Quatre conceptions du droit naturel (3)

En complément de l’exploration des quatre grandes conceptions du droit naturel, voici quelques éléments de réflexions sur ses prolongements contemporains.

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Quatre conceptions du droit naturel (3)

Publié le 11 avril 2014
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Par Aurélien Biteau.

Stock ChartDans la seconde partie, nous avons abordés les deux grandes conceptions modernes du droit naturel : celle du libéralisme classique, comme droit de l’état de nature, et celle kantienne du droit naturel comme commandement de la raison pure, s’exprimant comme devoir de respect de la personne. Or que s’est-il passé pour le droit entre la fin du XVIIIe siècle et notre époque contemporaine du début du XXIe siècle ?

En complément de cette rapide exploration des quatre grandes conceptions du droit naturel, je souhaite ainsi dire quelques mots sur des sujets annexes : l’essor de la science juridique ; la distinction libérale des « droits de » et des « droits à » ; la philosophie du droit de Leoni et d’Hayek ; la philosophie du droit de Rothbard et des libertariens.

La science juridique

Comme tous les champs de connaissances de l’Homme, le droit a eu vocation à devenir scientifique au cours du XIXe siècle contre la philosophie. Les juristes ont eu pour prétention de fonder une science juridique loin de toute philosophie, car comme chacun le sait, la philosophie est incertaine, douteuse, contradictoire. Rien ne vaut la bonne science, sûre, certaine, expéditive.

C’est ainsi qu’on a vu naître de nombreuses conceptions du droit qui se voulaient scientifiques : finis les jugements de valeur, le droit ne doit se prononcer que sur les faits. Son but n’est pas la justice, vague idole, mais la connaissance des faits juridiques. Le positivisme sociologique a donc prétendu que le droit se fondait sur la connaissance sociologique : il faut étudier la société pour constituer le droit. Les choses aristotéliciennes, la loi naturelle, la volonté ou les devoirs de la raison, rien de tout cela ne doit être pris en considération par le droit.

Autre forme plus extrême de sociologisme : on a prétendu que le droit, ce n’est rien d’autre que l’anticipation d’un jugement exprimé par le juriste. Est droit ce que le juriste estime être le droit. Sociologie du droit en lieu et place d’une science du droit.

Puis est venu le positivisme juridique : le droit est une donnée objective, ses justifications ou ses racines ne sont pas l’objet du travail du juriste. Celui-ci n’a qu’un seul objectif : utiliser le droit positif dans les cas qui lui sont exposés. Ça ne signifie pas nécessairement que la justice n’existe pas, mais ça ne regarde pas le juriste de savoir si oui ou non le droit est juste. L’État de droit, c’est l’État où le droit est écrit et défini, rien de plus, et dans lequel le juriste a toutes les données objectives pour faire son travail. L’Allemagne nazie était donc un État de droit. Le juriste n’est qu’un technicien du droit, de la même façon que le politicien est devenu, avec la science politique, un technicien du politique.

Scientisme juridique auquel il est grand temps de mettre un terme. La philosophie est de première importance.

« Droit à » et « droit de »

La distinction entre les « droits à » et les « droits de » est utilisée par les libéraux contre les socialistes. Ne seraient des droits véritables que les « droits de faire quelque chose » tandis que les « droits à quelque chose » ne seraient pas de vrais droits parce que ceux-ci exigent qu’autrui ne puissent jouir de ses « droits de » : si je prétends qu’il y a un « droit au logement », j’entre en contradiction avec le « droit de propriété ».

Il s’agit-là d’une reprise sous d’autres termes de la philosophie kantienne du droit : déterminer les zones d’autonomie de chacun égales pour tous. Mais on pourra remarquer avec quelle aisance les libéraux entrent immédiatement en contradiction avec eux-mêmes lorsqu’ils défendent le « droit à la vie » et ne voient pas que ce droit justifie tout et n’importe quoi qui puisse permettre de préserver la vie de chacun.

Et bien sûr, les « droits de » ne sont pas exclusifs les uns des autres, et il est évident que le « droit de tuer son voisin » entre en contradiction avec le « droit de vivre tranquillement et selon sa guise ». Le caractère illimité des « droits de » est si évident qu’on se demande pourquoi on s’attache à une distinction si inepte. Kant avait plus de rigueur.

Leoni et Hayek

La philosophie du droit de Leoni et d’Hayek présente un caractère tout à fait original, quoique très proche de la conception anglo-saxonne du droit. Le droit de Leoni et Hayek est essentiellement jurisprudentiel. Les juges doivent trancher lors d’un procès : création d’une jurisprudence. Si celle-ci s’avère inapte (multiplication des conflits, profonde injustice ressentie, etc.), elle doit être abandonnée. Le droit est donc un processus de validation et d’abandon des jurisprudences : comme en science où la vérité ne peut être qu’approchée, mais pas déterminée tout d’un coup, le juste ne peut pas être compris tout d’un coup et est approché au fur et à mesure que les jurisprudences injustes sont éliminées.

Processus dynamique de validation, mais qui présente quelques inconvénients. On voit mal comment est déterminée l’injustice sans idée de ce qu’est le juste. Un sentiment d’injustice n’est pas suffisant pour dire d’une chose qu’elle est injuste. Ce n’est pas le sentiment de l’erreur qui, en sciences, rend un énoncé faux. Dire que l’injuste est ce qui n’est pas juste ne permet pas de déterminer les injustices, alors que la science a un plus grand privilège : l’erreur est ce qui n’est pas vrai, et la raison est très bien capable de la déterminer.

Or si le droit n’est pas rationnel, on voit mal comment définir l’injuste. La recherche d’un équilibre juridique n’est pas non plus satisfaisant, surtout aujourd’hui où, précisément, les grands systèmes idéologiques ont des prétentions à définir le droit et où les insatisfaits se comptent de toute part. On frise avec Hayek et Leoni le sociologisme juridique.

De même, ce droit comme processus de validation n’offre aucune distinction entre le droit et la loi. Le mot anglais « law » les confond d’ailleurs entièrement.

Hayek était pourtant tout proche de la solution, en allant creuser dans la philosophie grecque. C’est bien dans le cosmos, ordre spontané, que le droit se cherche, mais Hayek ne s’est intéressé qu’au nomos, à la loi grecque non écrite. Pas une seule fois dans Droit, Législation, Liberté, il n’est question du dikaion d’Aristote ou du ius romain !

Rothbard et les libertariens

Rothbard jouit d’un immense prestige chez les libertariens et les libéraux contemporains. Il faut dire que Rothbard a travaillé toute sa vie à réaliser une sorte de synthèse ultime de la pensée de la liberté, évidemment favorable à ses thèses anarcho-capitalistes. Je pense pouvoir dire sans trop me tromper que toutes les erreurs et confusions commises par les libéraux quant au droit naturel sont dues à l’influence de Rothbard. Je m’excuse de m’en prendre à l’icône libertarienne, mais Rothbard était, en toute honnêteté, un piètre philosophe.

L’Éthique de la liberté est un sommet en matière d’absurdité poussée à l’extrême. Rien que dans le titre. Un traité de droit, qualifié d’éthique. Et pas éthique du droit, mais de la liberté. Comme si droit et liberté étaient synonymes. Les lectures faites d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin sont grossières, elles sont faites dans la pure tradition progressiste qui ne reconnaît dans le passé ou bien que des idées périmées, ou bien que des idées validant des concepts modernes. On ne peut rien comprendre du droit naturel aristotélicien en lisant Rothbard. Puis est déroulé sans le moindre doute tout le traité de droit de Rothbard : géométrie du raisonnement, rationalisme à l’absurde, théorie axiomatique grossière, Rothbard ne nous épargne rien. Idées fortement stimulantes certes, mais si éloignées du monde réel et du travail juridique qu’on n’en voit pas l’intérêt. Rothbard montre trop de mépris pour l’Histoire de la philosophie du droit, et c’est bien dommage, il aurait pu éviter de commettre tant d’erreurs. Dire qu’en épistémologie, Rothbard se réclamait d’Aristote, alors que tout sent chez lui le kantisme et le rationalisme !

Les libertariens prétendent être les continuateurs du libéralisme classique, se contentant d’aller à la racine de leurs idées, d’où l’anarcho-capitalisme. Erreur évidente, puisque le droit des libertariens est un droit axiomatique issu de la raison a priori, malgré leurs prétentions à être fidèles à Aristote (vraiment, on se demande parfois pourquoi Aristote n’était pas libertarien…), et n’est certainement pas un droit de l’état de nature. Lorsque Locke évoque le droit de propriété, il n’en fait pas un axiome, il le considère simplement comme un droit de l’état de nature. Le libéralisme classique ne peut pas ne pas être favorable à l’État, car le droit y est conçu comme une puissance illimité qui doit être maîtrisée et contrainte, d’où le rôle nécessaire de l’État. Si Locke était encore en vie, il ne deviendrait anarcho-capitaliste qu’à la condition d’abandonner toute sa philosophie, et non pas simplement en la poursuivant.

Il est donc de toute nécessité que les libéraux contemporains prennent conscience des grandes nuances entre les écoles libérales, en adoptant une attitude réaliste à leur égard, et en évitant les pulsions idéalistes et idéologiques de… la Grande Synthèse Libérale ?


Lire les deux premières parties :

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  • Ne pourrait pas t’on dire droit de vivre ? La vie n’est-elle basé sur la propriété de soi même ? Droit à la vie expression trompeuse.

    Critique un peu rapide des libertariens .. Ce ne sont pas des objectivistes donc la raison à priori n’est pas leur axiome. Leur axiome de base est la non agression.

    Mais sinon super série d’article sur le droit naturel, partisane certes, mais super intéressante.

  • « Il s’agit-là d’une reprise sous d’autres termes de la philosophie kantienne du droit : déterminer les zones d’autonomie de chacun égales pour tous. Mais on pourra remarquer avec quelle aisance les libéraux entrent immédiatement en contradiction avec eux-mêmes lorsqu’ils défendent le « droit à la vie » et ne voient pas que ce droit justifie tout et n’importe quoi qui puisse permettre de préserver la vie de chacun. »

    Le droit à la vie (compris comme le droit d’être maintenu en vie) n’est pas universilisable. Il n’y a pas de contradiction entre le droit à la vie et les autres droits, simplement, le droit à la vie n’est pas libéral. Le droit de propriété sur sois-même, en revanche, l’est.

    « Et bien sûr, les « droits de » ne sont pas exclusifs les uns des autres, et il est évident que le « droit de tuer son voisin » entre en contradiction avec le « droit de vivre tranquillement et selon sa guise ». Le caractère illimité des « droits de » est si évident qu’on se demande pourquoi on s’attache à une distinction si inepte. Kant avait plus de rigueur. »

    La distinction n’a jamais été entre les « droits de » et « droits à », ça, c’est juste une illustration, un moyen simple de reconnaître certains faux droits. La distinction se trouve entre les droits universalisables (dont tout le monde peut profiter en même temps) et les autres. Du coup, il ne suffit pas d’écrire « droit de », puis de mettre quelque chose derrière pour avoir un vrai droit.

    • Pardon, mais c’est si le « droit au logement » impose la procuration d’un logement à une personne doté d’un tel droit (soit un « droit d’être logé »), le « droit à vie » impose bien qu’on maintienne en vie quelqu’un doté d’un tel droit : celui qui meurt de faim, si on veut satisfaire son droit à la vie, il faudra bien lui fournir de la nourriture, ce qui entre en contradiction avec le droit de propriété (de manière directe par un prélèvement alimentaire, de manière indirecte par le financement d’un organisme public chargé de satisfaire le droit à la vie). Et quant à dire que le « droit à la vie » n’est pas libéral, il va falloir l’expliquer à tous les libéraux qui fondent leur philosophie sur ce droit : http://www.contrepoints.org/2012/12/15/107653-le-droit-a-la-vie-fondement-des-droits-de-lhomme

      Et vous prouvez très bien que tout « droit à » peut être réécrit sous la forme d’un « droit de » (droit à la vie -> droit d’être maintenu en vie). Ce qui rend ce critère de distinction encore plus inepte.

      Quant à parler de « droits » universalisables (mon dieu que ce mot est inapproprié, on ne peut pas parler de liberté plutôt que de droit au lieu de maintenir la dangereuse confusion ?), il s’agit d’un autre critère que vous proposez contre la distinction droit à/droit de. Pourquoi pas, mais ce n’était pas le sujet de mon article. Et de toute façon, ce « droit universalisable », ce n’est rien d’autre que le droit de Kant, dont j’ai déjà montré quelques unes des failles.

      • Vous avez pas compris. Je ne reconnais pas le droit à la vie. Et un grand nombre de liberaux n,e le reconnaissent pas non plus. Je reconnais le droit de propriété sur sois-même, beaucoup plus restrictif.

        « Et vous prouvez très bien que tout « droit à » peut être réécrit sous la forme d’un « droit de » (droit à la vie -> droit d’être maintenu en vie). Ce qui rend ce critère de distinction encore plus inepte. »

        Comme je vous l’expliquait plus haut, ce n’est pas là qu’est la distinction.

        « il s’agit d’un autre critère que vous proposez contre la distinction droit à/droit de.  »

        La distinction droit à/droit de n’est en rien une définition des droits et n’est pas utilisée comme telle. C’est un moyen pratique que certains utilisent de montrer pour dénoncer de faux droits, mais ce n’est rien d’autre que ça. Le critère, c’est que dans le cas des vrais droits, les droits des uns n’obligent pas à retirer aux droits des autres. Cela ne découle pas de la raison pure, mais du principe de non-agression.

        « mon dieu que ce mot est inapproprié, on ne peut pas parler de liberté plutôt que de droit au lieu de maintenir la dangereuse confusion ? »

        Non. Tout simplement parce que je ne parle pas de liberté, mais des moyens de la garantir. Ce qui est l’objectif du droit dans le libéralisme.

        • « Comme je vous l’expliquait plus haut, ce n’est pas là qu’est la distinction. » : selon vous. Vous comprenez que je ne traite pas de votre critère, mais de celui employé par d’autres libéraux que vous ?

          En fait, j’ai l’impression que vous n’avez pas compris l’objectif de mon article : la philosophie du droit a une Histoire, vous pouvez faire comme si elle n’existait pas, mais moi je m’intéresse à diverses conceptions du droit qui existent. Vous, vous essayez de produire une philosophie du droit, et pour tout dire, une philosophie ad hoc, comme si elle ne devait rien à l’Histoire et comme si elle ne pouvait pas être historique. Or si on regarde de près l’Histoire de la philosophie du droit, on voit que le droit libéral a pompé tout un vocabulaire antique et en a changé le sens (contre un socialiste, on dirait qu’il pratique la novlangue…), ou bien à l’inverse s’est simplement placé dans le prolongement de certaines philosophies du droit en l’exprimant d’une autre manière et en reniant ses origines.

          Le but, c’est d’y voir clair, de dénouer les problèmes philosophiques en commençant par la matière première, qui est la philosophie déjà existante. Ce qui vous semble si naturel, si évident, si nécessaire de décrire par le mot « droit », et bien je suis désolé pour vous, mais ça n’a rien de naturel, rien d’évident et rien de nécessaire, puisque ce n’est rien d’autre que le produit d’un type particulier de rationalité qui a une histoire : la rationalité moderne, et pour être plus précis, celle qui découle du cartésianisme et du kantisme. Ça ne veut pas dire que c’est faux a priori, mais ça veut dire que toute philosophie du droit doit se restituer dans son histoire et dans son épistémologie propre.

          Quand vous parlez de « droits des uns qui n’obligent pas à retirer aux droits des autres », vous êtes dans la pure tradition kantienne. Et je suis désolé de trouver Kant plus précis, plus rigoureux et meilleur philosophe qu’une personne « lambda » qui s’essaie à la philosophie (moi compris). Donc je remonte à la source plutôt que de rester dans le brouillard.

          Vraiment, je vous encourage à lire Michel Villey (La Formation de la pensée juridique moderne, par exemple).

        • Exact. Tout découle du principe de non-agression. C’est le fil de plomb des libertairens et qui résoud toutes les questions.

          Là ou aurélien commet me semble-t-il une erreur c’est qu’il oppose droit de créance et propriété quand il dit « il faudra bien lui fournir de la nourriture, ce qui entre en contradiction avec le droit de propriété ».

          Alors qu’il faut opposer droit de créance avec consentement à se reconnaître débiteur. Si j’agresse celui qui est soit-disant débiteur « d’un droit à » en le forçant à régler cette créance c’est une agression et ce n’est pas libértarien. C’est aussi simple que ça et le droit de propriété est une question secondaire. Pas de consentement=agression.

          Aurélien passe à mon avis à coté de la pensée libertarienne si il l’assoit sur autre chose que l’axiome de non-agression. Il me semble l’avoir lu donc c’est volontaire chez lui. Je ne sais pas pourquoi il lance de telle diatribes contre les libertariens.

          Je crois que la réponse est là :. »Le libéralisme classique ne peut pas ne pas être favorable à l’État, car le droit y est conçu comme une puissance illimité qui doit être maîtrisée et contrainte, d’où le rôle nécessaire de l’État. ».

          Et là encore il commet une erreur grave d’analyse de la pensée libertarienne qui accepte l’état et le droit positif mais seulement pour défendre l’axiome de non agression.

          Je pense qu’il est englué dans la notion de droit naturel et oublie qu’au dessus il y a une éthique et donc une métaphysique. Dommage qu’on ne connaisse pas la sienne …. il semble s’appuyer sur l’axiome de l’action rationnelle intéressant au plan epistomologique à condition qu’on ne confonde pas raison et intention ce qu’il semble faire lorsqu’il dit « Or si le droit n’est pas rationnel, on voit mal comment définir l’injuste. « .

          • Moi : Je ne pensais pas à des auteurs, mais aux libéraux « lambda » qu’on peut lire et entendre à droite à gauche. Des libéraux comme vous et moi.

            Adèle : Euh…A votre avis, ça se traduit comment le principe de non-agression si ce n’est par la définition d’une zone d’autonomie des individus ? Quand Kant dit qu’il faut respecter autrui comme sujet et ne pas le traiter comme objet, ça signifie très précisément qu’il ne faut pas agresser autrui.

            Je rappelle que chez Rothbard, le principe de non-agression ne signifie pas : non-agression contre la personne physique, mais non-agression contre la personne en tant qu’elle a des droits émanent de sa personne. C’est purement kantien, sauf que Kant utilise un vocabulaire autrement plus adéquat et précis.

            Pour le reste, votre propos est extrêmement confus et vous me citez à tort et à travers.

            J’ai eu ma période libertarienne, j’en connais aussi bien les idées que les pulsions idéologiques de la synthèse qui en découlent. Mais plutôt que de tenter la synthèse ultime du libéralisme, je préfère regarder les écoles libérales pour ce qu’elles sont, dans leur grande variété et leurs différences, au-delà de leurs apparentes similitudes. Et plus loin encore, dans l’histoire entière de la philosophie. Ça permet de remettre les choses à leur juste place.

          • Ah, quant à me qualifier d’hegelien, je dois rire ou je dois pleurer ? Où avez-vous vu défendu une philosophie de l’Histoire dans tout mon discours ?

            • @aurélien

              Attention l’impératif de kant « Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen » n’est pas l’axiome de non agression libertarien à cause du « toujours ».

              Les libertariens acceptent l’esclavage volontaire par exemple (pour dettes ou autres). L’esclave qui a consenti ne pourrait plus sortir de sa condition d’esclave au plan libertarien car il a consenti une fois pour toutes à l’agression. Il peut être traité comme un moyen voir un objet. C’est parfaitement libertarien. En d’autre terme l’axiome de non agression est chez les libertariens échangeable, il peut faire l’objet d’un contrat synallagmatique.

              L’impératif Kantien interdit l’esclavage ou ce type de contrat à cause « du toujours ». Je dois toujours respecter sa part d’humanité à l’esclave à savoir son droit à l’autodétermination de ses fins. Ce qui est un scandale libertarien. C’est pour celà que Kant est hyper dangereux. Il créé des impératifs qui réduisent la liberté en dehors de l’axiome de non-agression.

              Je dois avoir la liberté d’accepter d’être traitée comme un moyen à condition biensur que j’y ai consenti.

              L’impératif Kantien reformulé de façon libertarienne est : Traite autrui comme un moyen ou une fin pour peut que tu ne lui fasse rien auquel il n’ait préalablement consenti sinon c’est une agression.

              Pour hegel quand vous disiez :

              « En fait, j’ai l’impression que vous n’avez pas compris l’objectif de mon article : la philosophie du droit a une Histoire, vous pouvez faire comme si elle n’existait pas… Vous, vous essayez de produire une philosophie du droit, et pour tout dire, une philosophie ad hoc, comme si elle ne devait rien à l’Histoire et comme si elle ne pouvait pas être historique.  »

              mais je vous taquinai … bref riez en.

            • Vous tordez le sens de la philosophie de Kant et de Rothbard. D’une part, consentir à être esclave, c’est précisément ne pas être esclave parce qu’on détermine sa propre fin (et Rothbard n’a de toute façon jamais dit qu’un homme pouvait consentir à devenir esclave parce que la volonté est inaliénable).

              « The concept of “voluntary slavery” is indeed a contradictory one, for so long as a laborer remains totally subservient to his master’s will voluntarily, he is not yet a slave since his submission is voluntary; whereas, if he later changed his mind and the master enforced his slavery by violence, the slavery would not then be voluntary. » – Ethics of liberty

              Et d’autre part vous faites une confusion entre le droit kantien et la morale kantienne. L’impératif catégorique est un impératif moral. Le droit kantien se réduit au respect du sujet, certes partie de la morale, mais pas son tout.

              Pauvres juristes, si on leur assigne des principes aussi légers et aussi peu juridiques.

            • On ne s’entendra pas 😉 . Je suis Libertarienne et vous un libéral.

  • Voilà l’exemple d’une critique qui non seulement n’apporte rien de constructif, mais dont l’auteur tente maladroitement de discréditer Rothbard à cause de sa propre incapacité à le comprendre.

    Je vais donc éviter d’évoquer la pensée complexe de Morin appliquée au libertariannisme, puisque si ce pseudo-critique est déjà incapable d’apprécier Rothbard en termes simples, il pourra encore moins y appliquer une pensée complexe.

    • C’est cela, oui…

      • Ma critique a au moins l’avantage de vous aiguiller sur une interprétation différente de Rothbard. En particulier quand on y juxtapose les travaux de Stiglitz sur l’information (ou l’asymétrie de l’information) en économie, les bases de McLuhan et tous les développements de Shannon en théorie de l’information. Étrangement, la nouvelle économie Keynésienne donne raison aux fondements libertariens tout en construisant d’autres aspects théoriques plus complexes.

        Plutôt que de jeter ces pistes du revers de la main…

        • Uhu, donc moi qui a été libertarien et nettement un rothbardien, voilà que j’aurais jeté d’un revers de main sa philosophie. Comme le prouve évidemment cet article. Et sinon, merci de me citer tout plein de travaux de science économique et autres sciences, mais est-ce trop complexe de comprendre qu’économie et philosophie sont deux disciplines parfaitement distinctes ?

          • À mon avis, non. La philosophie est l’information au sujet de l’information, la discipline la plus fondamentale à toute action humaine.

            Les dernières découvertes dans les aspects les plus fondamentaux de la matière et de l’univers nous amènent justement vers une métaphysique où le phénomène et le noumène se confondent dans des structures d’informations intriquées en fractales. De l’assemblage des molécules organiques à la transmission des gènes, des civilisations de stromatolithes aux colonies de fourmis, la société humaine, la justice et l’économie sont certainement indissociables… avec tout le reste.

            C’est d’ailleurs le propre de l’approche par pensée complexe: si vous devez traiter quelque chose séparément, vous faites erreur.

    • Votre texte comporte des sections enrichissantes. J’ai fait le troll sur le goût de la finale.

  • Personnelement je penses que la vision kantienne du droit s’aproche le plus possible de la vérité, mais elle est souvent pris dans le mauvais sens. Ainsi c’est la faculté humaine d’être apte à la raison qui rend l’impératif moral valide et donc le droit.
    Hors je pense que le droit ne peut se définir de façon universelle, en tous cas dans une philosophie ou l’on à évacuer l’idée d’un dieu créateur. L’idée d’absolue me gène dans cette philosophie.
    Je préfère ne pas me référer à la raison pour établir la notion de droit et partir du relativisme. En effet, cela signifie que l’homme « mérite » des droits parce qu’il a une faculté supérieur à l’annimal. Cela me parait assez arbitraire comme argument pour une philosophie qui se veut universelle (et donc scientifique).
    La notion de droit n’a de sens qu’au seins d’une société. Un « sauvage » (terme non péjoratif) vivant seul dans la jungle n’a aucun droit, tous simplement parce que cette notion n’a pas de sens pour une personne seul.
    Ce sont les intéractions sociales entre humains qui nescessite la mise en place d’un droit pour chacun. Et c’est la que l’impératif moral prend sa valeur. Ainsi dans l’histoire les différents « droits » édicté par les sociétés humaines furent plus ou moins juste et donc plus ou moins morales. Il appartient donc à l’humanité, si elle veut être « morale » (ce qu’elle ne fut pas dans le passé, cf : esclavage) d’édicter un droit juste et égal pour tous. Cela part du principe que la « justice » est un choix humain, et non un impératif divin.
    Et j’estime que c’est dans la philosophie libéral que l’on s’aproche le plus de cette moralité.

  • La filiation de v. Mises depuis Kant était évidemment clairement avouée au point que Mises entendait dès l’abord partir de là ou Kant s’était arrêté.
    Quant à Rothbard, malgré toute son érudition il me semble qu’il restait très attaché au point de vue de son maître à penser. Tout n’est donc pas perdu.

    Il manque encore une conclusion peut-être? Si la liberté n’est pas le droit. Si l’économie de la société civile est l’Etat… quel peut être le domaine d’action privilégié des libéraux contemporains?

    Pour Arendt, dont certaines critiques étaient proches de celles de M. Biteau, l’objectif de la politique c’est la reconnaissance d’une frontière entre le public et le privé il me semble…

  • « Le libéralisme classique ne peut pas ne pas être favorable à l’État, car le droit y est conçu comme une puissance illimité qui doit être maîtrisée et contrainte, d’où le rôle nécessaire de l’État. »

    C’est la question que pose les libertariens aux minarchistes finalement : Comment peut-il y avoir une séparation effective des pouvoirs s’il y a monopole légal de la violence ?

    S’il y a monopole qu’est-ce qui va contraindre ce qu’on vous désignez comme « puissance illimité » c’est-à-dire plus précisément l’extension toujours plus grande (que nous observons très bien en France à un point effrayant) du pouvoir des gens qui ont instauré le monopole. Et le pouvoir finalement c’est forcer les gens à faire ce qu’il n’ont pas envie de faire et puis de venir dire la Loi c’est la Loi et elle est forcément légitime puisque c’est la Loi. Il suffit de constater le nombre de fois ou on entend des gens qui repète en boucle des phrases comme « Le racisme n’est pas une opinion c’est un délit ! » pour constaté l’extension toujours plus grande de la nécessaire légitimité du monopole légal. Noyez systématiquement la légitimité sous la légalité.

    J’avoue que plus je pense à cette question du monopole légal de la violence plus je suis perdu sur ma vision des choses.

    La question terriblement épineuse pour les libertariens c’est la question de la non reconnaissance de la légitimité, dans les conflits, de plusieurs systèmes juridiques privés par certains individus. Le vide institutionnel et normatif d’une société libertarienne d’où émergerait plusieurs entités qui serait en concurrence parce que seule la concurrence matérialiserait effectivement le contre pouvoir qu’aucune des institutions de l’Etat ne saura remplacer puisque étant monopolistique par la coercition.

    La question terriblement épineuse pour les minarchistes c’est que les minarchistes disent : certes il faut que les individus disposent de recours en cas d’interruption arbitraire de l’Etat mais comment l’individu peut disposer de véritable recours s’il ne peut que se tourner vers une autre institution de l’Etat qui a le monopole sur la reconnaissance des dites institutions et du monopole légal de la violence.

    J’aimerai bien qu’Aurélien dont les articles sont toujours très intéressant parce qu’ils se fondent dans l’Histoire m’ éclaire là dessus ça m’évitera de longue masturbation intellectuelle ^^

    • Vous soulevez une difficulté importante de la philosophie libertarienne : les minarchistes sont obligés d’admettre que l’Etat est un mal, même s’il peut être un moindre mal, et effectivement, la difficulté est de contenir l’Etat dans les limites qu’on veut lui fixer. Or c’est le problème du droit libertarien que de ne pas pouvoir imposer des barrières réelles. Une constitution, ça ne vaut rien. C’est du papier.

      De l’autre côté, les anarcho-capitalistes qui se fondraient sur le principe de non-agression de Rothbard ne peuvent pas espérer l’exécution nécessaire de ce principe lorsque l’Etat disparaît : la concurrence des tribunaux privés, des droits privés, peut reposer sur tout autre chose que les principes libertariens du droit naturel. L’anarcapie à la Rothbard n’est donc qu’une utopie, qui peut très bien être réalisée par une communauté, mais le haut niveau d’exigence de cette utopie, son idéalisme et rationalisme irréalistes, risquent bien de décevoir ou de fanatiser, comme dans toute utopie qui se respecte – ce qui encore une fois n’empêche pas sa réalisation par des communautés (les libertaires y arrivent bien, comme à Christiania au Danemark). Une meilleure voie pour l’anarcapie, ce serait le droit de Leoni et d’Hayek, beaucoup plus réaliste et ouvert à la concurrence des droits : c’est du moins une perspective mieux descriptive de ce qui peut se passer sans Etat.

      Pour ce qui me concerne, et je ne donne là que mon opinion personnelle, je trouve le problème mal posé par la philosophie libérale-libertarienne : l’Etat est le produit de la philosophie du droit naturel comme droit de l’état de nature, il est le produit d’une rationalité particulière du droit. Rester dans le champ de cette rationalité risque de ne pas nous faire voir que le problème n’est pas l’Etat, mais ce qui constitue la cause de l’Etat, sa raison d’être : le problème est le type particulier de raisonnement qui oblige à penser l’Etat. A mes yeux, il faut donc prendre du recul vis à vis de ce genre particulier de rationalité : retrouver dans d’autres philosophies des conceptions plus riches et plus limitatives du droit, du pouvoir, du gouvernement. C’était l’objet de mon dernier article sur la gouvernementalité, c’était l’objet de cet article sur le droit naturel. Et pour répondre à Dexter, il faut selon moi cesser de confondre liberté et droit, ce qui ne signifie pas qu’il faut abandonner la défense de la liberté : mais pour ce faire, il faut avoir une compréhension bien plus riche du pouvoir, beaucoup plus réaliste en vue de mieux saisir la profondeur de la liberté, et voir que le pouvoir n’est pas seulement soustraction et obligation, mais aussi norme positive, production de comportements, etc.

      • « et voir que le pouvoir n’est pas seulement soustraction et obligation, mais aussi norme positive, production de comportements, etc. »

        Qui ne le voit pas? Si on rejette justement l’aspect norme positive, c’est bien qu’on l’a vu, non?

        Je crois que la vision de beaucoup de libéraux est que le rôle du pouvoir est de décourager et d’empêcher une certaine sorte de comportements néfastes (ceux qui contreviennent aux droits), et de ne surtout pas agir sur les autres (les comportements néfastes qui ne contreviennent pas aux droits et toutes les sortes de comportements vertueux).

  • Je remercie l’auteur pour cette série d’articles très instructive, bien que légèrement trop orientée sur la défense de la philosophie aristotélicienne.

    J’ajouterai une petite petite précision sur les défenseurs modernes du droit naturel qui ferait de la « novlangue ».
    On ne peut pas assimiler un ensemble disparate d’auteurs qui malencontreusement et progressivement se réapproprient certains mots jusqu’à en changer le sens initial, et une idéologie qui conçoit le langage comme étant un simple instrument de manipulation des pensées qu’il faut dénaturer de manière concertée et coordonnée pour réaliser la dictature du prolétariat.

  • Bonjour,

    Après avoir lu vos post sur le sujet du droit naturel je pense mieux le comprendre (je partais de zéro).

    Les questions qui me viennent sont:

    – Le droit qui est utilisé aujourd’hui en France et sans doute ailleurs a t’il un nom à contrario de « naturel »?
    – Y a t’il des pays dont le droit se rapproche de vos définitions ?
    – Quels seraient la différence pour les justiciables en France par exemple de l’adoption d’un droit naturel ?

  • Les commentaires sont fermés.

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