Plaidoyer pour l’Union Européenne

On cherche aussi en vain le projet politique alternatif poursuivi par les eurosceptiques si ce n’est le démantèlement de l’acquis communautaire et le repli fantasmé sur des politiques nationales

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Drapeaux européens (Crédits TPCOM, licence Creative Commons)

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Plaidoyer pour l’Union Européenne

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 février 2014
- A +

Par Élisa Matton.

Drapeaux européensSelon une étude du Pew Research Center, 59 % des Français auraient une « opinion défavorable » de l’Europe. Quand on cherche à comprendre les raisons de cet état de défiance de l’opinion française vis-à-vis de l’Union Européenne, il faut avouer qu’il est très difficile de les cerner précisément. Bruxelles serait-il à l’origine de la crise financière de 2008 ? Bien sûr que non, l’épicentre se trouvait outre-Atlantique et, si l’Europe a été touchée, c’est parce que les plus gros centres financiers de la planète étaient tous depuis longtemps connectés entre eux. L’Union est-elle à la source de la crise de la dette qui affecte certains Etats européens ? Là aussi la réponse est négative, car ce sont bien des exécutifs nationaux, drapés dans leur souveraineté, qui ont mené des politiques d’endettement irresponsables au mépris des traités européens et notamment celui de Maastricht. Les peuples européens devraient plutôt être redevables aux institutions européennes, et en premier lieu à la BCE, d’avoir éteint les incendies et créé les instruments qui ont permis la stabilisation de situations extrêmement périlleuses.

Les griefs de l’opinion française contre l’UE ne peuvent résulter que d’une confusion et d’un amalgame entre les politiques économiques et financières nationales pratiquées par un gouvernement français qui atteint des sommets d’impopularité et la ligne suivie par la Commission Européenne. Mais quoi de commun entre elles ? D’un côté, des dirigeants qui peinent à reprendre le contrôle de la dépense publique et abusent du levier fiscal et, de l’autre, des responsables européens, adeptes des règles de bonne gestion, qui prônent une baisse et une meilleure allocation des dépenses de l’Etat. C’est toute la différence qui existe entre des politiciens prisonniers de leur clientèle électorale et des esprits indépendants dégagés de l’emprise du court-terme et des groupes de pression. Les citoyens français peuvent rendre grâce à l’Union Européenne de rester la gardienne du principe de réalité refoulé depuis trop d’années par ceux qui les gouvernent.

Mais il semblerait que nombre de Français font à l’UE d’autres reproches. Ainsi, l’Union ne protégerait pas assez de la mondialisation, elle serait ouverte à tous les vents et même à ceux qui soufflent en Europe même. Mais peut-on se protéger de la mondialisation ? En réalité, on ne choisit pas son terrain de jeu économique. L’illusion serait de croire qu’un pays ou un bloc de pays puisse trouver le bon ajustement protecteur qui lui permettrait à la fois de pousser son avantage sur des marchés extérieurs accueillants, et de fermer sa porte là où la concurrence aurait des chances de triompher sur son marché intérieur. Ce serait une attitude contradictoire et schizophrénique que les faits viendraient aussitôt mettre en évidence. La logique d’un tel comportement aboutirait à terme au repli pur et simple sur le seul marché national voire à une utopique autarcie c’est-à-dire à la régression et la ruine.  Le raisonnement vaut pour le marché européen : on ne peut pas écouler ses produits agro-alimentaires ou pharmaceutiques en Slovaquie, Pologne ou Roumanie et refuser la concurrence de ces pays sur d’autres secteurs. Là encore, il faut ouvrir les yeux et regarder la réalité en face : l’Union Européenne n’est pas responsable des transformations et mutations inhérentes à la vie même de l’économie.

Au bout du compte, on cherche aussi en vain le projet politique alternatif poursuivi par les eurosceptiques si ce n’est le démantèlement de l’acquis communautaire et le repli fantasmé sur des politiques nationales. Cette volonté de déconstruction et de retour en arrière ne fait pas un programme pour l’Europe. Si elle trouvait un début de concrétisation, elle mènerait droit à la fragmentation et à l’éclatement du continent, ce qui ramènerait dans le jeu, à la grande satisfaction de la Russie, les rapports de force déstabilisateurs connus à d’autres époques. Il est temps que les Européens du XXIe siècle s’aperçoivent qu’ils disposent avec l’Union d’un instrument de cohésion, de pacification et de développement qui n’a jamais eu d’égal dans leur histoire.

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  • En France l’Europe souffre surtout du manque de courage des politiques qui plutôt qu’assumer des mesures impopulaires préfèrent dire que l’Europe les impose. C’est sûr, c’est plus facile. Mais il ne faut pas s’étonner après du résultat.
    Autre problème au niveau européen : les traités mettent en place des institutions, mais les personnes qui y siègent sont nommés par des exécutifs nationaux qui refusent qu’elles leur fasse de l’ombre. Ce sont donc rarement les personnes charismatiques, capables de fédérer les peuples et de rassembler les énergies, qu’il faudrait pour des postes de président de l’union, de « ministre des affaires étrangères » ou même de président de la commission…
    Enfin, je m’interroge sur la cohérence des partis autoproclamés « eurosceptiques », qui sont très heureux de pouvoir manger la soupe européenne qui seule leur permet d’exister…

  • en europe , c’est le traité de maastricht qui plombe toute idée de sortie du marasme économique .
    ce traité interdit d’interdire la fuites des capitaux et des entreprises à l’étranger aux pays membres de la zone euro .
    d’ailleurs , il y a pas que les français qui sont devenus eurosceptiques , la grèce , l’italie , l’espagne , le portugal : enfin bref toutes les populations représentant ces états membres .
    faut arrêter l’intox qui voudrait que la zone euro et ses lois sont les gardiens du mieux vivre pour ces populations , ruinées , désespérées .

    • Ah oui, mais c’est bien sûr ! Voilà le retour du contrôle des capitaux, des entreprises, et puis demain des hommes, pour leur bien évidemment. Transformer les nations en camps de concentration demeure le fantasme de tout bon socialiste qui se respecte, peu importe qu’il soit de gauche ou de droite.

  • l’europe gage de paix !! où cela !
    depuis 1992 , l’europe n’a cesser avec le concours de l’OTAN de déclarer la guerre aux nations souveraines .
    la serbie
    l’irak
    l’afghanistan
    la ltbye
    la syrie etc..etc..

    oui en prenant du recul l’europe est gage de paix on peux dire cela comme cela .

  • L’inversion orwélienne du langage et de la pensée. La novlangue.

    Le tout ponctué de tous les poncifs creux (« repli sur soi », « peur », « l’UE c’est la paix » etc.) et de cette bouse intellectuelle à la mode chez les pseudo libéraux de salon selon laquelle l’UE serait une protection, un garde-fou contre les politiciens dégénérés nationaux.

    Etre contre l’UE, c’est être ainsi coupable de « crimethink ».

    Les eurosceptiques auraient donc une « volonté de déconstruction » de la belle UE. Et en outre, ils n’auraient aucun « projet politique alternatif ».

    !

    C’est stupéfiant.

    Qui « déconstruit » depuis 30 ans, avec obstination, contre les peuples (viols des résultats des référendums)… nos pays, nos sociétés ?

    Qui « déconstruit » depuis 30 ans nos identités et nos cultures grâce à l’hystérie immigrationniste des européistes et leurs délires d’abolition des frontières ?

    Qui ?

    Vous. Et les gens que vous servez.

    Notre projet est simple, vertueux, fort : retrouver notre liberté.

    Nous défaire du joug des crapules que vous servez, avec tant de veulerie, et si naïvement.

    Votre texte est une engeance sur ce site.

    Vous êtes la parfaite idiote utile. Une synthèse.

    • Est-ce que l’Etat-Nation, c’est mieux ?
      Je pense que l’idée de base d’une union n’est pas mauvaise en soi. L’UE ressemble bien plus structurellement à l’Empire germanique qu’à l’URSS : un Empire faible qui réussit à contenir les États.
      Maintenant, certaines choses sont néfastes comme la réglementationite aiguë de l’UE.

      • effectivement, on peut blamer la frenesie reglementiste de bruxelle, mais qui oblige à appliquer ses reglement à la lettre ? ou sont les gendarmes de bruxelle ? nulle part.
        agriculteur, je suis bien au fait des stupidité reglementaire bruxelloise, mais certains pays ne les appliquent pas, ou peu… en france, c’est le contraire, on les applique avec un zèle qui confine au arcelement. de telle manière que l’on peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux ne conserver que bruxelle, et supprimer tous les échelons administratifs intermédiaires ( que d’économies en percpèctive… )

    •  » l’hystérie immigrationniste de bruxelle-sel…  »

      ha !! si seulement on pouvait reguler l’immigration à tarascon-con…

      revient coluche !

    • Excellent ! Tout est dit !

  • L’Europe reste un projet incontournable.
    Trois voies possibles:
    – l’obstination dans la complexité et le déficit démocratique actuel
    – le démantèlement partiel, par sortie des uns ou formation d’autres groupements (la zone euro en est un)
    – la sublimation en un état fédéral (à la USA ou à la Suisse), avec institutions centrales ayant [peu de] des tâches régaliennes claires et contrôlées par les citoyens et non par les gouvernants (qui donc ne veulent pas de ça!)
    voir aussi: http://blog.mr-int.ch/?p=1073&lang=fr

  • L’UE est le résultat d’un rêve idiot : qu’en enfermant 10 idiots dans une pièce, il peut en sortir autre chose que la somme des idioties dont sont capables ces 10 idiots.

    Maintenant, vaut-il mieux avoir 10 idiots isolés ou 10 idiots rassemblés dans une union d’idiots ? Pour répondre, il faut voir de quoi les idiots congénitaux sont capables. Isolés, ils sont évidemment capables, après avoir rejeté sur leurs voisins la responsabilité de leur propre idiotie, de se taper dessus (d’où la raison d’être tout à fait officielle de l’UE : empêcher les guerres). Ensemble, ils vont immanquablement faire comme dans toutes les administrations : jouer au tire-au-flanc en espérant que les autres feront le nécessaire pour que tout se passe bien. Evidemment, ça se passe mal. Les tire-au-flanc s’offusquent d’être montrés du doigt, et rejettent sur leurs voisins la responsabilité de ne pas avoir détecté les tire-au-flanc avant la catastrophe. Une union d’idiots n’empêche aucunement ces derniers de se faire la guerre.

    L’autre question est : est-il plus facile pour la population de se débarrasser d’un seul idiot ou de toute une union d’idiots ? Là aussi, la réponse est peu évidente. Un idiot tout seul est plus faible, mais il aura toute la souplesse de l’idiot isolé pour tenter de contenir sa population. 10 idiots ensemble sont plus forts – enfin, ils se rassurent au moins l’un l’autre -, mais, étant obligés de se conformer à la doctrine de l’idiotie commune, ils se paralysent les uns les autres, restent tétanisés, et là, c’est la population qui a l’avantage de la souplesse. Union européenne et Union soviétique se sont construits de la même manière, et connaîtront des fins semblables.

  • Non, les griefs contre l’UE sont le résultat d’un fait tout simple : c’est une institution politique illisible, a démocratie plus que discutable etc. Là est le malaise. Faut pas chercher plus loin. Les gens savent que ce sont les politiques de leurs pays qui ont foiré l’économie. Le ressentiment contre l’UE c’est que cette structure a été faite en dépit du bon sens. Déjà l’UE a 2 vitesses… des gens a moitié dedans, d’autres dedans avec l’euro etc. Puis le système, la commission nommée, pas de président élu, pas de sénat… etc, bref, pas lisible. Les gens le ressentent comme un corps étranger non-démocratique qui avance dans ses projets coûte que coûte même quand les gens disent stop, cf référendum français, hollandais, irlandais. Voilà la vraie raison ! Il faut les Etats-Unis d’Europe (quitte a se resserrer sur moins de pays) ou pas d’Europe du tout. L’entre-deux c’est n’importe quoi, autant ne faire qu’un accord de libre-échange et laisser les nations tranquilles.

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