Alexis Grabinszky (Parti Libertarien) : « Chacun a droit à son jardin secret ! »

Alexis Grabinszky (Crédits : Parti Libertarien, tous droits réservés)

Contrepoints revient avec Alexis Grabinszky, le vice-président du Parti Libertarien belge, sur ses premiers pas à la télévision.

Alexis Grabinszky est le vice-président du Parti Libertarien belge. Il était l’invité du Talk Élections de RTL-TVI récemment. Ce vendredi 11 avril, à l’occasion du lancement de la campagne électorale du Parti Libertarien, Contrepoints est revenu avec lui sur cette expérience télévisuelle. Interview.

Alexis Grabinszky
Alexis Grabinszky, vice-président du Parti Libertarien belge.

 

Contrepoints : Bonjour Alexis.

Alexis Grabinszky : Bonjour.

Vous avez été invité au Talk Élections de RTL-TVI ce mardi 8 avril. Quelles sont vos impressions après cette grande première télévisuelle pour le Parti Libertarien ?

Je trouve que c’était un très bon exercice. Je ne m’attendais pas à rencontrer des questions si pertinentes. Généralement, les journalistes consacrent plus de temps à la forme qu’au fond. Ce n’était pas le cas cette fois. Nous avons ainsi pu évoquer des points fondamentaux des idées libertariennes.

En effet, dans l’extrait posté sur le site de RTL-TVI, vous parlez de fiscalité et de légalisation des drogues. N’était-il pas prévu que vous traitiez également de vie privée ?

C’est exact, mais le temps nous a manqué. Une partie de l’interview a dû être coupée au montage.

Qu’y disiez-vous ?

Que la vie privée est un enjeu fondamental pour notre siècle. Les atteintes qui sont actuellement portées à son encontre m’inquiètent. C’est un peu comme si un père lisait le journal intime de sa fille contre la volonté de celle-ci… La rupture de confiance est inévitable ! L’État exerce là un rapport de force inique sur les citoyens et une immixtion inadmissible au cœur de l’intimité des gens. Les pratiques de la NSA qu’Edward Snowden a révélées sont la preuve d’un dangereux dérapage de la machinerie étatique. Et que dire de la législation belge ? Savez-vous que Belgacom est contrainte par la loi de stocker durant un an nos communications Internet ? Le secret bancaire, quant à lui, n’est plus qu’une illusion.

De ces trois points (fiscalité, vie privée, cannabis), lequel vous semble le plus important à défendre ?

La vie privée est un tout qui englobe ces diverses thématiques. Que vous gagniez 1 euro par mois ou 100 millions d’euros, cela ne regarde que vous ! Le même raisonnement est valable pour le cannabis. Si vous consommez du tabac, du sucre ou autre chose considérée comme nocive pour votre santé, vous devez en assumez les conséquences… mais vous en avez le droit, ça ne regarde que vous !

Certains individus ne sont-ils pas d’accord de communiquer des informations privées à des inconnus, et donc à l’État ? Les exemples de Facebook ou Twitter sont interpellant, non ?

Si des personnes souhaitent partager leur vie privée avec n’importe qui, libre à elles ! Ce que j’explique, c’est que l’État ne peut pas avoir accès à leurs courriers, à leurs mails, à leurs SMS, à leurs contacts téléphoniques, à leur compte bancaire ou à tout autre aspect de leur vie privée. Je revendique pour chacun le droit d’avoir son jardin secret !

Vous avez déclaré à l’antenne que « l’impôt, c’est du vol ». Vous persistez ?

Tout à fait. J’ai même envie de dire que l’impôt est pire que le vol, car un voleur revient rarement sur les lieux de son larcin. Disposer des fruits de son labeur constitue, pour nous, les libertariens, un droit naturel et fondamental. C’est au citoyen que revient le droit de jouir librement de ses richesses selon ses besoins et ses dispositions. Pas à l’État !

L’on aperçoit dans la vidéo le présentateur s’inquiéter du financement – voire même de la disparition – de certains services dans lesquels l’État joue actuellement un grand rôle, comme les hôpitaux par exemple. Vous pensez vraiment que le privé pourra remplacer l’État dans ces activités fondamentales ?

L’État ne s’occupe pas de produire le pain. Or, est-ce que nous manquons de pain ? Non ! Il faut arrêter de faire croire que, lorsque l’État reviendra au rôle limité qu’il n’aurait pas dû quitter, les secteurs qu’il trustait illégitimement disparaîtront avec lui. Ce raisonnement est bancal. On l’a bien vu lors de la chute de l’URSS. Les Russes, conditionnés par le pouvoir, pensaient que sans l’État ils crèveraient de faim. C’est tout le contraire qui s’est produit. Ils n’ont plus dû subir des files de plusieurs heures pour accéder à la nourriture.

Mais la sécurité sociale ne constitue-t-elle pas un domaine à part ? N’est-ce pas dangereux de la faire reposer sur la solidarité humaine et la philanthropie ? Si je comprends bien, selon vous, tout le monde est généreux ?

Non, tout le monde n’est pas généreux. Mais suffisamment de personnes le sont que pour faire tenir le système. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les politiciens en appellent à la générosité naturelle des gens pour se faire élire.

Les libertariens ont une vision positive de l’être humain, qui est solidaire de ses semblables même lorsqu’il n’y est pas obligé. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le nombre de gens qui insistent sur l’importance de cette question lorsqu’on leur explique le programme du Parti Libertarien. C’est parce que la solidarité est importante qu’il ne faut surtout pas que l’État s’en occupe. L’État détruit la solidarité et la remplace par le clientélisme et l’arbitraire.

Dans la vidéo, vous affirmez être favorable à la légalisation de toutes les drogues. Vraiment toutes ?

En effet, mais nous commencerons d’abord par légaliser le cannabis. C’est un produit moins néfaste que l’alcool, que le tabac voire même que des drogues légales comme la méthadone ou certains antidépresseurs… Nous avons plus ou moins 300.000 consommateurs de cannabis en Belgique. Cela me conforte dans l’idée qu’il s’agit plus d’une problématique juridique que d’un problème de mœurs. Il ne faut pas perdre de vue qu’une telle légalisation permettrait de diminuer les dépenses policières et judiciaires et de réaffecter ces moyens vers de véritables délits et crimes. Bref, vous l’aurez compris, pour le cannabis, comme pour les autres drogues, nous faisons nôtre la célèbre maxime de Lysander Spooner : les vices ne sont pas des crimes.

Y a-t-il une thématique qui vous tient particulièrement à cœur et dont vous auriez souhaité parler à l’antenne ?

Le travail. Le gros problème de la Belgique actuelle est son taux particulièrement élevé de chômage, qui plonge énormément de gens dans une détresse sociale indescriptible. Cette situation arrange certains partis installés, qui réclament à coup de slogans plus de justice sociale. Je pense notamment au PS, à Ecolo voire au PTB. Nous pouvons d’ailleurs constater un accroissement continu de la pauvreté, bien qu’elle soit relative.

Comment remédier à la situation ?

Pour arriver à une situation de plein emploi, la meilleure solution est de laisser les énergies s’exprimer. Pour ce faire il y a plusieurs pré-requis :

  • Pas de discrimination entre intervenants économiques, car le marché est le meilleur régulateur.
  • La disparition des subsides et l’absence d’impôts constituent les meilleurs moyens d’encourager les gens et les entreprises à investir.
  • Laisser les entreprises faire faillite. Il est inadmissible qu’une banque soit au-dessus des autres acteurs économiques.
  • Supprimer les banques centrales car elles perturbent entre autres la fixation des taux d’intérêt auxquels les acteurs empruntent, ce qui influence négativement les comportements des entreprises et des particuliers.

Je n’ai pas de boule de cristal pour déterminer quel sera le secteur d’avenir. Aucun politicien n’est capable de déterminer nos modes de consommation ou nos aspirations. Ne les laissons pas détourner nos ressources pour leurs petits jeux politiques. Reprenons le contrôle de notre faculté de créer des biens et des services.

Merci beaucoup pour vos réponses éclairantes, Alexis. Une dernière question, en forme de clin d’œil : « à tire-la-rigole » ?

Le stress a fait fourcher ma langue, mais l’essentiel, c’est que mon message soit passé. Après tout, ce jeu de mot involontaire se prête bien à la situation de la Région bruxelloise, où les subsides pleuvent. C’est donc celui qui tire la rigole vers lui, celui qui en détourne le cours, qui récoltera un maximum de subventions dans ses poches. Vous oubliez peut-être qu’un nouveau métier vient de naître en Belgique : subsidiologue. Et ce n’est malheureusement pas une blague.


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