles.

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bulle (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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Inflation et bulles

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 juillet 2014
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Par Vladimir Vodarevski

imgscan-contrepoints-2013-2175-bulleContrepoints a publié un article du Minarchiste sur l’inflation, excellent (comme tous les articles de cet auteur), fort bien documenté. L’occasion pour moi de revenir sur le manque de logique du discours des économistes qui dominent la discipline.

L’inflation est un enjeu en matière de théorie monétaire. En effet, selon la théorie quantitative de la monnaie, selon les monétaristes, selon l’école autrichienne d’économie, la création monétaire entraîne de l’inflation. Or, la création monétaire par les banques centrales est devenue la principale politique économique aujourd’hui. Les banques centrales créent de la monnaie pour relancer l’économie. Et c’est ce que demande la plupart des gouvernements.

Ceux qui prônent la création monétaire pour relancer l’économie arguent que la création monétaire n’a pas provoqué d’inflation ces derniers temps, ce qui invaliderait les théories liant inflation et création monétaire. Cependant, le Minarchiste montre deux choses. D’abord, que les statistiques de l’inflation sont un construit, à partir de préjugés. Ainsi, un des graphiques de l’article montre que la méthodologie de la mesure de l’inflation a changé au fil du temps, ce qui a provoqué une diminution de l’inflation mesurée.

Le Minarchiste souligne aussi que l’inflation mesurée est la hausse générale des prix à la consommation. Pourquoi la hausse générale, et pourquoi les prix à la consommation ? Les économistes de l’école autrichienne connaissent l’effet Cantillon, selon lequel l’inflation commence par certains biens, et n’est pas à ses débuts générale. Surtout, comme le souligne le Minarchiste, l’inflation ne concerne pas uniquement les prix à la consommation. Il y a les prix de l’immobilier, les prix des actifs financiers.

Aujourd’hui, les prix à la consommation augmentent faiblement, au contraire de l’immobilier et des actifs financiers. Comme seuls sont considérés les prix à la consommation, on considère qu’il n’y a pas d’inflation.

On notera au passage qu’on ne cherche pas à savoir si les prix n’auraient pas baissé, et donc si le pouvoir d’achat n’aurait pas augmenté, et par conséquent si la consommation n’aurait pas augmenté, sans la création monétaire superflue.

La hausse des prix des actifs financiers et immobiliers est prise en considération. Mais on ne parle pas d’inflation. On parle de bulle. Pourquoi considérer que d’un côté il y a de l’inflation, et de l’autre des bulles ? Pourquoi éviter soigneusement le terme d’inflation en matière financière, immobilière, ou tout ce qui se vend sur des marchés financiers, comme les matières premières, agricoles ?

Il n’y a là aucune logique. Pourquoi la plupart des économistes adoptent-ils ce discours ? À mon avis, la majorité ne se pose pas de questions. Ils prennent les indicateurs tels qu’ils sont définis. Mais pourquoi cette absence de sens critique, de questionnement, de la part d’esprits brillants, très intelligents ?

L’une des explications avancées dans les milieux libéraux est que les économistes sont au service du Prince, et diffusent les théories qui plaisent au Prince. Effectivement, la plupart des économistes dépendent des subsides publics. Il est frappant de constater que le débat est en fait permis grâce au système des think tanks aux États-Unis, qui permettent une certaine pluralité. Ludwig von Mises, dont les théories ne sont pas en faveur du pouvoir des politiciens, vivait notamment grâce aux séminaires qu’il organisait.

Or, le discours des économistes sert totalement les intérêts des politiciens. Ils ont dû intégrer l’idée que la la création monétaire pouvait induire une augmentation des prix à la consommation, car la lutte contre l’inflation a été une réalité dans les années 1970 et 1980. Mais dès qu’il s’agit des prix de l’immobilier, des actifs financiers, des matières premières, il est question non d’inflation, mais de bulle.

Et on remarquera qu’on ne lie jamais ces bulles à la politique monétaire. On accuse les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu’est la finance. En réponse, on réclame plus de réglementation. Plus de pouvoir pour les politiciens. Ce qui provoque de nouvelles bulles.

On remarquera aussi que jamais on ne remet en question les politiques monétaires. Elles sont forcément bonnes, et ce sont forcément les marchés financiers les grands méchants. Si on les remettait en cause, on enlèverait un pouvoir attribué aux politiciens, celui de relancer l’économie, grâce à la magie de la création monétaire.

Le système met-il en avant des économistes favorables aux politiciens ? Est-ce la raison du manque de logique la plupart du temps du discours économique ? Du refus du questionnement, pourtant à la base de toute science ?

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  • La finance est une arme, la politique dit quand appuyer sur la gâchette.

    Les bulles peuvent être considérées comme de l’inflation, effectivement il n’est pas bien de le dire, tout comme le fait que l’ensemble des biens, services et placements, devraient être considérés comme un seul ensemble.
    L’immobilier, entre autre, subit l’inflation mais, il est préférable de dire qu’il s’agit d’une bulle, ce qui permet in fine de désigner des coupables qui n’en sont pas.

    Bel article.

  • « Il n’y a là aucune logique. » Si, un peu, quand même : une logique bancale fondée sur une prémisse fausse, à savoir l’idée farfelue que la consommation serait le moteur de l’économie. Dans le cadre étroit de cette pensée économique atrophiée, il n’est pas surprenant de constater que l’étude des variations des prix est restreinte à celle des prix à la consommation (l’usage immodéré du terme « inflation » est effectivement révélateur de l’erreur commune).

  • Ne dit-on pas « to inflate » en anglais pour dire gonfler 😉 ?

  • Il ne faut pas non plus mettre tous les économistes dans le même panier. Mais il est vrai que ceux qui ont l’oreille du Prince, les Krugman et les Stiglitz sont vénérés comme des dieux par les gauchistes, vu qu’ils disent exactement ce qu’ils ont envue d’entendre. Pourtant, ces incompétents criaient que la crise de 2008 était impossible, mais ca évidemment, ca ne compte pas. Ce sont eux qui sont quand même compétents pour en donner les causes. Et on n’écoute pas les Shiller, les Schiff et les Roubini (et tous les autres), qui ont dit exactement ce qui allait se passer.

  • Pas plus que les autres, les économistes ne sont intelligents! Ils ne se posent pas de question. Pour l’inflation, si elle est limitée au bien de consommation, c’est pour mesurer la température du corps social, brefs, des pauvres! Pas de prix des placements financiers pour eux. Pas d’accès à l’immobilier. Tout ce qui compte, c’est de les maintenir au dessus de l’eau pour éviter la révolte…pendant qu’on leur fait les poches tranquillement.
    Le points obscure de toutes les théories économiques est le même: d’où vient la valeur? Comment créons-nous de la richesse? En cela, la théorie économique n’a pas avancé d’un pouce de puis Marx.

    • « les maintenir au dessus de l’eau pour éviter la révolte » : c’est inexact. Pour pouvoir se révolter, il faut être au-dessus de l’eau. Sous l’eau, plus personne ne se révolte. Les morts ne se révoltent pas. D’ailleurs, les marxistes l’ont bien compris, eux qui ont produit des centaines de millions de morts et des milliards d’esclaves.

      « d’où vient la valeur? » : cette question a été traitée et résolue depuis longtemps par les vrais économistes. En confondant travail et valeur, le marxisme a été un sommet de stupidité pseudo-économique. Exemple : creuser un trou pour le reboucher le lendemain demande beaucoup de travail mais ne crée strictement aucune valeur. Pour espérer comprendre la valeur, oubliez Marx. Préférez Condillac, Say, Bastiat, Jevons, Walras, Menger.

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