Menaces sur la liberté de la presse au Japon

Liberté (Crédits Scarleth Marie, licence Creative Commons)

La loi sur la protection des secrets spéciaux donne au gouvernement japonais le pouvoir de réduire la presse au silence, sans contrepouvoir.

Par Alexis Vintray.

La loi sur « la protection des secrets spéciaux » votée le 26 novembre par la Diète japonaise vaut au gouvernement de Shinzo Abe de nombreuses critiques l’accusant de menacer gravement la liberté de la presse et la liberté d’expression.

En effet, cette loi donne à tous les ministères le droit de classer « secrète » toute information relative à la défense, à la diplomatie, au contre-espionnage et à la lutte antiterroriste qui serait déclarée sensible, sur des bases floues voire discrétionnaires. À la clef, 10 ans de prison au maximum pour les fonctionnaires qui ne respecteraient pas les règles et divulgueraient des informations protégées. Pourtant la loi ne définit pas ce qui pourrait être considéré comme un « secret d’État », laissant la porte ouverte à tous les abus.

Dans un pays où les manifestations sont rares, l’opposition à cette loi a rassemblé plusieurs manifestations dans le calme devant la Diète. Le 21 novembre, plusieurs milliers de manifestants ont défilé jusqu’à la Diète pour signifier leur opposition à la loi. La population est également majoritairement opposée à la loi : selon un récent sondage mené par l’agence de presse Kyodo, 50,6% des sondés disent ainsi s’y opposer. Selon un autre sondage, publié lundi par le quotidien Asahi Shimbun, 61% des personnes interrogées se disent préoccupées par la façon dont celle loi a été passée en urgence au Parlement.

Pour le gouvernement de Shinzo Abe, aux tendances nationalistes, cette « loi est nécessaire au renforcement de la défense nationale ». Concrètement, elle permettrait surtout de faire taire les journalistes japonais sur les sujets sensibles comme les relations avec la Corée du Nord ou la Chine, ou encore le nucléaire.

Confirmant involontairement les critiques contre la loi, Shigeru Ishiba, le numéro deux du Parti Libéral Démocrate (PLD) au pouvoir a accusé les manifestants d’être des « terroristes ». Le vote de la loi ou les accusations envers les opposants à la loi rendent de plus en plus visibles les tendances nationalistes et antilibérales du gouvernement de Shinzo Abe. Heureusement, le peuple japonais semble en avoir aussi : pour la première fois, la cote de popularité du gouvernement vient de passer sous les 50%.