Suisse : « Sauver Lavaux III » manque sa cible

L’initiative « Sauver Lavaux III » souhaite protéger le paysage de la région de Lavaux, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Suisse : « Sauver Lavaux III » manque sa cible

Publié le 9 mai 2014
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Par Jérémy Berthet, depuis la Suisse.

Terrasses de Lavaux

L’initiative « Sauver Lavaux III » souhaite protéger le paysage de la région de Lavaux, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les initiants estiment que la pression immobilière sur la région est trop importante et craignent un bétonnage massif des territoires viticoles, agricoles et ruraux ainsi que des atteintes aux terrains bordant ces zones. Finalement, l’initiative souhaite maintenir et soutenir l’activité viticole traditionnelle de la région.

La solution proposée se résume simplement : interdire toutes nouvelles constructions, sauf souterraines, dans les villages et limiter fortement les transformations de l’existant ; limiter très fortement les constructions dans les zones bordant les localités plus importantes (zone d’agglomérations I et II) et créer une nouvelle zone dite « de voisinage » soumise à des limitations supplémentaires. La mise en œuvre de cette dernière serait exclusivement dans les mains du canton, en particulier dans celles du SDT (Service du développement territorial) réputé pour sa souplesse légendaire et son jugement généralement pertinent.

Les communes de Lavaux seront totalement exclues du processus de mise en œuvre, tout au plus les municipalités seront réduites au rôle de lobbyiste auprès du Grand Conseil durant les 5 ans mis à disposition pour redessiner la carte des zones de Lavaux. À noter que durant ces années de dessin, toute nouvelle construction est exclue sauf cas exceptionnel et de petite importance décidé par le SDT. Sans l’expliciter, l’initiative impose un moratoire d’une durée maximum de 5 ans.

Ce simple résumé met de côté les quelques détails sur lesquels juristes, initiants, opposants et politiques ne se sont toujours pas mis d’accord, mais la substance est là. Elle permet d’approfondir la réflexion pour déterminer si les propositions de l’initiative sont vraiment adaptées aux problèmes qu’elle souhaite résoudre sans en induire des nouveaux.

Il est clair que la pression immobilière pour de nouveaux bâtiments d’habitation sera réduite une fois que tout ce qui serait encore constructible sera définitivement construit. En termes de spéculation, l’on peut tout de même s’attendre à ce qu’elle soit particulièrement active le temps que le canton finisse de redessiner la carte.

Cependant, Lavaux est aussi une région vivant d’une économie principalement viticole, mais aussi touristique et artisanale. En particulier viticulture et tourisme font bon ménage, et le feront encore plus à l’avenir dans le cadre du projet « Oenotourisme Vaud » lancé récemment. Le développement de ces activités impliquera nécessairement de nouvelles constructions dont rien ne dit qu’elles auraient forcément un impact négatif sur le paysage. L’initiative les forces à être enterrées ou alors les renvoie à des zones qui ne sont pas forcément les plus adaptées.

En matière d’analyse économique, l’initiative augmente donc le coût d’opportunité de tout développement des activités commerciales de la région. Devant cette augmentation, les agents économiques pourraient faire des choix nuisibles à la région, comme simplement vendre leur patrimoine à forte valeur ajoutée et prendre une retraite bien méritée dans d’autres régions plus abordables.

Effectivement, c’est le deuxième effet « kisskool » de la fin de la pression immobilière voulue par l’initiative. Une fois celle-ci éteinte sur les terrains constructibles, elle ne peut que s’étendre sur les bâtiments existants. Il s’agit là d’une simple mise en application de la loi de l’offre et de la demande. La valeur des bâtiments construits prendra l’ascenseur. Lorsqu’elle dépassera amplement le potentiel de retour sur investissement d’une activité commerciale classique, les petits entrepreneurs, dont les vignerons font partie, n’auront plus qu’à devenir eux-mêmes agents immobiliers. Ou alors ils revendront comme évoqué plus haut.

Des maisons vigneronnes dans les mains de riches propriétaires à louer à des loyers prohibitifs, des vignes exploitées directement par les grosses entreprises vinicoles, voilà le résultat auquel on peut s’attendre à moyen terme. Adieu la diversité des productions locales ! Adieu l’accueil des visiteurs étrangers ou même Suisse dans les locaux des vignerons ! Comme soutien aux vignerons, on peut faire mieux…

Finalement, concernant la protection du paysage. Souvent, ce n’est pas le fait de construire qui pose problème, mais les qualités architecturales de la construction et son intégration dans l’environnement. À ce titre, les villages et hameaux de Lavaux sont déjà largement protégés par la loi contre des constructions iconoclastes (LLavaux, art. 18) et l’initiative maintient ce texte pratiquement tel quel. Concernant les zones d’agglomérations où l’on retrouve l’essentiel des villas et constructions portant déjà aujourd’hui atteinte au paysage, l’initiative ne modifie aucunement la loi en vigueur de manière à les empêcher.

Cependant, le Grand Conseil, lors d’une précédente révision de la loi, a instauré une commission consultative de Lavaux, composée d’acteurs régionaux, de spécialistes en urbanisme et en protection du paysage ainsi que d’un représentant du canton (LLavaux, art. 5a). Cette commission est consultée par le SDT lors des mises à l’enquête pour valider l’intégration de la construction dans le site, ce qui permettra d’éviter de nouvelles aberrations architecturales. Relevons que lors de son entrée en vigueur, l’initiative aura pour effet de supprimer cette commission puisqu’elle ne la prévoit pas.

Non seulement l’initiative « Sauver Lavaux III » n’apporte rien en matière de protection du paysage, mais en plus elle supprime certaines mesures existantes. En ajoutant les risques qu’elle fait peser sur le tissu économique de Lavaux, il est recommandé de la refuser dans les urnes le 18 mai prochain.

Voir les commentaires (6)

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  • Merci de ce résumé concis, clair, pertinent et parfaitement convaincant !
    On aimerait pouvoir lire plus souvent des analyses aussi lucides et pertinentes…
    Continuez ainsi…

  • on ne sauve plus les bébés phoques , on sauve les paysages pourtant quoi de plus beau que la domestication de la nature pas l’homme . cote d’azur ou atlantique sauvage , je choisi le béton et les paillotes de plage comme 90% des vacanciers , je choisi la ville à la campagne et je laisse les paysages aux cartes postales et peintres du dimanche

    • Reactitude, « comme 90% des vacanciers » La France est la première destination touristique et a été en pointe pour la protection de son patrimoine et de ses paysages, il y a certainement une relation de cause à effet !

      • la france est la première destination touristique parce que les hollandais, les allemands et les belges ( une foi ) y passe en été pour se rendre en espagne et en italie…

    • Chez nous, les côtes bétonnées, on laisse ça aux touristes et aux retraités qui viennent s’installer « au bord de la mer » :p C’est beaucoup trop moche.

  • Les commentaires sont fermés.

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