Assouplir le SMIC pour lutter contre le chômage de longue durée

Smic (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Le salaire minimum tel qu’il existe en France est particulièrement délétère pour les populations fragiles.

Interview de Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari.

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Autoriser la sortie du SMIC pour lutter contre le chômage de longue durée… en quoi cela consisterait-il ?

Il s’agirait d’assouplir les règles de déclenchement du SMIC, en particulier en permettant aux chômeurs de plus de quatre mois de négocier directement avec leur futur employeur un salaire qui pourrait se situer en dessous du SMIC.

On voit bien l’intérêt pour les entreprises, mais ça risque quand même de créer toute une catégorie de travailleurs pauvres comme en Allemagne ?

Les chômeurs ne le sont-ils pas encore plus en particulier si on considère que pour des jeunes, sans charge familiale et peu qualifiés, accepter un emploi à plein temps payé en dessous du SMIC peut être une opportunité de se former pour ensuite gravir les échelons. Un premier emploi, même moins payé, peut ouvrir des opportunités par l’expérience et l’apprentissage qu’il confère. Les longues périodes de chômage isolent et dépriment.

C’est une catégorie de chômeurs insuffisamment prise en compte jusqu’à présent ?

Oui. On peut même dire que depuis des décennies, les pouvoirs publics ont d’abord cherché à valoriser l’emploi de ceux qui en avaient déjà un. Ainsi, au cours des dernières décennies, le salaire minimum a très fortement augmenté, du fait de relèvements annuels mais aussi de ces fameux « coups de pouce », dont le dernier remonte seulement à 2012. En fait l’objectif n’était pas seulement de garantir un minimum vital pour vivre, mais aussi réduire les inégalités de salaire à l’intérieur des entreprises.

Qu’est-ce que vous reprochez au SMIC au fond ?

Le salaire minimum tel qu’il existe en France est particulièrement délétère pour les populations fragiles. Il s’applique chez nous dans des conditions très larges puisqu’il ne tient compte d’aucune condition d’âge, de lieu, d’activité ou de profession. Et le constat est sans ambigüité puisque le chômage des jeunes explose : il serait de l’ordre de 26%. Encore une fois il ne s’agit pas de supprimer le SMIC mais de permettre aux personnes désireuses de commencer à un salaire plus bas, de pouvoir le faire, surtout si elles sont au chômage depuis plusieurs mois et veulent se réinsérer plus rapidement. De quoi convaincre au passage de l’efficacité de la garantie jeune de Hollande.

Ça n’est pas davantage un problème de coût du travail que de niveau du SMIC ?

Les deux sont liés. Le SMIC fixe le coût minimal d’un travailleur quel que soit son niveau de productivité. S’il est fixé à un niveau trop élevé, il exclut les personnes pas assez productives.

N’est-ce pas anachronique de remettre en cause le SMIC très populaire en France alors que l’Allemagne s’apprête à en instaurer un au niveau fédéral ?

L’Allemagne, elle, est en fait victime de son succès. Le chômage des jeunes n’y est que de 7,7% là où il dépasse 56% dans des pays comme l’Espagne et la Grèce qui ont, comme la France, un salaire minimal. Évidemment, l’impact négatif du SMIC allemand dépendra de son niveau mais comme souvent, quand les performances sont bonnes, on oublie vite les recettes qui les ont rendues possibles, quitte à mettre en péril la croissance future.


Chronique de Cécile Philippe, directrice de l’Institut économique Molinari, diffusée sur les ondes de Radio classique le 19 novembre 2013.