Mes opinions sur le bitcoin

bitcoin (Crédits Antana, licence Creative Commons)

Je ne sais pas encore ce que je vais faire dans l’avenir, question bitcoins. Mais je trouve réjouissantes les critiques qui lui pleuvent dessus : c’est peut-être que le bitcoin pose les bonnes questions.

Par Stéphane Bortzmeyer

Comme j’ai écrit un article sur le bitcoin (et que ce n’est pas terminé), des gens m’ont demandé ce que j’en pensais. Des questions faciles du genre « ça va monter ? », « c’est légal ? », « c’est de gauche ? » ou encore « je peux m’enrichir avec ? » (C’est bien la première fois qu’on me demande un avis sur une question financière : merci, le bitcoin.)

bitcoin (Crédits Antana, licence Creative Commons)

Alors, quelques paragraphes sur mes opinions sur le bitcoin.

D’abord, ne me demandez surtout pas de conseil d’investissement, je n’en ai aucune idée. J’ai pour l’instant peu de bitcoins, mais je vais peut-être en acheter plus car je pense que c’est rigolo mais je ne suis pas un gourou des finances qui peut vous aider à vous enrichir (attention : les gourous professionnels n’en savent pas forcément plus que moi). Je note quand même un avantage du bitcoin : sa volatilité est bien connue. Elle est typiquement affichée dès la page d’accueil de la plupart des places de marché (voir par exemple les statistiques sur Bitcoin Central). On aimerait pouvoir en dire autant des mirifiques placements en actions que le commercial de votre banque essaie de vous fourguer à chaque occasion. (Le bitcoin a certes des tas d’inconvénients mais une grande partie de l’intérêt que les gens lui portent est due à la frustration éprouvée avec les banques. Si les banques veulent diminuer l’intérêt pour le bitcoin, elles peuvent déjà commencer par améliorer l’information aux clients. Par exemple, la page d’accueil de l’excellent site http://www.bitcoin.fr/ dit « n’y investissez que le temps et l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre ». Quelle banque a des avertissements aussi francs ?)

Deuxième chose, je ne sais pas non plus si le bitcoin est l’avenir de la monnaie et va remplacer les vieux systèmes. Et je m’en fiche, je ne suis pas un commercial cherchant à promouvoir le bitcoin. Ce qui m’intéresse dans ce projet, c’est la réouverture des questions fondamentales, qui avaient été bien verrouillées par les banques et les gouvernements. C’est quoi, la monnaie ? Quelles doivent être ses propriétés essentielles ? Qui doit la contrôler ? En suivant quels principes ? Il n’est donc pas exagéré de dire que le bitcoin est à la finance ce que l’Internet est aux télécommunications : la preuve vivante qu’on peut faire autrement que la « seule méthode », que la pensée unique promue par les experts et les gens sérieux. Qu’un expert dise que le bitcoin ne peut pas marcher, pour telle ou telle raison, cela me laisse froid. Les experts en télécommunications de toutes catégories disaient aussi que l’Internet ne pouvait pas marcher.

Est-ce que la future monnaie générale sera le bitcoin ? Peut-être. Et peut-être pas. Peut-être les forces conservatrices l’emporteront. Peut-être aussi que le bitcoin prouvera, à l’usage, des inconvénients vraiment insupportables et qu’une autre monnaie nouvelle lui succédera (il existe déjà des tas de candidats comme le litecoin). Je l’ai dit, c’est pour l’instant l’exploration de nouvelles possibilités qui m’intéresse.

Enfin, il y a des appréciations sur le bitcoin qui ont l’air techniques mais qui sont en fait morales, voire moralisatrices. Par exemple de dire qu’il est une monnaie virtuelle. Il y a très longtemps que c’est le cas de toutes les monnaies. Pas seulement depuis que les milliards s’échangent de manière dématérialisée avec le HFT et entre paradis fiscaux. Pas seulement depuis l’abandon de l’étalon-or par les États-Unis en 1971. Mais au moins depuis Philippe le Bel qui rognait les pièces d’or en décrétant que la valeur d’une pièce ne provenait pas de son ancrage dans le monde physique, mais uniquement du décret royal.

De la même façon, reprocher aux gens qui achètent du bitcoin et qui le revendent plus cher (sans avoir travaillé pour justifier ce gain) de faire de la spéculation est risible : la majorité des échanges monétaires n’a aucun lien avec une vraie création de richesses. Qu’on critique la finance, OK. Mais qu’on n’oppose pas une vraie économie au méchant bitcoin. La vraie économie (les gens qui, en travaillant, produisent des richesses) est minoritaire en dollars ou en euros depuis bien longtemps.

En conclusion, je ne sais pas encore ce que je vais faire dans l’avenir, question bitcoins. Mais je trouve réjouissantes les critiques qui lui pleuvent dessus : c’est peut-être que le bitcoin pose les bonnes questions.

Cet article a été repris sur l’excellent site d’information sur le Bitcoin http://www.bitcoin.fr/ et a suscité pas mal de commentaires (dont plusieurs négatifs).

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Lire l’article original sur bortzmeyer.org

Un autre article à signaler : Les places de marché Bitcoin, ça sert à quoi et ça marche comment ?