« 49 jours pour devenir un vrai militant anti-écolo » d’Olivier Griette

anti-écolo

Un livre désopilant à ne pas mettre entre les mains des écolos ou anti-écolos sectaires.

Par Francis Richard.

anti-écoloQuand je lis une œuvre satirique, comique ou humoristique, bien faite, je me demande si c’est du lard ou du cochon. Comme lorsque j’écoute certains sketchs de Pierre Desproges ou de Coluche. Alors, je me résigne à ne pas bouder mon plaisir de rire, sans trop me préoccuper si un message se cache derrière la satire, le comique ou l’humour.

Pour rire en lisant le dernier livre d’Olivier Griette, il n’est donc pas besoin d’être militant écolo, c’est-à-dire Khmer vert, ou militant anti-écolo. Il suffit d’être réceptif à la caricature qu’il fait des outrances de l’un ou de l’autre.

Le livre commence par un test et finit par un autre. Il s’agit de savoir au départ comment se situer et à l’arrivée si les 49 leçons, une par jour, auront permis de faire bouger les lignes.

Exemple de question à choix multiple du test de début :

Une « décharge sauvage », c’est :
a) un lieu de dépôt de déchets illégal,
b) un espace de liberté,
c) un choc électrique de fort voltage.

Et de question à choix multiple du test de fin :

Le compost, c’est :
a) un engrais naturel que je peux moi-même fabriquer avec des végétaux ou mes ordures ménagères,
b) un tas d’ordures en décomposition qui attire les pires vermines (taupes, souris, rats, Khmers verts),
c) un billet de train usagé ?

À chaque jour suffit sa peine et chaque jour comprend un texte indiquant quelle action mener, suivi d’une note de performance d’une à trois étoiles, d’une remarque sur le risque encouru et une autre sur la difficulté de mise en œuvre. La plupart du temps un encadré suit, où est donnée la parole à un spécialiste. Enfin, pour aller plus loin, un conseil de lecture ou de jeu vidéo est donné.

Les noms des spécialistes ou des auteurs de référence sont construits à partir de jeux de mots laids, assez potaches :

  • les avocats s’appellent Lelay-Abouyir, Dulin-Zaséché,etc.
  • les docteurs, Laure Maune de Croix-Sens (pédopsychiatre à Neuilly-sur-Seine), Anna Augastrick (service de gastro-entérologie obstétricale, hôpital Lary Boisière, Paris), etc.
  • les professeurs, Hans Streaming (ancien interné des hôpitaux de Paris), Adamo Kham-Elia (neuropsychiatre, ancien interné des hôpitaux de Paris), etc.
  • les écrivains, Fedor Mirlegoss, Djémila Biéhrr-Aufray, Ray Auburn War, Omar del Vaj, etc.
  • le patrouilleur de service (il est beaucoup question d’automobiles), Yvon Letazé…

Autant dire qu’Olivier Griette ne se prend pas au sérieux… et qu’on ne le lui demande pas.

Au 18e jour, la leçon s’intitule: « J’explose un radar », le radar relevant d’une « politique d’entrave à la libre circulation des biens et des personnes » : « Tout comme un amoureux de la nature se doit de planter au moins un arbre dans sa vie, tout vrai militant anti-écolo se doit de détruire au moins une fois un radar durant son existence. » La performance est notée *** quand il est détruit à la masse en acier. Le risque, c’est 45.000 euros. La difficulté, c’est d’utiliser la masse en acier pour mériter les ***, plutôt que l’explosif (*) ou la voiture bélier (**)…

Au 25e jour, la leçon s’intitule « Je multiplie les éoliennes sur ma commune » : « Non seulement les éoliennes parviennent à convertir les derniers espaces naturels en paysages industriels (une véritable pollution visuelle qui s’étend à plus de dix kilomètres à la ronde), mais de plus, elles ne présentent aucun intérêt, ni économique, ni énergétique, ni écologique : elles sont absolument parfaites. »
Performance: ***
Risque : vivre le pire des cauchemars (être pris pour un écolo).
Difficulté n°1 : expliquer aux écolos que vous êtes anti-écolo.
Difficulté n°2 : expliquer aux anti-écolos que vous n’êtes pas un écolo.
Difficulté n°3 : continuer à savoir ce que vous êtes vraiment.

Au 39e jour, la leçon s’intitule : « Je deviens un accro de l’apocalypse » : « Si la fin du monde est toute proche, comment les écologistes peuvent-ils encore justifier des actes aussi dérisoires que celui de trier des déchets, éteindre la lumière ou économiser l’eau ? La nature elle-même vous donne raison de gaspiller (au plus vite) les dernières ressources d’une cocotte-minute sur le point d’exploser. »
Performance: **
Risque : attendre l’apocalypse (très, très) longtemps.
Difficulté : faire preuve d’une (très, très) grande patience.

Pierre Desproges, cité plus haut, disait : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. » C’est pourquoi je dis aux futurs lecteurs de ce livre désopilant : « Écolos ou anti-écolos sectaires, s’abstenir ! »

Olivier Griette, 49 jours pour devenir un vrai militant anti-écolo, Xenia, 2013, 152 pages.