Qui cède à la pensée magique ?

La confiance irréaliste des hommes dans le socialisme, l’action de l’État et la démocratie comme solutions miraculeuses à la pauvreté, voilà ce qui est risible. La confiance dans le marché libre, elle, vient de ce qu’il est un lieu où nous échangeons et permettons à des solutions d’émerger.

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Qui cède à la pensée magique ?

Publié le 18 juin 2014
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Par Gabriel Lacoste.

Un billet du Québécois Libre.

Lorsque je défends la liberté économique, je suis régulièrement confronté aux mêmes objections. Il y en a une qui mérite une attention particulière : je serais sujet à la « pensée magique ». Selon les critiques, je crois que les marchés peuvent « fonctionner tout seuls », parfaitement et automatiquement. Dans mon esprit, la liberté économique est une baguette qui fait « pouf » et s’ensuivent de fabuleux événements.

Cette accusation n’est qu’une projection du mode de raisonnement étatiste. Ceux qui la formulent s’attendent à trouver un « abracadabra » suivi d’un « pouf » autour d’eux, puis trouvent la spontanéité des échanges décevante. Leurs opinions politiques viennent alors remplir le vide de fables merveilleuses. Quant à moi, je ne crois ni en la magie, ni à la perfection.

Le pouvoir de la volonté

Un enfant qualifie de gentil celui qui satisfait ses désirs et de méchant celui qui lui dit non. La notion de rareté lui est étrangère. Bien que les adultes soient généralement plus matures, ils en sont souvent restés politiquement à ce stade. La représentation commune, c’est qu’il y a un petit groupe d’égoïstes qui gardent pour eux des ressources devant servir à financer d’ambitieux projets pour tous. Ce sont les méchants. La solution? Briser le cadenas de cette caverne d’Ali Baba, puis distribuer le tout de façon gentille.

Des adultes munis de diplômes emballeront ce cadeau magique de statistiques, d’études et de concepts abstraits pour faire sérieux. Le truc, c’est de considérer « la richesse » comme une entité homogène, puis de montrer que 1% des gens possèdent l’équivalent en ressources d’un continent au complet, voire de deux. Ce qui est fabuleux dans cette histoire, c’est que 99% de la population mondiale n’a pas à travailler plus fort ou différemment pour changer le monde. Il lui suffit de voter du bon bord, de brandir des pancartes, de faire la grève ou d’écrire un livre à succès intitulé Le capital au 21e siècle.

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La magie, c’est de produire un résultat simplement par la volonté. Le génie de la lampe nous demande un souhait, nous le formulons et il se réalise. Le raisonnement moyen d’un intellectuel qui badine sur les forces secrètes du monde qui l’entoure ne dépasse souvent pas ce stade. Selon lui, si un riche veut quelque chose, ça se produit. Bref, il est un sorcier. Il dit « que les prix montent » et ils montent. Il dit « que les salaires baissent » et ils baissent. Terrifiant, non?

Cependant, n’ayez crainte, car le Ying a son Yang : la démocratie. Le peuple frotte son talisman électoral, puis répond « que les salaires montent » et ils montent ! Puis, il ajoute « que les prix baissent » et ils baissent ! Nous voilà donc en plein coeur d’une bataille épique de la volonté.

Les nuages

Une autre forme de pensée magique consiste à pelleter le problème dans les nuages en se disant que les lois d’ici-bas ne s’y appliquent plus.

Un vendeur peut nous refiler un produit dangereux. Des industriels peuvent se concerter pour hausser les prix. L’employeur peut exploiter notre vulnérabilité pour obtenir des avantages éhontés de notre situation. Des gens peuvent polluer l’environnement. Nous pouvons laisser des démunis dans le besoin sans assistance. Ceux qui formulent ces critiques supposent qu’en franchissant la stratosphère de la « démocratie » et des « services publics » ces choses peuvent se régler plus facilement.

Pourtant, cette logique est tordue. Les mêmes individus dangereux sur les marchés continuent d’agir dans l’appareil d’État, mais avec un pouvoir de nuisance multiplié. Le vendeur peut convaincre un fonctionnaire d’imposer son produit à tout le monde. L’employeur peut convaincre des électeurs naïfs de lui verser des taxes pour sauver une industrie cruciale. Le ministre de l’Environnement peut favoriser la coupe massive des arbres de manière à sauver des emplois syndiqués dans l’industrie forestière. Une éducatrice de centre jeunesse peut envoyer en salle d’isolement un enfant battu pour se simplifier la tâche. Les enseignants peuvent détourner les jeunes d’apprentissages prioritaires, trop impressionnés par leur propre savoir, transformant ainsi une génération complète en ignorants. La Régie de la santé peut interdire des médicaments qui sauveraient des vies. Etc.

Un des pièges dans lequel nous tombons facilement, c’est de voir dans les failles d’un marché une fatalité et dans les failles des institutions démocratiques une raison d’intervenir davantage. Nous gardons espoir avec l’État, mais n’en avons aucun envers les hommes d’affaires. Pourtant, les nouvelles solutions qui nous sont offertes librement en situation d’échange apparaissent sans cesse au fil du temps, alors que celles de l’État restent aussi immuables que la pluie et le beau temps.

L’aveuglement face aux coûts

Le plus merveilleux en démocratie, c’est que les choses ne coûtent apparemment rien. Il faut décider comme si le génie de la lampe venait de sortir pour nous demander un voeu. L’égalité pour tous ? Bien sûr. Une grande aventure d’affirmation nationale ? Absolument. Limiter l’immigration ? Oui. Des cours d’histoire au cégep ? À cent mille à l’heure. C’est tellement important de connaître son passé. Puis la question qui tue : ça va coûter combien ? Les réponses classiques : « Je ne sais pas ! », « Il doit bien y avoir des plus riches que moi qui peuvent le payer ! » ou « On ne devrait pas tout réduire à l’argent ».

Savoir que x% de la population demanderait au génie de la lampe plus de ceci ou de cela est une donnée non pertinente. Le consentement obtenu de cette manière n’a aucune valeur. C’est précisément parce que les acteurs de la démocratie s’évertuent à demeurer évasifs, nonchalants ou rêveurs quant aux coûts de leurs décisions qu’ils ont réussi à devenir aussi populaires. Si les individus avaient un moyen de savoir réellement ce qui leur en coûte d’appuyer ces mesures, il est fort probable que toute la structure de l’État-providence s’effondrerait comme un château de cartes.

L’enchantement de l’ordre établi

Les sociaux-démocrates aiment bien se percevoir comme les membres d’un ordre contestataire et présenter tous les défenseurs de la liberté économique comme des partisans de l’ordre établi. Pourtant, ils camouflent le fait qu’ils ont des positions confortables dans des universités, des centrales syndicales, des secteurs protégés de l’économie, des bureaux gouvernementaux ou qu’ils attendent de ce système des subventions et que leurs opinions consistent à justifier leur place et leurs privilèges dans le monde. Ils avilissent la sphère marchande, car ils veulent vivre davantage des revenus que celle-ci génère. Lorsque ces gens-là se regardent dans le miroir, ce n’est pas l’image qu’ils voient. Ils se racontent l’histoire d’une fable dont ils sont les héros.

Ce ne sont pas les « riches » qui dominent le monde. C’est cette classe de parasites éduqués qui emploient la force et la rhétorique pour capter les ressources avant que les riches aillent les offrir à plus pauvres qu’eux. La social-démocratie n’est rien de plus que l’écran de fumée qu’ils dressent entre des riches et des pauvres, qui, en réalité, gagnent tous les deux à s’échanger librement. De ce point de vue, ce sont les sociaux-démocrates qui sont partisans d’un ordre établi idéalisé, et moi le contestataire.

Et les marchés, eux ?

À cela, on peut me répondre que les marchés partagent la faute. Justement, non. Les marchés ne sont pas des entités qui nous transcendent miraculeusement. Ce sont simplement des lieux où nous sommes en situation d’échange. S’ils permettent de trouver des solutions, c’est parce qu’il y en a parmi nous qui ont la capacité d’en proposer et que d’autres sont prêts à les payer pour cela. S’il y a un problème de sécurité, de savoir, de coordination, d’accessibilité, de générosité ou de quoi que ce soit, quiconque pense avoir la solution peut faire une offre. Tant que tous sont libres d’accepter, de refuser ou de le relancer, nous finirons bien par trouver la solution un jour.

La différence majeure entre ce mode d’exploration et les assemblées politiques, c’est que les individus assument les coûts de leurs décisions et ne les transfèrent pas aux autres. Ce petit détail tend à rendre les gens plus efficaces et plus responsables tout en les empêchant de tourner en rond.

Cette réponse est insatisfaisante, j’en conviens. Elle ne propose pas de solutions toutes faites. Elle est seulement une explication sur la manière de trouver de meilleures réponses à nos problèmes. Mais ne pas sombrer dans la pensée magique consiste justement à reconnaître les limites de notre entendement.

Sur le web.

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  • Implacable dans ses rappels de vérités évidentes mais tournées à la perfection.

    A afficher sur la voie publique!

  • J’aime beaucoup votre texte car il n’est absolument pas constructiviste et les images employées sont très parlantes. thanks.

  • J’aimerais savoir d’où vient la haine que semble vouer cet auteur à la démocratie.

    Est-ce que ça ne serait pas, par hasard, que parfois elle donne le pouvoir à des gens pas d’accord avec lui ?

  • Juste une remarque sur la fin de votre article : « S’il y a un problème de sécurité, de savoir, de coordination, d’accessibilité, de générosité ou de quoi que ce soit, quiconque pense avoir la solution peut faire une offre. Tant que tous sont libres d’accepter, de refuser ou de le relancer, nous finirons bien par trouver la solution un jour. » C’est exactement le principe de la démocratie politique !

    « Ils assument le coût de leur décision » ? Vous êtes sûr ? Vous oubliez toutes les externalités négatives qui peuvent en découler à partir du moment ou le vendeur et l’acheteur n’en tiennent pas compte (pollution par exemple). Je sais vous allez me dire : « je ne cherche pas la perfection ». Heureusement car vous en êtes loin, mais il ne s’agit pas de perfection il s’agit de vos propres propos.

    • Je n’ignore pas les externalités, mais j’espère que vous ne souhaitez pas pelleter le probleme dans les nuages de la politique, car elles ont des externalites elles aussi. Disons que si les « externalités » ne font rien pour défendre leurs droits relativement aux echanges qui les affectent, ce sont eux qui en paieront le prix et qu’ils auront donc un incitatif à le faire.

      • Mais c’est justement par la loi et la contrainte (interdiction par exemple) que ceux qui subissent les externalités négatives (pollution par exemple) peuvent agir, donc via la politique quasiment dans son acception étymologique.

    • « Tant que tous sont libres d’accepter, de refuser ou de le relancer, nous finirons bien par trouver la solution un jour. » C’est exactement le principe de la démocratie politique !  »
      heu … au cas où tu n’aurais pas remarqué, dans les machins qu’on nomme habituellement « démocraties », tu n’est justement PAS libre d’accepter ou de refuser. Tu dois te plier aux choix majoritaires. Et le principe « un homme une voix » n’est pas appliqué : en pratique, la voix des perdants compte pour strictement zéro, seule compte la voix des gagnants .
      Ce qui te laisse deux possibilités : soit utiliser le vocabulaire actuel, et reconnaitre que tu as écrit une bêtise. Soit changer le vocabulaire usuel, et nous dire alors à quoi peut bien ressembler, en pratique et concrètement, une démocratie véritable, selon ta définition.

      • C’est une réponse typique des sociaux-démocrates. Je suis médusé de constater la facilité avec laquelle ils idéalisent le pouvoir politique, alors que les observations les plus bêtes et terre-à-terre les contredisent. Qu’est-ce qui l’explique ? D’après-moi, c’est parce qu’ils projettent leurs rêves dans la politique et finissent donc par voir un oasis de liberté en plein désert. Après une telle illumination, les marchés leurs apparaissent bien évidemment d’une telle imperfection !

      • Une société idéale selon Milton Friedman :

        « Une société dans laquelle les individus ont la liberté maximale pour poursuivre leurs objectifs personnels dans n’importe quelle direction qu’ils souhaitent, tant qu’ils n’interfèrent pas avec le droit des autres de faire la même chose. »

        • C’est une réécriture du fameux « ma liberté s’arrête là ou la tienne commence ».

          Ce à quoi, en général, le puissant ajoute : « manque de pot, la tienne est toute petite, et la mienne est très grande ».

      • En démocratie, vous êtes libres d’offrir des propositions, d’accepter certaines propositions faites par d’autres, c’est le principe du débat et du système de vote. Ensuite, vient le temps du respect des règles établies dans ce cadre. Exactement comme dans un échange marchand où chacune des deux parties doit respecter des règles établies avant l’échange : l’offreur doit livrer sa marchandise, le demandeur doit payer l’offreur. D’autre part j’ajoute que même sur un marché, vous êtes soumis aux choix des autres : si vous voulez un produit fortement demandé, le prix risque d’augmenter (si je me place dans le cadre néoclassique) et si vous ne disposez pas des moyens suffisants vous ne pourrez en disposer. La différence c’est que dans le cadre démocratique, comme vous le dites vous êtes soumis à un choix majoritaire tandis que dans un cadre marchand ce n’est pas nécessairement le choix majoritaire qui s’impose (cela peut arriver), mais cela peut être également le choix de celui qui dispose du plus de ressources.

  • Les commentaires sont fermés.

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