Made in France, E7 : « Vous n’avez pas le doigt ! »

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Made in France, E7 : « Vous n’avez pas le doigt ! »

Publié le 14 mars 2014
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Tranches de vie ordinaires en République Démocratique (et Populaire) Française, imaginées mais pas dénuée de réalité – Épisode 7 : « Vous n’avez pas le doigt ! »

Par h16 et Baptiste Créteur.

La sécurité, en France, ça ne rigole pas, ça concerne tout le monde, à tout âge et en tous lieux. D’ailleurs, toutes les précautions ont été prises afin que le cercueil soit correctement capitonné, et il va de la bonne coopération de tous ses habitants pour que ça reste ainsi !

Y compris pour Najat.

Et là, comme on est dimanche, Najat ne travaille pas : les syndicalistes ont eu gain de cause au tribunal et obtenu que l’enseigne où elle est salariée ferme pour le Jour du Seigneur malgré une volonté forte des salariés d’accumuler les dimanches payés double. En vertu de quoi, au lieu de se faire exploiter plus pour gagner plus volontairement, Najat jardine en taillant mollement la haie de son jardin afin de l’amener aux normes municipales ; la commune fait en effet partie du cercle fermé et prestigieux des Villages Fleuris et chaque habitant se doit de contribuer au rayonnement floral de la ville.

La tranquillité du dimanche sera brisée par l’horrible nouvelle à la radio, dont le bruit n’est pas totalement couvert par le taille-haie de Najat : la septième Première Dame vient d’être mise à la porte de l’Élysée car le président a jeté son dévolu sur une huitième, une ex-chanteuse qui tente péniblement de devenir mannequin.

Le petit cœur d’artichaut de Najat est surpris, son bras flanche, sa main tremble, fait un faux mouvement et là, c’est l’accident : un doigt tombe, inerte. Ton doigt, Najat !

Heureusement, Najat a suivi un stage de secourisme auprès des sapeurs-pompiers volontaires de Mougins, quand elle était en vacances dans le Sud, il y a quelques années. Elle se souvient des « gestes qui sauvent » et, ni une, ni deux, ramasse le doigt, le place dans un petit sac plastique et le tout dans un bol rempli de glaçons qu’elle gardait pour l’apéritif, et bondit aussi vaillamment que possible dans sa voiture alors que la douleur pulse à présent dans sa main estropiée.

Le généraliste du village a pris sa retraite le mois dernier, et entre le numerus clausus et l’absence de liberté tarifaire, il n’a pas été remplacé. Et puis, espérer trouver autre chose que des fleurs et des haies bien taillées dans la commune ce dimanche, c’est rêver éveillé, ce qui ne risque pas d’arriver à Najat dont l’adrénaline a fait un bond. Il n’y a pas à tortiller, il va falloir « foncer » à l’hôpital, au volant de sa voiturette citadine écologique toute neuve, ni polluante, ni rapide, ni Made In France, achetée grâce à la prime à la casse dont elle a pu bénéficier pour son ancienne voiture, bien française celle-là, mais très cracra-polluante.

C’est donc avec la vitesse modérée par la puissance relative du moteur hybride et la volée de panneaux de limitations à 30 km/h que Najat s’élance sur la route. La commune est en zone 30 car elle fait partie d’un département pilote où l’on a enfin choisi de s’attaquer aux fous du volant, ceux qui roulent à 35 voire 40 km/h en ville, et qui frôlent sans hésiter le 90 sur les départementales avoisinantes dont les lacets paresseux ne permettent de toute façon pas d’atteindre une vitesse à trois chiffres. Et puis de toute façon, Najat le sait : la vitesse tue. Dès lors, pas question pour elle de faire le moindre excès de vitesse, doigt ou pas doigt. « Le civisme est comme le fisc, il n’admet pas d’exceptions », plaisante souvent l’adjoint au maire en charge de la prévention des risques induits par l’incivisme routier. Adjoint dont elle s’est un peu entichée à la précédente campagne électorale, en collant des affiches avec lui, ce qui l’incite niaisement à respecter ses principes à la lettre.

hopital chinchin

Il ne faudra qu’une heure trente à Najat pour parvenir à l’hôpital dont les urgences sont malencontreusement surchargées.

Au lot habituel d’individus interlopes qui cherchent à obtenir une visite médicale gratuite ou un lit et un repas moyennant quelques maux pas toujours clairement identifiés, s’est ajoutée une foule anormale à cet endroit et à ce moment : une manifestation contre la nudité à l’école a mal tourné et des familles, enfants compris, ont afflué aux urgences pour des yeux irrités et poumons encombrés. Un père de famille, qui a bêtement essayé de franchir le cordon de CRS pour rentrer chez lui, présente quelques fractures médicalement intéressantes. Un adolescent, ayant eu le malheur de manger une banane en portant un bonnet rouge, accumule des contusions aux bras suite à un contrôle policier assez poussé. Une quinquagénaire, portant un t-shirt publicitaire d’une mutuelle d’instituteurs (« La MACIF pour tous ») a été aspergée de gaz lacrymogènes et ses yeux refusent de s’ouvrir.

Dans le hall d’attente, en retrait de la cohue que constitue la masse gémissante de manifestants bousculés, il ne reste que deux places assises de libre, et malgré l’odeur très prononcée d’ammoniaque de la masse humaine endormie à côté, Najat prend place et se décide à attendre sagement son tour. Elle espère intérieurement que la douleur, qui continue de grandir en pulsant dans son crâne, ne lui donnera pas trop la nausée. Le mouchoir, placé sur son moignon, est maintenant totalement imbibé de sang. Quelques gouttes tombent au sol dans un « ploc » gras. Deux heures, peut-être trois (Najat n’est plus tout à fait consciente) s’écoulent avant qu’un interne — pas aussi beau que Georges Clooney au grand désarroi de Najat, la trouvant un peu pâlotte, ne constate la gravité de sa blessure et décide de la prendre en charge plus rapidement.

En tentant d’aider la blessée, l’interne fait tomber le bol des mains de Najat, qui n’en a décidément pas. Le bol, l’eau, devenue tiédasse, et le petit sachet contenant le doigt s’écrasent au sol. Le doigt s’échappe du sac. Najat, épuisée, perd conscience.

Najat se réveillera quelques heures plus tard, confuse, la bouche pâteuse et la main lourdement pansée. Elle croit distinguer l’esquisse de cinq doigts dans le nuage de gaze épaisse qu’elle agite devant ses yeux encore un peu troublés par les relents d’anesthésie. Le chirurgien, fatigué par 48 heures de garde en deux jours, passe quelques minutes après son réveil pour lui expliquer, en quelques phrases pressées avant de repartir visiter d’autres patients, qu’elle ne retrouvera jamais le plein usage de son annulaire, resté trop longtemps à mariner dans son jacuzzi microbien, et puis quelle idée de faire du jardinage un dimanche, non mais franchement et prenez bien les antibiotiques prescrits là et là, et vous pourrez sortir demain matin.

C’est ballot. Après avoir perdu le droit de rouler à 90, Najat a perdu son doigt en roulant à 80.

Cette histoire vous rappelle des cas que vous avez connus ? Vous lui trouvez une résonance particulière dans votre vie ? N’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ci-dessous !

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  • Très drôle et Ô combien « pas si faux » !

    Notez qu’avec ses émoluments actuels, payés grassement avec des tombereaux de déficits publics, elle aurait quand même pu se payer un jardinier titulaire du RSA, non ?

    Et puis, c’est tellement « du vrai », au moins à Calvi (en Balagne – « Corsica-bella-Tchi-tchi ») que l’hôpital de jour local, quand il a s’agit de soigner la main du « cousin Dumè » abîmée en semaine dans ses vignes, il a fallu attendre l’hélicoptère venant de Bastia.
    Au bout de deux heures de souffrances, une vaste tâche de sang plus tard, c’est le « cousin Ange », mécanicien dans le civil, qui l’a recousu…
    Après, « Dumè » a été évacué à la Timone en avion sanitaire, parce qu’à Bastia, ils ne savaient pas faire, histoire de creuser le déficit de la « Sécu »…
    Et il est revenu le lendemain à ses frais, bien sûr, par le ferry qui l’a posé à Ajacciu.
    Trois heures de route pour un aller-simple d’un « cousin-Natio-dans le civil » qui traînait par-là !

  • Très très bon. C’est tellement rare de rigoler un bon coup aujourd’hui. De plus il se trouve que j’etais aux urgences récemment. Heureusement ça c’est bien passé.

    Pour les glaçons, il ne faut surtout pas faire ça. Il faut isoler le doigt de l’eau et du froid qui peuvent endommager les vaisseaux sanguins. Un sac, une chaussette, puis des glaçons.

    Pour la vitesse, il faut etre con. Dans mon cas, les roues ne touchaient plus le sol.

    • « Un sac, une chaussette »… une capote peut-être pourrait faire l’affaire mais que dit le côran à ce sujet ?

      • Pour un doigt, en effet une capote semble bien. Encore que, en tant qu’homme marié, c’est plutôt des sacs de couches plein de merde que j’ai en stock.

        Quant au co-truc ?! J’avoue ne pas avoir envie d’en faire la lecture. J’avoue avoir essayer de lire la bible (un cadeau de France loisir), mais franchement, c’est un peu limite.

        Qui croit encore aux eaux qui s’écartent, les humains qui marchent sur l’eau et revivent. (À part Hollande, peut être)

  • Toujours aussi pertinent….et drôle! Une détente de vous lire même si les sujets sont pas toujours comiques
    Puisque vous parlez du fisc une anecdote – vraie ! En basse Normandie (où certains professionnels du droit vous diront que la loi applicable dans le reste de la France n’est pas encore arrivé jusqu’ici!! sic). En Basse Normandie, disais-je, le fisc a trouvé un moyen de faire du chiffre -en plus – pour combler notre déficit déjà lourd! J’explique : les impôts fonciers (TH) vous arrivent avec la majoration de retard de 10% d’office. Quand vous leur expliquez que vous n’avez pas reçu l’avis initial! Gentiment on vous fait comprendre que si vous avez reçu la majo vous ne pouvez pas ne pas avoir reçu le courrier précédent et circulez y a rien à voir!..Pas mal comme combine pour avoir de l’avancement…Sauf qu’une centaine de personnes étant « concernées », le trésor public commence à se demander où cela a merdu…et si finalement les cons tribuables ne commençaient pas à être moins dociles…voire en passe de contester..On n’est pas foutu tant qu’on ne se laissera pas faire!!

  • Un court instant j’ai cru que les urgences seraient fermées le dimanche (pour le bien-être des enfants de ceux qui travaillent ce jour-là …)

  • LOL – Si vous vous coupez le doigt à Mougins vous allez à la Fontonne (Hôpital Antibes) et la scène décrite n’est qu’un pieux rêve car dans la réalité vous sortez les pieds devant, un doigt, le trou !
    des articles comme ça tous les jours, ça me va !

    • Homo-Orcus, heureusement si François H. se coupe le doigt dans sa villa de Mougins, on le transportera bien vite par des moyens démesurés dans un hôpital militaire où il recevra les meilleurs soins.

      Ouf : il a failli faire connaissance avec la vraie vie.

  • Ca lui coûte un doigt, ça nous coûte un bras.

  • Merci, j’ai bien rigolé. Un peu nerveusement avec les zones à 30 mais ça m’a réconfortée de savoir que je n’étais pas la seule à trouver ça insupportable.

    • Non, juste impossible. J’essaye même sans enclencher de vitesse, ça le fait pas. Y a pas, il me faut une voiture électrique !

  • mm pas sur que le libéralisme ait sauvé son doigt.
    Je vois d’ailleurs pas bien le rapport avecla choucroute. C’est de la littérature? Une fable de la fontaine?

    Je trouve pas ca tres efficace; un étranger arrivant sur ce site – une cible prioritaire a convaincre donc – risque de prendre les libéraux pour des allumés, a travers ce genre d’article.

    Attention a l’allumage!…

    • non au contraire c’est un article plein de bons sens et de vérité … on en a besoin face a ces salot de socialos qui tentent de nous manipuler .. .comme une secte, juste pour garder leurs avantages volés sur le dos des peuples ..

  • Il ne faut surtout pas oublier que les interventionnistes sont de véritables spécialistes de la diminution des libertés, au même titre que vous êtes vous mêmes messieurs, les gardiens de celle ci. Or avec des arguments creux comme la dernière phrase, vous n’allez pas pesez bien lourds face aux experts de la route notamment qui vont vous expliquer (à juste titre) que sur 100 kms parcourus sans aucun arrêt Najat aurait gagné à peine 7 minutes. Si elle avait rencontré un feu ou un stop, le différentiel aurait encore chuté, puisque le temps moyen de parcours va se rapprocher d’une vitesse de croisière à l’autre. En revanche, elle risquait bien de perdre son doigt aux urgences effectivement après des heures d’attente, en rencontrant un personnel abruti de travail avec tous les malheureux ne pouvant plus se payer le luxe d’une consultation qui viennent se jeter en désespoir de causes à la cour des miracles et confrontée à un système profondément désorganisé suite à l’application des 35 heures etc……
    Si je peux me permettre un conseil, les étatistes s’ils sont arrivés à massacrer le pays au point ou il se trouve, alors que la France au regard de ses atouts devrait être la première puissance économique mondiale (ou pas loin), sont tout sauf des amateurs, ne les mésestimez surtout pas dans notre combat pour la défense de la liberté et de la vérité et de tout le bien être qui pourrait en découler le jour ou elles triompheront du socialisme.

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