Après la génération 68, la génération Peter Pan

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Le Gouvernement souffrirait-il du syndrome de Peter Pan ou est-ce la société tout entière ?

Par Louise Alméras.

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Peter Pan est la figure de l’éternelle jeunesse, la croyance nécessaire et impérissable que tout est possible, qu’il suffit de choisir et d’y croire pour que le rêve devienne réalité, Peter Pan c’est aussi la jeunesse sans sexe défini, la vie encore asexuée où la notion de plaisir est encore au niveau des loisirs et du jeu, de l’innocence dans le monde de l’imaginaire. Aucune responsabilité de l’identité n’est engagée tant que cet état est durable. Il est le refus de grandir, celui du passage de la puberté ou, comme il peut être pratiqué dans d’autres sociétés, le refus du rite initiatique qui amène vers le monde. Il est le refus de la liberté et de la responsabilité.

Le syndrome de Peter Pan

Les délibérations politiques ne parlent que, d’un côté, de crise idéologique, de fracture sociale, et de l’autre de progrès. Mais elles oublient de parler de la crise d’identité, celle que nous renvoie le gouvernement qui la subit.

Alors, le gouvernement souffrirait-il du syndrome de Peter Pan ou est-ce la société tout entière ? Ce syndrome, qui procède du souhait de nos gouvernements d’endormir les populations, ne serait-il pas le symptôme d’un monde indifférencié et régulé en ce sens ? Qui donc en est responsable ? Qui veut en répondre ?

Comme il sera aisé à l’Union européenne, et ses oligarques, d’imposer son plan pour l’avenir et sa vision de l’homme, après avoir installé cette « idéologie du genre1», après avoir propagé cette pathologie à tous, sous prétexte d’égalité, en France, puis dans les autres pays. Comme il sera simple de dire telle chose pour qu’elle devienne vraie, sans être taxé de mensonge. Comme il sera confortable de créer l’identité de l’homme nouveau au sein de sociétés asexuées. Nous avons déjà subi la féminisation du pouvoir et des hommes, cela n’a pas suffi. Désormais il nous faut prôner la neutralité, le reniement des identités, pour pallier le problème des différences naturelles. Si les homosexuels se satisfont d’être mis sur le même plan que les hétérosexuels, alors ils ont perdu la bataille de leur différence, ils se sont alignés sur le statut du plus grand nombre. N’enseigne-t-on pas dans le domaine du droit, et toujours davantage, qu’à chaque cas différent il convient de trouver une solution différente et adaptée ? On revendique aujourd’hui politiquement un homme nouveau du XXIe siècle, qui serait, nous dit-on, l’héritier de l’unité européenne et mondiale, et que des autorités transnationales devraient maintenant imposer par la force. Un vœu pieux et honorable. Car l’unité entre les hommes, c’est-à-dire l’humanisme si l’on s’en tient à la tradition et à ses précurseurs, n’évoquait pas ce genre d’égalité factice.

« Ce n’est pas nous ! »

Autrefois, et il n’y a pas encore si longtemps, les grands esprits humanistes comme Érasme et Stefan Zweig se battaient pour une profession de foi en faveur de l’unité spirituelle de l’Europe. Ils subirent la défiance, sinon l’expulsion, comme pour Zweig. Celui-ci écrivait dans un texte intitulé En cette heure sombre2:

 Autant nous nous sentons dégagés de toute responsabilité des méfaits commis aujourd’hui au nom de la culture allemande, autant l’ombre de ces actes pèse mystérieusement sur nos âmes. Car pour vous, mes autres amis européens, c’est plus facile. Face à ces mesures cruelles qui portent atteinte à la dignité de l’homme, vous pouvez du moins dire avec fierté : « Ce n’est pas nous ! C’est un esprit étranger, une idéologie étrangère3! »

rlh - peter panMais aujourd’hui ce n’est plus possible, nous sommes tous responsables, puisque nous sommes tous européens ; l’imputation à tel ou tel camp, à tel ou tel pays, n’est plus de mise, puisqu’on a effacé leurs différences, leurs frontières. Nous devons donc chercher ailleurs. Et cet ailleurs se trouve tout près de nous, il est partout, à côté, derrière, au-dessous, mais pas au-dessus. C’est l’esprit républicain, puis l’idée du genre, à l’école, dans la presse, à la télévision, et bientôt dans les livres, le lieu sacré des créateurs et des esprits libres.

Beaucoup de responsables, et personne ne semble l’être dans le même temps. La centralisation des prérogatives publiques s’accompagne d’un affaiblissement des libertés individuelles dans un modèle désormais incontournable qui euthanasie ce qui devrait être un droit à la différence pour soi, un choix libre, invisible à l’État et incontrôlé par lui.

Peter Pan se réjouit d’appartenir à un autre monde, imaginaire, où la réalité n’a plus de prise sur lui. Il parle avec une fée éclairée, qui n’existe que pour lui, et les autres – les adultes – sont des pirates, ils ne vivent pas comme lui, ne croient pas aux mêmes choses. Lui ? Qui est-il donc pour commander aux hommes et aux événements le degré de leur vérité ?

L’État peut donc fermer les yeux sur beaucoup de choses et continuer à œuvrer pour convertir le monde à ses croyances, pour créer son homme nouveau qui n’a rien à voir avec l’homme dont rêvaient les maîtres humanistes. Mais il ne pourra jamais modifier les âmes ni même les capturer, et pour avoir la foi des fidèles, il faut toucher leurs âmes. Et enfin, pour les rallier vraiment, il faut leur parler de la vérité, qui se trouve dans la réalité de toute chose. Un homme est une réalité, une femme en est une autre, de toute éternité. Et l’ordre qui les régit est au-dessus de la société, là où les caméras sont inutiles, les journalistes de même. Un enfant qui naît à cette heure a plus besoin de cet ordre que la société, pour devenir adulte, et ne pas croire que le monde de l’imaginaire est plus réel que ce qu’il vit. Il naît, fille ou garçon, handicapé, artiste ou homosexuel, en sachant qu’il pourra compter sur la société, sur le droit, pour être protégé quel qu’il soit, reconnu dans sa différence et non pas nié dans sa réalité pour être fondu dans la masse. C’est cela le respect de la liberté.

  1. Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les hommes et les femmes. L’expression « théorie du genre », est essentiellement employée par ceux qui contestent la scientificité des études faites sur le genre.
  2. En cette heure sombre, de Stefan Zweig, traduit par Isabelle Hausser, Librairie Générale Française, La Pochothèque, 1996, p. 1271.
  3. Ce texte est un message de solidarité au nom des écrivains allemands en exil pour la réunion du Pen-Club américain. Il fut prononcé le 15 mai 1941 à New-York et publié le lendemain dans Aufbau à New-York.