Bourse : sommes-nous en route vers Bubble Land ?

Quelles conséquences pour vos placements d’une politique monétaire extrêmement accommodante ?

Par Régis Yancovici(*).

Bourse de Tokyo Nikkei (Crédits Stéfan, licence Creative Commons)
Bourse de Tokyo Nikkei (Crédits Stéfan, licence Creative Commons)

 

Le contexte est très propice à la formation de bulles. Plus que la liquidité actuelle des banques centrales, c’est l’anticipation de leur action qui peut accélérer la tendance (ou la retourner). Pour notre part, nous estimons que les politiques des banques centrales pourraient rester très accommodantes plus longtemps que prévu.

Jusqu’à présent, les cycles économiques que nous avons connus se déroulaient ainsi : chaque récession était suivie d’une reprise, grâce à l’action des banques centrales qui abaissaient leurs taux directeurs, incitant les agents économiques à s’endetter et/ou à renégocier leurs crédits.

Progressivement, la croissance s’accélérait jusqu’à provoquer un risque de surchauffe contraignant les banques centrales à intervenir à nouveau. Lorsque les taux à court terme atteignaient un niveau restrictif, en général autour du niveau des taux longs (inversion de la courbe des taux), l’économie ralentissait et une nouvelle récession apparaissait.

Cette fois risque d’être différente : pas d’accélération de la croissance, un cycle économique plus long et des politiques monétaires accommodantes plus longtemps que par le passé. Pourquoi ?

Les phases de boom économique ont été pour la plupart provoquées par l’endettement des agents économiques. Aux États-Unis, cette fois, les entreprises ont profité des taux bas plus pour racheter leurs titres que pour investir, malgré un contexte favorable (reprise cyclique, profits élevés, bilans solides).

Du côté du consommateur, ses dépenses sont sous contrainte. Pour le moment, elles bénéficient de l’amélioration du marché de l’emploi. Mais avec un taux de chômage qui approche les 6 % (pour mémoire, il était à 10 % il y a 4 ans), cet effet va aller en s’estompant. Les salaires restent encore sous pression.

« L’effet richesse » va probablement se réduire après la forte reprise des actions et de l’immobilier au cours des années passées. Enfin, avec un taux d’épargne de 4,1 %, dans le bas de fourchette des années post-subprime, les ménages ont déjà puisé dans leur bas de laine. Rien ne permet de croire à une nouvelle phase de consommation à crédit.

Au contraire, les ménages poursuivent leur désendettement. Le niveau de leur dette par rapport à leurs revenus baisse encore malgré l’amélioration de la confiance. C’est un cercle vicieux, si les consommateurs ne dépensent pas, pourquoi les entreprises investiraient-elles ?

En Europe et en Chine, pour des raisons différentes, le résultat est le même : il y a peu de chance de voir une reprise de l’endettement privé. Enfin, après avoir pris le rôle « d’investisseur en dernier ressort », les États sont en phase de désendettement.

Ce n’est pas un tableau si sombre pour les marchés d’actions. D’un point de vue négatif, dans un monde à faible croissance, les entreprises auront des difficultés à délivrer des résultats en hausse soutenue. En revanche, une moindre cyclicité économique permettra une meilleure visibilité tant sur les bénéfices que sur la politique monétaire. Cette situation devrait mériter une valorisation plus élevée des actifs risqués. Ce phénomène est déjà à l’œuvre et va se poursuivre jusqu’à créer une bulle.

Quels sont les thèmes qui pourraient le plus en profiter ? Deux idées viennent à l’esprit :

  • Tous les actifs proposant un rendement fixe plus élevé que le taux « sans risque » : emprunts d’entreprises, high yield, actions à dividendes élevés. Cette thématique a déjà été largement déployée, mais des opportunités demeurent. Si le niveau des taux des pays périphériques ou des spread high yield sont proches d’un plancher, le rendement des actions demeure attractif.
  • Les thématiques ayant un potentiel de croissance intrinsèque élevé pourraient mériter une valorisation plus riche. Par exemple, le développement des médias sociaux demeure très prometteur dans les pays développés comme dans les pays émergents. Le repli récent ne pourrait être que temporaire.


(*) Régis Yancovici est le fondateur du cabinet ET Finances. Son site Internet : etfinances.fr