Ni la subir, ni la commettre : empêcher l’injustice

Libéralisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Pour les défenseurs de la liberté, la fin ne justifie pas les moyens, et les bonnes intentions ne justifient pas l’inhumanité par lesquelles on les atteint. L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions ; les expériences communistes l’ont montré à grande échelle.

La fin ne justifie pas les moyens, mais l’histoire est écrite par les vainqueurs. Les libéraux, aujourd’hui, dénoncent sans cesse la mainmise des collectivistes sur la politique et l’économie et ses conséquences sur leur vie. Ayant réussi à faire accepter l’idée que tout est acceptable pourvu qu’assez de votants l’acceptent, les collectivistes peuvent désormais justifier toute spoliation et atteinte aux libertés par la volonté de la majorité et par le prétendu intérêt général1.

Les libéraux se trouvent donc dans la situation des pacifiques Morori, décimés par l’envahisseur Maori : ayant décidé de renoncer à une résolution violente des conflits et à la violence d’une façon générale, les Morori ont opposé une résistance virtuellement nulle à leurs cousins éloignés venus massacrer et piller2 avec la violence systématique que seul un État sait déployer et légitimer (sic). En refusant que la démocratie ait tout pouvoir sur eux, les libéraux s’excluent du jeu démocratique ; leur intégrité devient un handicap quand 57% du PIB est directement constitué de dépense publique.

Si vis pacem, para bellum. (Si tu veux la paix, prépare la guerre)

Si on veut la paix, il faut préparer la guerre ; celui qui initie la violence condamne l’autre à la défaite par forfait ou au recours, à son tour, à la violence pour se défendre. Si tous ne sont pas aussi intègres et prêts à consentir à leur prochain les mêmes droits qu’à eux-mêmes, tous devront défendre leur liberté ou y renoncer. Il ne faut ni subir l’injustice, ni la commettre ; il faut l’empêcher. À son corps défendant si besoin.

C’est pourquoi les libéraux attachent une telle importance à la possibilité de défendre leur liberté et leur souveraineté sur eux-mêmes, et sont aussi manichéens dès lors qu’on invoque la contrainte légitime si elle est exercée par le détenteur du monopole de la violence légitime : aucune violence initiée contre un individu ou sa propriété ne peut être légitime. Renoncer à ce principe, c’est ouvrir la porte à tous les excès, que les libéraux sont si prompts à dénoncer.

Les libéraux aimeraient donc pouvoir défendre ce qui est à eux à armes moins inégales face à des États à l’appétit croissant, qui n’assurent pas la mission qui leur a prétendument été assignée (mais qui n’est qu’un prétexte à leur existence, et qu’ils ne peuvent par essence jamais respecter) de garantir les droits naturels de leurs citoyens. Aucune entité ne pourra jamais garantir les droits naturels des citoyens si ces derniers ne sont pas prêts à les défendre.

Et les libéraux sont d’autant plus virulents qu’ils ont conscience que toute liberté perdue représente plus de pouvoir pour l’État. Les vainqueurs ne se contentent pas d’écrire l’histoire ; ils exigent aussi des vaincus un tribut grâce auquel ils confortent leur emprise.

Aujourd’hui, les dirigeants de l’État, élus ou non, organisent la spoliation des citoyens, au profit non seulement d’eux-mêmes et leurs amis, mais aussi de leurs électeurs et de leurs autres victimes3. L’argent public finit toujours dans des poches privées, l’intérêt général satisfait toujours certains intérêts privés au détriment des autres, et le pouvoir corrompt.

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. – Lord Acton

La liberté ne peut donc être garantie en dernier recours que par les citoyens, à condition qu’on leur en laisse la possibilité. Outre les monopoles et interventions dans les « secteurs stratégiques » de l’économie, les États se sont arrogé partout le monopole de la violence légitime et cherchent quand ce n’est déjà fait à désarmer toujours plus leurs citoyens. Au point que l’ampleur des méfaits de l’État n’est plus révélée (même si des soupçons existent avant, alors considérés comme de la paranoïa) que lorsque des lanceurs d’alerte « trahissent » leur patrie en informant les citoyens des abus dont ils sont victimes.

  1. L’intérêt général n’a en réalité aucune réalité, puisqu’il ne peut être distinct de la somme des intérêts individuels
  2. Voir Jared Diamond, « Guns, Germs ,and Steel ».
  3. privés aussi bien de liberté que de responsabilité, les bénéficiaires de l’État-providence ne trouveront jamais dans une économie mixte ou collectivisée les opportunités qu’ils auraient eu dans une économie libre