Inflation et bulles

bulle (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Il y a un manque de cohérence dans le discours des économistes à propos de l’inflation et des bulles.

Par Vladimir Vodarevski

imgscan-contrepoints-2013-2175-bulleContrepoints a publié un article du Minarchiste sur l’inflation, excellent (comme tous les articles de cet auteur), fort bien documenté. L’occasion pour moi de revenir sur le manque de logique du discours des économistes qui dominent la discipline.

L’inflation est un enjeu en matière de théorie monétaire. En effet, selon la théorie quantitative de la monnaie, selon les monétaristes, selon l’école autrichienne d’économie, la création monétaire entraîne de l’inflation. Or, la création monétaire par les banques centrales est devenue la principale politique économique aujourd’hui. Les banques centrales créent de la monnaie pour relancer l’économie. Et c’est ce que demande la plupart des gouvernements.

Ceux qui prônent la création monétaire pour relancer l’économie arguent que la création monétaire n’a pas provoqué d’inflation ces derniers temps, ce qui invaliderait les théories liant inflation et création monétaire. Cependant, le Minarchiste montre deux choses. D’abord, que les statistiques de l’inflation sont un construit, à partir de préjugés. Ainsi, un des graphiques de l’article montre que la méthodologie de la mesure de l’inflation a changé au fil du temps, ce qui a provoqué une diminution de l’inflation mesurée.

Le Minarchiste souligne aussi que l’inflation mesurée est la hausse générale des prix à la consommation. Pourquoi la hausse générale, et pourquoi les prix à la consommation ? Les économistes de l’école autrichienne connaissent l’effet Cantillon, selon lequel l’inflation commence par certains biens, et n’est pas à ses débuts générale. Surtout, comme le souligne le Minarchiste, l’inflation ne concerne pas uniquement les prix à la consommation. Il y a les prix de l’immobilier, les prix des actifs financiers.

Aujourd’hui, les prix à la consommation augmentent faiblement, au contraire de l’immobilier et des actifs financiers. Comme seuls sont considérés les prix à la consommation, on considère qu’il n’y a pas d’inflation.

On notera au passage qu’on ne cherche pas à savoir si les prix n’auraient pas baissé, et donc si le pouvoir d’achat n’aurait pas augmenté, et par conséquent si la consommation n’aurait pas augmenté, sans la création monétaire superflue.

La hausse des prix des actifs financiers et immobiliers est prise en considération. Mais on ne parle pas d’inflation. On parle de bulle. Pourquoi considérer que d’un côté il y a de l’inflation, et de l’autre des bulles ? Pourquoi éviter soigneusement le terme d’inflation en matière financière, immobilière, ou tout ce qui se vend sur des marchés financiers, comme les matières premières, agricoles ?

Il n’y a là aucune logique. Pourquoi la plupart des économistes adoptent-ils ce discours ? À mon avis, la majorité ne se pose pas de questions. Ils prennent les indicateurs tels qu’ils sont définis. Mais pourquoi cette absence de sens critique, de questionnement, de la part d’esprits brillants, très intelligents ?

L’une des explications avancées dans les milieux libéraux est que les économistes sont au service du Prince, et diffusent les théories qui plaisent au Prince. Effectivement, la plupart des économistes dépendent des subsides publics. Il est frappant de constater que le débat est en fait permis grâce au système des think tanks aux États-Unis, qui permettent une certaine pluralité. Ludwig von Mises, dont les théories ne sont pas en faveur du pouvoir des politiciens, vivait notamment grâce aux séminaires qu’il organisait.

Or, le discours des économistes sert totalement les intérêts des politiciens. Ils ont dû intégrer l’idée que la la création monétaire pouvait induire une augmentation des prix à la consommation, car la lutte contre l’inflation a été une réalité dans les années 1970 et 1980. Mais dès qu’il s’agit des prix de l’immobilier, des actifs financiers, des matières premières, il est question non d’inflation, mais de bulle.

Et on remarquera qu’on ne lie jamais ces bulles à la politique monétaire. On accuse les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu’est la finance. En réponse, on réclame plus de réglementation. Plus de pouvoir pour les politiciens. Ce qui provoque de nouvelles bulles.

On remarquera aussi que jamais on ne remet en question les politiques monétaires. Elles sont forcément bonnes, et ce sont forcément les marchés financiers les grands méchants. Si on les remettait en cause, on enlèverait un pouvoir attribué aux politiciens, celui de relancer l’économie, grâce à la magie de la création monétaire.

Le système met-il en avant des économistes favorables aux politiciens ? Est-ce la raison du manque de logique la plupart du temps du discours économique ? Du refus du questionnement, pourtant à la base de toute science ?