Plaidoyer pour l’Union Européenne

Drapeaux européens (Crédits TPCOM, licence Creative Commons)

On cherche aussi en vain le projet politique alternatif poursuivi par les eurosceptiques si ce n’est le démantèlement de l’acquis communautaire et le repli fantasmé sur des politiques nationales

Par Élisa Matton.

Drapeaux européensSelon une étude du Pew Research Center, 59 % des Français auraient une « opinion défavorable » de l’Europe. Quand on cherche à comprendre les raisons de cet état de défiance de l’opinion française vis-à-vis de l’Union Européenne, il faut avouer qu’il est très difficile de les cerner précisément. Bruxelles serait-il à l’origine de la crise financière de 2008 ? Bien sûr que non, l’épicentre se trouvait outre-Atlantique et, si l’Europe a été touchée, c’est parce que les plus gros centres financiers de la planète étaient tous depuis longtemps connectés entre eux. L’Union est-elle à la source de la crise de la dette qui affecte certains Etats européens ? Là aussi la réponse est négative, car ce sont bien des exécutifs nationaux, drapés dans leur souveraineté, qui ont mené des politiques d’endettement irresponsables au mépris des traités européens et notamment celui de Maastricht. Les peuples européens devraient plutôt être redevables aux institutions européennes, et en premier lieu à la BCE, d’avoir éteint les incendies et créé les instruments qui ont permis la stabilisation de situations extrêmement périlleuses.

Les griefs de l’opinion française contre l’UE ne peuvent résulter que d’une confusion et d’un amalgame entre les politiques économiques et financières nationales pratiquées par un gouvernement français qui atteint des sommets d’impopularité et la ligne suivie par la Commission Européenne. Mais quoi de commun entre elles ? D’un côté, des dirigeants qui peinent à reprendre le contrôle de la dépense publique et abusent du levier fiscal et, de l’autre, des responsables européens, adeptes des règles de bonne gestion, qui prônent une baisse et une meilleure allocation des dépenses de l’Etat. C’est toute la différence qui existe entre des politiciens prisonniers de leur clientèle électorale et des esprits indépendants dégagés de l’emprise du court-terme et des groupes de pression. Les citoyens français peuvent rendre grâce à l’Union Européenne de rester la gardienne du principe de réalité refoulé depuis trop d’années par ceux qui les gouvernent.

Mais il semblerait que nombre de Français font à l’UE d’autres reproches. Ainsi, l’Union ne protégerait pas assez de la mondialisation, elle serait ouverte à tous les vents et même à ceux qui soufflent en Europe même. Mais peut-on se protéger de la mondialisation ? En réalité, on ne choisit pas son terrain de jeu économique. L’illusion serait de croire qu’un pays ou un bloc de pays puisse trouver le bon ajustement protecteur qui lui permettrait à la fois de pousser son avantage sur des marchés extérieurs accueillants, et de fermer sa porte là où la concurrence aurait des chances de triompher sur son marché intérieur. Ce serait une attitude contradictoire et schizophrénique que les faits viendraient aussitôt mettre en évidence. La logique d’un tel comportement aboutirait à terme au repli pur et simple sur le seul marché national voire à une utopique autarcie c’est-à-dire à la régression et la ruine.  Le raisonnement vaut pour le marché européen : on ne peut pas écouler ses produits agro-alimentaires ou pharmaceutiques en Slovaquie, Pologne ou Roumanie et refuser la concurrence de ces pays sur d’autres secteurs. Là encore, il faut ouvrir les yeux et regarder la réalité en face : l’Union Européenne n’est pas responsable des transformations et mutations inhérentes à la vie même de l’économie.

Au bout du compte, on cherche aussi en vain le projet politique alternatif poursuivi par les eurosceptiques si ce n’est le démantèlement de l’acquis communautaire et le repli fantasmé sur des politiques nationales. Cette volonté de déconstruction et de retour en arrière ne fait pas un programme pour l’Europe. Si elle trouvait un début de concrétisation, elle mènerait droit à la fragmentation et à l’éclatement du continent, ce qui ramènerait dans le jeu, à la grande satisfaction de la Russie, les rapports de force déstabilisateurs connus à d’autres époques. Il est temps que les Européens du XXIe siècle s’aperçoivent qu’ils disposent avec l’Union d’un instrument de cohésion, de pacification et de développement qui n’a jamais eu d’égal dans leur histoire.

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