L’impôt est-il là pour punir ?

Impôts (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

69% des partisans du Labour Party voudraient un taux d’imposition à 50% sur les hauts revenus, même si ça ne rapportait pas d’argent.

Par Daniel Hannan, depuis le Royaume-Uni.

img contrepoints027 impôts

Méditez sur le graphique ci-dessous. 69% des partisans du Labour Party voudraient un taux d’imposition à 50% sur les hauts revenus, même si ça ne rapportait pas d’argent.

BfFxhYJCYAAc_JC
Bien sûr, ils contesteraient la supposition. Ils insisteraient sur le fait que cela rapporterait de l’argent. Et, ils le croiraient un peu. C’est la nature humaine de partir du résultat que l’on souhaite, puis de le rationaliser avec ce qui ressemble à des données concrètes. Je pense que leur rationalisation serait fausse évidemment – une fois que les conséquences sur les comportements face à l’impôt sont présentes, cela représente une perte nette sur les recettes – mais je pourrais avoir un biais dans l’autre sens.

Quoi qu’il en soit, mes articles ne sont pas des articles de statistiques – même si j’en ai déjà posté un sur le sujet. Non, ce sont des articles sur l’état d’esprit des gens qui voient l’impôt, non pas comme une nécessité désagréable, mais comme un moyen de punir les autres.

L’envie est une maladie ignoble, mais elle semble avoir une base évolutionniste et biologique. Le dosage varie énormément d’un individu à l’autre, mais même les nourrissons font souvent preuve de l’idée que s’ils ne peuvent avoir quelque chose, personne ne doit l’avoir. S’ils en avaient le vocabulaire, ils expliqueraient cela par des « raisons morales », comme les 69% des partisans du Labour Party. Peu d’enfants en bas âge et peu d’électeurs travaillistes admettent ouvertement être guidés par un esprit de vengeance.

La plupart des positions politiques sont l’expression d’une tendance profondément enracinée. Par exemple, nous avons l’instinct de prendre soin des faibles, et aussi l’instinct d’encourager la réciprocité. Notre système de protection sociale résulte d’un mélange entre ces deux tendances. De même, la ligne actuelle sur l’expulsion des criminels étrangers n’a pas grand chose à voir avec leur nombre ou la nature de leurs crimes, mais notre instinct humain et universel de l’hospitalité et de ses abus. Nous ne devrions pas être surpris quand les gens qui souffrent d’envie l’élèvent en idéal politique et l’appellent « justice sociale ».

J’admets qu’il existe des avantages aux sociétés homogènes des pays nordiques. De grosses inégalités de richesse peuvent conduire à des niveaux de stress plus élevés, une augmentation du taux de criminalité et un engagement social plus faible (étrangement, les gens en faveur de ces arguments pour l’homogénéité économique l’étendent rarement au multiculturalisme, mais c’est une autre histoire).

Le procès contre l’égalité imposée par l’État n’est pas que la diminution de l’écart des richesses soit une mauvaise chose en soi. C’est qu’il a un coût disproportionné en matière de prospérité disparue et de libertés perdues.

Les impôts sur la fortune rendent les sociétés plus égalitaires, mais elles les rendent aussi moins prospères. Nous pouvons pousser les ploutocrates à envoyer leur argent à l’étranger. Nous pouvons chasser les fonds d’investissement vers Singapour ou la Suisse. Nous pouvons, plus prosaïquement, forcer les entrepreneurs à passer plus de temps avec leurs comptables et moins à créer des emplois. Nous pouvons encourager de loin les formes les plus courantes d’évasion fiscale : travailler moins et partir à la retraite plus tôt. Tout cela rendrait notre pays plus égalitaire. Tout cela le rendrait plus pauvre.

Lors de la dernière apparition de Margaret Thatcher au Parlement en tant que Premier Ministre, Simon Hugues lui demanda si elle était fière qu’en dépit de ses succès certains, les inégalités s’étaient creusées pendant son mandat de onze ans. Elle répondit magistralement :

« Le député nous dit qu’il préfèrerait que les pauvres soient plus pauvres, à condition que les riches soient moins riches. »

En effet. Et voilà l’ironie de la chose. Nous avons devant nous une étude de cas précise de ce que Simon Hugues et 69% du Labour Party veulent. À la suite de la crise de 2008, les inégalités ont diminué. Les salaires des villes ont plongé, les salaires moyens ont légèrement baissé, les avantages en nature ont stagné. En d’autres termes, les 69% ont eu ce qu’ils voulaient : la Grande-Bretagne est devenue plus pauvre et plus égalitaire. Pourtant, ce sont aussi eux qui ont protesté le plus. Il est impossible de faire plaisir à certaines personnes.


Sur le web