La smicardisation du salariat français, conséquence des annonces de Manuel Valls

Au lieu de proposer la smicardisation du salariat français, le Premier ministre ferait mieux de s’inspirer de l’expérience coréenne.

Une tribune politique de Matthieu Labbé.

 

Rituel immuable des institutions de la Vème République, le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, a prononcé dans l’hémicycle son discours de politique générale. Il s’agit d’un exercice risqué et conventionnel qui était attendu par toute la classe politique française.

La défiance supposée, dans son propre camp, des écologistes et d’une partie de l’aile gauche du PS pouvait donner des sueurs froides à l’exécutif.

Anxieux de promouvoir une unité parlementaire de façade, Manuel Valls décida d’orienter une partie de son allocution sur la défense des classes moyennes. Après avoir pendant plus de vingt minutes pulvérisé le bilan de son prédécesseur et pointé du doigt les défaillances et les incohérences  de l’action présidentielle depuis deux ans, le nouveau Premier ministre annonça une éradication des cotisations patronales pour les salariés au SMIC. Cette promesse de « zéro charge » bénéficierait en premier lieu aux entreprises, les salariés quant à eux en profiteraient dans le cadre du « pacte de responsabilité ».

À très court terme pour les entreprises, il s’agirait, en cette période de crise latente, d’une véritable bouffée d’oxygène. Les marges n’ont jamais été aussi faibles, notre économie est exsangue de cette imposition confiscatoire. Les chiffres sont significatifs, c’est près de 188€ par mois qui pourront être ainsi économisés.

Toutefois, il faut rester prudent sur les fausses-bonnes idées qui pullulent en ces temps d’incertitude. Le problème réside dans le franchissement des seuils. Si ces dispositions sont réellement mises en place, la crainte de voir les entreprises restreindre l’évolution de carrière des salariés est concrète. Cela aura pour effet d’amplifier la smicardisation du salariat français.

img contrepoints247 smicÀ l’heure actuelle, les allègements dits « Fillon » engendrent déjà cette difficulté (valables jusqu’à 1,6 fois le SMIC). Les entreprises hésitent à augmenter les rémunérations et franchir les seuils. Le palier financier est trop important.

Le but évident de cette mesure est de favoriser rapidement l’employabilité des salariés les moins diplômés. L’exécutif tient coûte que coûte à tenir son engagement d’inverser la courbe du chômage. François Hollande est obnubilé par cette promesse, sa légitimité auprès de l’opinion publique, déjà largement entamée, en dépend. Cette obsession aura pour résultat d’affaiblir durablement notre économie. En effet, il s’agit d’une erreur majeure qui marque le peu de vision du gouvernement socialiste.

L’emploi français de demain sera un emploi à forte valeur ajoutée. Le savoir-faire a un coût dont les rémunérations dépassent largement le SMIC.

Dans un contexte mondial de concurrence acharnée, cette course effrénée à la compétitivité, la France devrait s’inspirer du modèle coréen plutôt que des dispositions allemandes.

Les dirigeants coréens à la fin des années 1980, comprenant que la faible population de leur pays comparée à celle de leurs immenses voisins ne permettrait pas d’être compétitif dans la production de matériel technologique à bas coût, décidèrent de se concentrer sur l’innovation en proposant l’exact inverse de nos politiques, c’est-à-dire l’allègement de charges sur les salaires élevés. Ces décisions mixées à une éducation de premier ordre ont eu pour effet de dynamiser l’apparition d’une classe moyenne aisée. Pour rappel, dans les années 1960 à la sortie de la guerre civile, le PIB par habitant de la Corée du Sud était comparable à celui des pays les plus pauvres d’Afrique. Aujourd’hui, l’émergence de grands groupes tels que Samsung, Hyundai ou LG sont les portes-drapeaux d’une économie florissante avec un taux de chômage avoisinant 3%.

Choisir ce modèle nécessite du courage et une intuition sur le long terme. Manuel Valls devrait s’inspirer de Jean Jaurès qui disait : « Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ».