Pendant ce temps, la Chine se dégonfle

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Pendant ce temps, la Chine se dégonfle

Publié le 21 avril 2014
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Et pendant que la France se lance courageusement sur le chemin des mesurettes et du bricolage budgétaire millimétré pour donner le change aux marchés, à l’Union Européenne et au peuple à l’affût du moindre changement, la Chine découvre le sentier rocailleux et fort pentu du dégonflement économique rapide.

Clairement, la situation chinoise n’est pas au beau fixe, et laisse même perplexe par certains paradoxes.

D’un côté, comme je l’avais noté dans un précédent billet, la Chine monte clairement en puissance en tant qu’acteur économique majeur ; ceci va d’ailleurs bien au-delà des simples indicateurs économiques comme son PIB, sa croissance ou la taille de son marché ou de sa population et s’étend aussi sur sa capacité, dans un futur plus ou moins proche, à assurer à sa monnaie une stabilité de monnaie de réserve. Que le Yuan remplace un jour le dollar n’a, sur le papier, rien de farfelu. S’il est pour le moment évident que les États-Unis tiennent la dragée haute, force est de constater que de plus en plus de banques centrales tendent à considérer favorablement la monnaie chinoise. Comme le notait un récent article de ZeroHedge, une quarantaine d’entre elles ajoutent actuellement le Yuan dans leur portefeuille.

De l’autre, on ne compte plus les articles qui, recensant les récents soucis rencontrés par les marchés intérieurs et financiers chinois, en concluent que l’économie de l’Empire du Milieu est actuellement dans une fort mauvaise passe, et accumule des signaux spécifiques démontrant une mauvaise allocation massive de capitaux.

En effet, si tout semble s’accélérer actuellement dans l’Empire du Milieu, la situation a commencé nettement à déraper il y a quelques mois ; on se souvient en effet qu’en janvier dernier, un fonds n’avait pas été capable de rembourser ses investisseurs d’un montant de 3 milliards de Yuans, fonds utilisé dans le cadre d’un prêt à une compagnie de charbonnage (Shanxi Zhenfu Energy Group), qui a depuis fait faillite.

this is china !Cette petite gamelle dans le Shadow Banking, bien que passée à peu près inaperçue en Europe et notamment en France où les informations économiques, sorti du Vieux Continent, semblent n’intéresser personne, donnait pourtant le signal clair que la situation économique chinoise n’était pas aussi fabuleuse que ce que les dirigeants du pays communiste tentaient de faire croire. Très manifestement, à une période récente de croissance insolente va succéder une petite phase turbulente d’ajustements ; il ne faut pas perdre de vue que le marché chinois est encore massivement règlementé, que la corruption et le capitalisme de connivence y font des ravages et que les orientations économiques imposées par le gouvernement conduisent inévitablement à des allocations douteuses de capital (toute ressemblance avec d’autres gouvernements, d’autres fléchages fiscaux, d’autres excitations dirigistes et d’autres capitalismes de connivence ne sont pas fortuites, malheureusement).

Et l’impression de retournement se précise donc puisqu’après ce problème dans le Shadow Banking, c’est le marché obligataire local qui, à son tour, a encaissé une mauvaise nouvelle : début mars, « The Shanghai Chaori Solar Energy Science and Technology Company », une petite compagnie spécialisée dans les panneaux solaires, annonce à ses investisseurs qu’elle ne sera pas en mesure de rembourser les 90 millions de Renminbi d’intérêts prévus annuellement ce qui, concrètement, la place en situation de faillite.

Parallèlement aux marchés financiers, c’est celui de l’immobilier qui marque maintenant des signes clairs de retournement. Pour Forbes, l’affaire est claire : la bulle immobilière chinoise est en train d’exploser. On peut se demander, au passage, ce qui a pris aussi longtemps tant il était évident que l’écart se creusait entre les capacités de logements et la demande réellement solvable en face. À mesure que les cités fantômes se sont multipliées, la bulle immobilière s’est faite plus visible au point de ne plus pouvoir être niée.

Là encore, toute ressemblance avec d’autres marchés immobiliers, en Espagne ou aux États-Unis, n’est malheureusement pas fortuite, les mêmes causes produisant invariablement les mêmes effets. On assiste donc à un dégonflement notable des prix des biens immobiliers, y compris sur les marchés des villes les plus peuplées normalement à l’abri de la volatilité des banlieues et de la campagne.

china-new-home-prices

Comme on le voit, l’Empire est, véritablement, au Milieu… du gué : si sa monnaie et sa stratégie consistant à acheter de l’or par tonnes depuis des années donnent un avenir solide pour sa monnaie, le reste de ses fondamentaux économiques le pousse doucement vers des lendemains qui ne sifflotent pas trop.

Et du reste, ce qu’on voit en Chine, on peut aussi l’observer, à différentes échelles, dans d’autres pays plus ou moins soumis aux mêmes aléas. C’est du moins la conclusion que tire William R. White, l’ancien président de la Banque des Règlements Internationaux (la « banque centrale des banques centrales »). Ce dernier, lors d’un récent entretien à un journal suisse financier, a expliqué son inquiétude sur la situation économique mondiale dans laquelle il croit déceler un gros paquet de bulles spéculatives, d’autant plus que la situation actuelle n’a absolument rien de comparable avec les crises précédentes.

Ainsi, pour lui, les actions actuelles de la Fed et des autres grandes banques centrales, qui tentent de relancer la consommation par l’inflation, sont extrêmement dangereuses. En outre, les raisons fondamentales (les excès de dettes, tant privées que publiques) qui ont provoqué la crise de 2008 en premier lieu n’ont toujours pas été résolues ; ces problèmes-là sont d’ordre politique et non financier, du ressort des gouvernements et non des banques centrales, et ce sont pourtant ces dernières qui bricolent des mesures à tout va. Pire : là où, en 2007, la situation concernait surtout les économies développées, les cinq années écoulées ont essentiellement permis d’étaler les problèmes au-delà et d’impliquer directement les pays émergents.

William White, de ce point de vue, rejoint d’autres analystes qui font les mêmes remarques : d’une part, non, le système bancaire n’est pas sauvé du tout, et d’autre part, les taux d’emprunts actuels sont bien trop faibles pour assurer un assainissement des marchés. Comme le rapporte Philippe Herlin, le FMI confirme lui aussi que la situation du secteur bancaire européen se dégrade. Comme le note Alex Korbel, les taux sont bien trop faibles pour être réalistes ; le fait qu’en Europe, les investisseurs tentent de se réfugier dans des obligations d’États italien et espagnol en dit long sur le marasme qui règne actuellement.

Plus proche de nous, la France enregistre actuellement une baisse record de l’emploi à domicile (l’économie interpersonnelle bascule manifestement dans le marché noir, les gens ne pouvant plus subvenir aux ponctions de l’État), pendant que les prix continuent de baisser dans l’immobilier.

Comme prévu, la déflation continue. Deux questions demeurent : combien de temps encore, et éviterons-nous l’hyperinflation ?


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  • Quelque soit le système politique, lorsque les gens se mettent à avoir les yeux plus gros que le ventre …

  • Je pense qu’il est un peu précipité de mettre les émergents dans le même lot. Leur problème est aussi politique, certe, mais surtout du à la planche à billet, dans un certain nombre de pays émergents, les dirigeants ont cru avoir trouvé la poule aux oeufs d’or en frappant de la monnaie a tout va pour financer tous leurs rêves les plus fous…. Oui mais non, ça ne marche pas finalement. Il suffit de voir l’Argentine ou même le brésil, et sa Coupe du Monde aux investissements démesurés (plus les JO derrière…).

    Concernant les pays européens, je serai plus mesuré. Je partage votre inquiétude sur la situation de la France, étant donné l’absence de volonté, tant politique que populaire, de changement structurelle. Cependant, des pays comme l’Italie et la Grèce, voir l’Espagne montrent aujourd’hui des signes intéressants. Et dans leur situation actuelle, même des taux à 8% sont déjà dissuasifs… Et les taux c’est une chose, mais encore faut il qu’il y ait des prêteurs, et aujourd’hui, la crédibilité de la Grèce limite leur capacité d’endettement de toute façon.
    D’autre part, le gouvernement à refusé des prêts européens, comme quoi, ces pays eux mêmes ne sont pas forcément demandeurs. D’ailleurs concernant l’Espagne, malgré des taux bas, ça ne les a pas empêché de réduire de 30% leur déficit en deux ans, le tout avec un PIB en récession. Donc ça prouve que les réformes structurelles sont en marche.

    En Italie, la situation est encore meilleure, puisque contrairement à la France, elle respecte les conditions de Bruxelles…

    Quant à la Grèce, le problème c’est surtout les plans d’aide qui n’ont eu que peu d’effets, mais ont lourdement endettés la Grèce. Les « ajustements » structurels de la Grèce lui ont permis d’être en excédent budgétaire si on ne tient pas compte de la dette. Dans ces conditions, on voit bien que sans dette, la Grece serait dans le vert. Et les 240 Milliards des plans d’aide paraissent de fait, quelque peu idiots.
    Cela dit, compte tenu des efforts déjà supportés par la Grece et notamment le remboursement de ce fichu plan d’aide, je ne suis pas sur que des taux bas les motivent particulièrement. Je crois qu’aujourd’hui ils sont plus dans l’optique de profiter de leurs efforts.

    Au final, le plus inquiétant reste donc la France. encore une fois, c’est pas tant les chiffres que la dynamique qui est inquiétante.

    Pour la Chine, c’était prévisible, tous les pays qui grandissent vite connaissent des crises, des bulles. Même dans les pays développés, une très forte croissance précède souvent l’éclatement d’une bulle. Après, de là à dire que ce sera dramatique pour la Chine… C’est difficile à dire, déjà parce qu’à vrai dire, on ne sait pas ce que feront les chinois en pareil situation. D’autant qu’ils sont très différents de nous, occidentaux, et leur société est également très différente. Les mêmes causes peuvent avoir des effets différents dans ces conditions. Je crois que la seule chose à faire, c’est d’attendre et de regarder comment ça se déroule. L’avenir nous le dira.

    • D’autre part, le gouvernement ESPAGNOL à refusé des prêts européens

    • @Desproges54,
      Je suis bien d’accord avec vous, c’est bien la situation de la France qui est inquiétante: réussir, avec le potentiel énorme dont nous disposions, à l’annihiler quasiment par le biais d’un socialisme mortifère rampant qui ne dit pas son nom.

      • Ce qui est vraiment impressionnant c’est l’absence totale d’inertie dans ce pays. C’est même pas qu’on a l’impression de couler à pic, c’est qu’on l’impression d’avoir les pieds dans le béton! et on a beau réfléchir, on ne voit pas comment ce pays pourrait bouger dans un sens ou dans l’autre, tellement il est figé!
        C’est ce qui nous différencie de l’Espagne ou l’Italie, ils sont descendus, ils remontent, bref, ça bouge, dans un sens comme dans l’autre, ça peut se passer. Il peut tout arriver. Mais en France non. Et ce en bonne partie à cause du peuple qui bloque absolument tout. Quand on voit aux dernières élections, tous les électeurs qui réclamaient « plus de gauche, plus de justice sociale, plus de socialisme », on se dit qu’on est dans la merde.

        Notre seule chance aujourd’hui, c’est qu’on bénéficie de la santé correcte des voisins. Mais il est clair que si on était isolé économiquement (comme le voudrait madame Le Pen…) on serait très mal…

        • C’ est faux, ce n’ est pas le peuple qui bloque tout. C’ est une poignée de gens dont on se demande ce qu’ ils représentent encore: syndicats? Gauche de la cauche?? Alain Badiou?? Vous peut-être avec vos illusions?

          • Je ne crois pas non plus.

            Je dirais que les résultats de referendums comme « aligner les retraites » « cumul des mandats » « baisse des dépenses » « baisses des impôts » parmi tant d’autres serait acquis.

  • Le socialisme m’a tué…Vivement le standard-or…

  • Bonsoir,

    Ce qui est rassurant, c’est que la Chine est consciente du danger de la bulle immobilière et du shadow banking au contraire des Occidentaux. Elle veut rééquilibrer sa structure de croissance économique en privilégiant la demande domestique qui ne représente que 35 % du PIB. Que cela se passe de manière conventionnelle, je ne le pense pas. L’avenir nous le dira !!

    Cordialement,

    Sovanna SEK de GenY Finances

    http://geny-finances.blogspot.com

  • baisse record de l’emploi à domicile…..il vaudrait mieux dire , baisse record des heures déclarées de l’emploi à domicile ; quand vous déclarez 20 heures par mois alors que vous en faites 80 , mais que la personne qui vous emploi n’a pas les moyens de déclarer le reste …..et comme il faut bien payer son loyer , etc etc etc , on n’a pas le choix ; si notre trés cher gouvernement pouvait aussi se pencher sur ce problême de charges pour les moins aisés au lieu de toujours faire des cadeaux aux plus riches……

    • C’est ce que veut dire la phrase « l’économie interpersonnelle bascule manifestement dans le marché noir » …

  • Les commentaires sont fermés.

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