Regarder les chaînes publiques

France Télévisions (Crédits jean-louis Zimmermann, licence Creative Commons)

L’histoire des masses éclaire le sort des individus d’aujourd’hui, pris dans la subtilité des chaînes publiques.

Par Baptiste Créteur.

Le contrôle par la force physique de la population a longtemps permis à ses dirigeants de parvenir à leurs fins. Nombreux sont les monuments construits par des esclaves dans l’antiquité, nombreuses sont les mines exploitées par des esclaves pour enrichir un quelconque souverain. Mais en usant ainsi de violence pour contrôler leurs esclaves, les dirigeants ne pouvaient pas obtenir le fruit de leur travail intellectuel, du moins pas aussi bien. Couteux à maintenir et peu productif comme on le voit en Corée du Nord, l’esclavage par la force a été amélioré en donnant aux esclaves une certaine liberté : ils pouvaient produire sur une terre qui leur était confiée en échange d’une partie de la récolte.

Mais ce système féodal fut rendu moins efficace par les divisions de surfaces, ne permettant pas d’appliquer les techniques plus modernes de production rendant les grandes surfaces plus productives.

Le choix de leur activité fut alors accordé à des hommes désormais plus urbains, la productivité additionnelle générant une nourriture assez abondante pour que les villes se développent. La main-d’œuvre alors disponible contribua au développement de l’industrie, permis par le surplus généré qui pouvait dès lors être investi pour améliorer la productivité et développer de nouvelles productions. Le choix de leur occupation fut alors laissé à ceux qu’il convenait dès lors d’appeler « citoyens » ; ainsi que le choix de leurs maîtres.

Et leurs maîtres se sont rendus compte que la liberté laissé aux citoyens les rendait plus productifs, permettant de dégager par l’impôt des richesses plus vastes. Une mafia n’a pas besoin pour s’enrichir de posséder directement les entreprises et commerces ; il lui suffit de passer, à échéance régulière, pour réclamer une contrepartie aux services rendus aux propriétaires, notamment de « protection ». De la même façon, l’État exige l’impôt, se nourrit de toute activité humaine placée (par lui) sous sa juridiction.

Il offre en échange des services de protection, mais aussi de couverture sociale et d' »éducation ». Les jeunes générations lui sont confiées pour en faire des adultes capables de produire et mener leur vie, mais incapables de voir en lui autre chose qu’un bienfaiteur. Et pour assurer sa protection « idéologique », l’État s’offre les services des intellectuels et artistes qui préfèrent influencer le public que se plier à ses goûts. Et ce n’est pas tout.

En plaçant une partie de la population sous sa dépendance, parce qu’elle travaille pour lui ou dépend plus simplement de lui pour sa subsistance, l’État dispose des meilleurs chiens de garde et veilleurs, prêts à défendre l’ordre établi dont ils dépendent contre toute remise en cause. Ces adorateurs de l’État comprendront aisément que la révélation de leur vrai statut et la remise en cause du rôle de l’État et de son existence en tant que tel sont en leur défaveur, et adoptent leur comportement en conséquence : ils considèreront tout défenseur de la liberté comme un ennemi et, de fait, il l’est. Les amis de la liberté deviennent ennemis de l’État et de la partie de la population qui vit à travers lui.

Pour éviter toute remise en cause du système, des menaces toujours plus nombreuses apparaissent : des terroristes veulent nous attaquer de l’extérieur, des fascistes / racistes / sexistes / bien d’autres encore veulent nous détruire de l’intérieur. Les dirigeants ont une justification de leur existence et une cohorte de défenseurs prêts à en découdre avec ceux qui aspirent à plus de liberté.

Il ne leur reste plus alors qu’à trouver le niveau optimal entre une liberté qui accroît la production et un esclavage (par l’impôt) qui en prélève la plus grande part. Les périodes d’enrichissement de l’État sont précédées de périodes de liberté économique accrue.

Mais les failles existent, et il est possible à chacun de s’élever pour regarder au-dessus de la clôture idéologique ; pour comprendre que nous sommes bien esclaves, et cesser alors de l’être. Car prendre conscience de ce statut et de son illégitimité, c’est le quitter. Voir les chaînes, c’est les briser. Il ne peut y avoir de chaînes privées ; brisons les chaînes publiques.