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La monnaie virtuelle – réelle

Publié le 24 janvier 2014
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Par Eric Ng Ping Cheun, Managing Director PluriConseil.
Un article d’Audace Institut Afrique.

monnaie-virtuelleOn se moquait du “monde virtuel de la finance”. Une machine régulée par les banques centrales et huilée par des monnaies émises par elles. Maintenant que leur monopole d’émission monétaire est contesté par des monnaies numériques, elles les accusent d’être des “monnaies virtuelles”. Mais le crédit créé par le banquier en tapant sur un clavier d’ordinateur n’est-il pas une monnaie virtuelle ? Depuis que le système monétaire international a abandonné l’étalon-or pour adopter la monnaie-papier, il est entré dans le monde virtuel de la monnaie.

La Banque de Maurice est dans son rôle en mettant le public en garde contre l’utilisation d’une monnaie qui n’est pas réglementée, d’autant qu’il existerait des failles de sécurité informatique. Cependant, on peut aussi dire qu’il n’y a aucune garantie que la valeur des monnaies réelles demeure stable, et qu’elles ne servent pas à des activités criminelles comme le blanchiment d’argent. Le meilleur moyen de décourager les Mauriciens à s’intéresser au bitcoin, c’est de préserver le pouvoir d’achat de la roupie en combattant l’inflation, si besoin est, par une hausse du taux d’intérêt. Sinon, ils sont libres de spéculer sur le bitcoin, tout comme d’autres boursicotent pour des gains… virtuels.

Le bitcoin est une monnaie numérique sécurisée, ne dépendant d’aucune autorité centrale, et le réseau d’ordinateurs qui le fait fonctionner se gère lui-même. Si la Banque centrale européenne (BCE) considère le produit comme douteux, et la Chine vient de l’interdire, en revanche l’Allemagne lui a donné le statut officiel de “monnaie privée” et l’a reconnu comme une unité de compte. Lancé le 3 janvier 2009, le bitcoin représente le sommet de l’innovation en matière de monnaie numérique, après les Litecoin, Peercoin, Anoncoin et Zerocoin. C’est la popularité du bitcoin qui fait maintenant réagir les instituts d’émission…

S’annonce donc une lutte acharnée entre les Etats et les utilisateurs de bitcoin. Des entreprises dans le monde acceptent des paiements avec cette monnaie vu qu’en l’absence d’intermédiaire, les coûts de transaction sont minimes comparativement aux frais bancaires. A terme, nos banques protégées par les autorités auront à donner des services plus compétitifs à leurs clients.

A la suite des politiques d’assouplissement quantitatif de la Fed, de la BCE et de la Banque d’Angleterre, les prix des produits en dollar, en euro ou en livre sterling augmenteront dans le long terme. En revanche, il sera impossible de déprécier la valeur du bitcoin par plus d’émission, car le nombre de bitcoins sera limité à 21 millions. L’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, affirmait que la monnaie numérique “may hold long-term promise”.

Le bitcoin est une alternative monétaire (altcoin), mais pas (encore) une monnaie réelle. A l’instar de la cigarette qui était de la monnaie seulement dans les camps de prisonniers de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, le bitcoin est limité à sa plateforme d’échange. Il fonctionnera comme une vraie monnaie dès qu’il peut être universellement échangé contre d’autres biens et services.

Ceux qui promeuvent la concurrence bancaire ne devraient pas regimber devant la concurrence monétaire. Les monnaies virtuelles échappent aux manipulations des banques centrales et des politiciens. Pour cette raison, reprenons le magazine The Economist : “So let a thousand altcoins bloom.”


Sur le web.

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  • « le réseau d’ordinateurs qui le fait fonctionner se gère lui-même » : ben tiens, c’est magique ! Cette croyance qui ne résiste pas à un minimum de logique est la menace cruciale pour la valeur du bitcoin.

    « il sera impossible de déprécier la valeur du bitcoin par plus d’émission » : au fur et à mesure que diverses versions du bitcoin apparaîtront, la valeur de chaque version en concurrence sera dépréciée relativement au volume global des échanges.

    L’auteur a raison de souligner les effets bénéfiques de la concurrence monétaire sur les monnaies monopoles. Le bitcoin prépare le terrain à la concurrence monétaire au sein des zones monétaires et non plus seulement entre les zones. Toutefois, on peut craindre qu’un prochain effondrement du bitcoin serve d’argument aux collectivistes pour justifier le maintien des monopoles monétaires tels que nous les subissons aujourd’hui, retardant la venue de l’indispensable concurrence monétaire.

    • « « le réseau d’ordinateurs qui le fait fonctionner se gère lui-même » : ben tiens, c’est magique ! Cette croyance qui ne résiste pas à un minimum de logique est la menace cruciale pour la valeur du bitcoin. »

      Sur le fond, je pense que l’auteur souligne l’aspect décentralisateur du BTC; maintenant, j’ai toujours beaucoup de mal à voir l’organisation d’un marché dans un système P2P. Qu’est-ce qui fait véritablement la valeur d’un BTC lorsqu’il n’y a pas véritablement une seule place de marché mais bien plusieurs et pas forcément légitime ?

      • Je ne vois pas en quoi le marché mondial des valeurs ou des matières premières diffère d’un réseau P2P. Un marché décentralisé et dérégulé fonctionne si les échanges d’information et les arbitrages sont quasi-gratuits et quasi-instantanés. Ces objectifs sont faciles à atteindre avec un réseau P2P, et le P2P me paraît même la seule manière de les réaliser sur un continent comme l’Afrique, où la régulation signifie faire entrer dans le jeu des politiciens qu’il vaudrait mieux maintenir à l’écart.

        • « comme l’Afrique, où la régulation signifie faire entrer dans le jeu des politiciens qu’il vaudrait mieux maintenir à l’écart. »

          Valable partout, pas seulement en Afrique, considérant que le seul politicien qu’on peut laisser s’approcher de la monnaie est celui qui s’interdit d’y toucher…

      • La cohabitation de plusieurs places ne doit pas être une inquiétude, les prix finissant par converger. D’ailleurs, si une divergence apparaît, c’est le signe qu’il y a un problème sur la place concernée. La concurrence entre places de cotation est bonne car c’est ce qui permet aux acteurs de juger de leur légitimité.

        « L’aspect décentralisateur du BTC » est de même nature que celui des banques privées agissant au sein des monopoles monétaires. Il s’agit d’une délégation d’émission et non d’une émission réellement autonome. En la matière, le bitcoin n’est pas une innovation.

        • L’émission est prévisible, et codée en dur. Ca, c’est une première.

          « « L’aspect décentralisateur du BTC » est de même nature que celui des banques privées agissant au sein des monopoles monétaires. »

          En effet, si on considère chaque utilisateur comme une banque privée, le monopole monétaire comme le bitcoin lui-même, détenu par une banque centrale qui regarde sans agir dans quelque sens que se soit, qui ne fixe pas les taux, et ne peux pas faire varier la masse monétaire, ça se comporte un peu comme des banques privée d’un genre très particulier, dans un monopole d’un genre très particulier.

          • « L’émission est prévisible, et codée en dur. » Non, le véritable émetteur du bitcoin peut décider à tout instant de changer le volume d’émission.

            • Si. Pour changer le volume, il faudrait créer une nouvelle monnaie qui ne serait pas compatible avec l’ancienne.

            • Cavaignac vous êtes à coté de la plaque. Personne n’émet de bitcoin. Des bitcoins sont gagnés selon certaines conditions (servir d’intermédiaire à une transaction). Ce sont les conditions d’obtention d’un bitcoin qui empêchent de dépasser les 21 Millions, pas une simple convention.
              Pour dépasser les 21 Millions, il faut changer les condition d’obtention des bitcoins supplémentaires, et dans ce cas, le système (chaque ordinateur sur lequel bitcoin est installé) ne les reconnait plus comme authentiques.

              Ou si vous voulez, le bitcoin est émis par un système constitué de tous les PC sur lesquels Bitcoin est installé, contrôlés chacun par son propriétaire, qui ne peux pas changer une ligne de l’algo sans se faire jeter par le reste du système. Il n’y a aucune autorité centrale d’aucune sorte qui contrôle bitcoin.

              Même si vous détenez tous les bitcoins en circulation, vous ne pourrez pas changer la limite au nombre de bitcoins, pour cela il vous faut disposer de tous (ou presque tous) les pc sur lesquels bitcoin tourne. Ce qui paraît difficile à accomplir sans attirer l’attention.

            • Non encore ! Si le véritable émetteur change le code, les utilisateurs ou les mineurs « délégués » seront confrontés à un choix simple : tenter l’aventure avec le nouveau programme ou rester avec l’ancien qui ne pourra plus évoluer, puisque la structure qui décide de son évolution aura disparu.

              Je fais le pari, peut-être à tort, qu’une grande majorité d’utilisateurs choisira d’installer la nouvelle version du programme malgré tout, par flemme, par suivisme, par méconnaissance des détails techniques… D’autres choisiront la nouvelle version parce qu’ils seront les premiers à en bénéficier. Or, on sait bien qu’il vaut mieux faire partie des premiers entrants lorsqu’une nouvelle monnaie est structurellement déflationniste. Bref, même si l’ancienne version du bitcoin persiste, elle perdra l’essentiel de son intérêt, donc de sa valeur, faute d’utilisateurs.

              Pour en terminer, le problème du bitcoin n’est pas le fait qu’il y ait un émetteur unique, puisque toute monnaie a nécessairement un émetteur unique, mais le fait qu’il se dissimule. Sans confiance, pas de valeur.

            • Il n’y a pas de « véritable émetteur ». Le code, c’est celui qui existe, qui tourne chez tous les mineurs, c’est la « composition chimique » du bitcoin. Personne ne peut obtenir des mineurs qu’ils en adoptent majoritairement un autre, ce serait comme d’aller dire à des mineurs d’or « Il n’y a pas assez d’or sur la terre, donc maintenant mettez-vous d’accord pour miner l’argent à la place ».
              Il n’y a pas d’émetteur. Il y a un programme informatique qui pose un problème avec 21 millions de solutions, de plus en plus difficiles à trouver. La difficulté s’adapte automatiquement dans le programme à la vitesse où les solutions apparaissent. Le programme ne valide le travail d’un mineur que si la majorité des mineurs trouve le même résultat. On peut comparer ça à un classeur avec 21 millions de pages, sur chacune desquelles se trouvent, encodées, les transactions concernant un bitcoin.
              Le programme que font tourner les utilisateurs du bitcoin ne mine pas, il se contente de chercher dans le classeur les transactions que la clé privée de l’utilisateur permet de décoder, et dont la somme donne le solde de son compte. Il permet aussi de demander à la communauté des mineurs de valider et inscrire dans le classeur une transaction sur un bitcoin ou une fraction de bitcoin qu’on possède, en leur donnant les moyens de vérifier qu’on le possède bien.
              Enfin, le classeur est public, il n’y a rien de dissimulé, seul le lien entre les clés publiques, utilisées pour envoyer et recevoir des bitcoins, et la clé privée ne peut pas être trouvé par un tiers.

              La confiance des utilisateurs vient du fait que le bitcoin est infalsifiable, et les transactions irréversibles. Elle vient aussi du fait que la plupart y voient une manière différente de penser les échanges, à l’avenir de laquelle ils croient.

            • MichelO, vous êtes bien meilleur que moi pour vulgariser.

              Cavaignac, si vous n’avez pas confiance dans le bitcoin, vous seriez fou d’en acheter, mais il n’y a vraiment rien de dissimulé dans le bitcoin. L’algo est open source, vous pouvez vérifier vous-même si le coeur vous en dit.

    • Pour la cohabitation entre monnaies, je crois que les conclusions du bi-métallisme s’appliqueront : la mauvaise monnaie circule, la bonne se thésaurise, et parmi les mauvaises, on a un phénomène « winner takes all ».

      • C’est tout à fait possible. On peut toutefois spéculer que la liberté d’émission changera profondément les conditions des expériences du passé, la définition d’une bonne monnaie tenant à son utilité pratique autant qu’à la conservation de la valeur.

  • Il existe d’autre monnaies électronique en Afrique. Le MPESA au Kenya c’est 30% des transactions. Mais il en existe plein d’autres, même Orange money. Pour ce qui est de la concurrence monétaire l’Afrique est en avance. Les monnaies vont probablement se diversifier en terme d’usage(paiement/épargne/prêt ect..).

    C’est en Asie que l’on trouve aujourd’hui les meilleurs applications web d’e-commerce, grâce à leurs spécialisation dans la fabrication. Le marché bancaire africain en très forte croissance va entraîner un très fort développement de ces technologies

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