Chère voiture électrique

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Comment adhérer à cet écologisme qui consiste à assommer de taxes ceux qui n’ont d’autre choix que de rouler en essence pour privilégier ceux qui ont le luxe de se payer une voiture électrique ?

Par Xavier Chambolle, depuis le Québec.

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Ah ! La voiture électrique. Passons sur le coût écologique de la production des batteries, passons sur la manière de produire l’électricité (zéro émission = grosse blague pas drôle)… La voiture électrique, c’est l’avenir (ce n’est pas ironique).

Certains se demandent pourquoi les libéraux ont du mal avec l’écologisme. Non, nous ne souhaitons pas particulièrement vivre dans un monde pollué. Oui, la préservation d’un cadre naturel sain nous interpelle nous aussi.

Cependant, lorsque je vais sur le site de la Nissan Leaf (cela pourrait être un autre modèle d’une autre marque), je suis pris d’un gros malaise. Le modèle de base coûte 31.698$ (ajoutez taxes, plaque, etc.) et les réductions peuvent atteindre 8.500$ selon la Province. 8.500$, financés par le contribuable. Huit mille cinq cents dollars. 8.500$ ! C’est le prix d’une voiture d’occasion correcte qui peut encore faire un très bon kilométrage (au hasard : une Toyota Corolla 2010 avec un kilométrage de 81.200 km, avec pneus d’hiver et d’été).

Je suis pris d’un certain dégoût quand je vois ce genre de cadeaux du gouvernement financé avec l’argent du contribuable. Comment ne pas penser aux tarifs d’électricité qui augmentent actuellement ? Comment ne pas penser à celles et ceux qui ne sont tout simplement pas en mesure de se payer une voiture à 23.198$ (31.698 – 8.500) pour bénéficier de cette réduction ?

Le gouvernement ne serait-il pas plus inspiré d’offrir une voiture d’occasion aux personnes isolées et démunies ? Quitte à faire des cadeaux, il me semble que ce serait bien plus utile, non ? Parce que les gens qui peuvent se payer une voiture de 20 à 30.000 pièces, il me semble qu’ils peuvent assumer leurs lubies, non ? Surtout que si c’est si intéressant que ça, puisqu’on évite les coûts liés à l’essence, c’est même un investissement, non ?

Déjà que nous autres, conducteurs-essence, honteux, nous payons environ 30% de taxes par litre. Et ce n’est pas suffisant pour privilégier l’auto électrique ? Imaginez donc l’essence à 1,10$ plutôt que 1,40… ah… Il faudrait bien une ristourne de 10.000$ pour les vendre ces voitures électriques !

Est-elle si mauvaise, si peu performante, si peu attrayante, cette voiture électrique, qu’il faille offrir 8.500$ à chaque acquéreur ? Le mois prochain, si tous les Québécois achètent une Nissan Leaf et qu’ils obtiennent leur belle réduction, pensez-vous qu’ils s’y retrouveront l’année suivante avec leur rapport d’impôt ?

Comment adhérer à cet écologisme de pacotille qui consiste à assommer de taxes ceux qui n’ont d’autre choix que de rouler en essence pour privilégier ceux qui ont le luxe de se payer une voiture électrique qui n’est même pas la panacée en matière de respect de l’environnement ? Et certains nous vendent ça comme un projet de société… comme si ce n’était pas suffisant de nous vider les poches.

Ajoutez à cela le fait que ces voitures séduisent surtout les citadins péri-urbains… qui ont pourtant à leur disposition de bons réseaux de transport en commun. Parce que c’est sûr qu’avec une autonomie de 145km, si tu habites dans la campagne québécoise, dans le fin fond de la forêt, ce n’est pas la voiture de prédilection, surtout en hiver.

Anguille électrique sous roche

Cependant, la voiture électrique, ça m’aurait bien tenté. Je vous assure, je n’ai strictement rien contre cette technologie, contre ce produit, contre cette volonté de moins polluer lors de nos déplacements. L’expérience de conduite doit changer, ça peut être intéressant. Le silence aussi est un excellent point. Et puis le coût énergétique : l’électricité reste moins chère que l’essence. Eh oui ce petit cadeau à l’achat, je ne dirai pas non. Mais il y a anguille sous roche. La voiture électrique, ça doit être drôlement peu fiable et peu pratique pour qu’on brade ce produit de 8.500$ !

Il y a un siècle, c’était le cheval, et non l’automobile, qui générait tout un tas de nuisances (les « vidanges » liquides et solides, le foin, l’odeur…). L’automobile s’est imposée naturellement parce qu’elle était supérieure à la calèche. Alors laissons donc la voiture électrique atteindre ce même degré de supériorité face à la voiture essence sans faire usage du porte-feuille du contribuable.

Le jour où il y aura une voiture électrique qui se vendra bien sans subvention, alors là j’envisagerai très sérieusement cette option, parce que cela voudra dire qu’à prix égal, elle sera plus intéressante qu’une voiture essence pour de vrai.

Est-ce vraiment un cadeau ?

Mais cette subvention est-elle vraiment un cadeau pour l’avenir de la voiture électrique et ses actuels acheteurs ? Quand on regarde l’évolution du marché éolien, celui du solaire ou encore du bioéthanol… la réponse n’est peut-être pas si évidente que cela. Un secteur subventionné n’est pas systématiquement viable ni sain.

Je rigole d’avance à l’idée que, dans 5 ans, les voitures électriques seront autrement plus performantes que ces « modèles-ß »… et que les actuels conducteurs de Nissan Leaf voudront vendre leur voiture sur le marché non-subventionné de l’occasion ! Combien cela vaudra-t-il, une voiture avec une batterie usée qui tiendra… allez… 100km ?

Quoiqu’il en soit, cela me hérisse le poil de savoir qu’à chaque plein je donne littéralement de l’argent à un conducteur d’une Nissan Leaf contre mon gré. Suis-je en droit, après 100.000 km de m’approprier la roue avant gauche de la première Nissan Leaf que je croise ? Ce serait pourtant légitime.


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