Mohamed Jamous : quand on est un réfugié du rap

Mohamed Jamous (Photo Alexis Pazoumian 2014)

À l’occasion d’un concert du groupe « Refugees of rap », un duo de deux frères syro-palestinien à l’ENS à Paris, portrait de Mohamed Jamous : son discours, ses choix, son cri.

Par Camille Jeanjean.

Photo Alexis Pazoumian 2014Il ne fait pas bon vivre quand on est  rappeur et qu’on habite à 8 km du sud de Damas, à Yarmouk, dans un camp de réfugiés palestiniens « non officiels » assiégés par les forces du régime syrien. 18 000 personnes y survivent chaque jour depuis les bombardements.

« Refugees of Rap » ça vient de là et ça prend tout son sens.

« Dans le groupe, personne n’est syrien, moi et mon frère on est palestiniens, il y a un algérien et un italien. Les deux autres ne nous ont pas suivis en France ». Un jour, ils ont donné un concert en Syrie et le rap était encore tellement mal perçu qu’on leur a envoyé des canettes.

« Le rap, il y a encore cinq ans, n’était pas considéré comme de la musique. Dans la société arabe, la tradition musicale veut que ce soit la musicalité qui prédomine sur la voix ; or, les rappeurs chantent les mots ».

Mohamed, déstabilisé par la qualité du son de cette scène improvisée dans la cour de l’Ecole Normale Supérieure incite les jeunes devant lui à répéter après lui « Free Syria, Bachar assassin ! ». Il ajoute  « Ce n’est pas la guerre civile mais bien une révolution ». La foule acclame…le public est réceptif.

Quand on rencontre Bond, son nom de scène, on est loin d’imaginer son parcours. Partis de Yarmouk en vitesse, sauvé de la prison et de la torture (sa musique n’était pas du goût du régime), laissant sa famille dans un chaos pas possible, les bombes, la destruction, la faim, il arrive en France avec l’envie de sortir un album viscéral et presque cathartique : « Age of silence ». « Cet album, c’est un peu la libération de ce qu’il y avait en nous, c’est 40 ans de silence… » Rien que ça ! Ils détournent pour mieux dénoncer le régime du dictateur. Sur scène, la violence est gérée par les mots et les gestes, l’émotion par les yeux. Dans une main le drapeau syrien puis pas loin le foulard palestinien. Quelques jeunes syriennes chantonnent avec eux leur nouvel air. Improbable !

Free Syria, Bachar assassin ! Ce n’est pas la guerre civile mais bien une révolution, ne vous y trompez pas !

On se dit que ces deux jeunes rappeurs s’agitant devant une horde d’étudiants à demi-politisés ont bien fait de venir brandir leurs idéaux. Dans le cadre de cette semaine arabe, on sent que les générations du Printemps arabe sont hissées au premier rang. Des héros des temps modernes.. Oui peut-être ! Aujourd’hui, sa famille est en Suisse, tous les deux vivent en France. Ils sont en concerts quand ils ne sont pas en interviews. Ils sortent leur premier album « Age of Silence » : un bruit sourd et claquant qui nous vient tout droit de là où ça fait mal. 

Album The Refugee of rap – The Age of silence (Deezer, Itunes, Spotify), Disponible le 05/05/2014

Crédits photo : Alexis Pazoumian 2014

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