« Shutdown » à la française

Les États-Unis viennent de vivre un « shutdown » gouvernemental. Le gouvernement français semble aussi connaître une situation de « shutdown ».

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« Shutdown » à la française

Publié le 23 octobre 2013
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Par Fabio Rafael Fiallo.

Francois-Hollande-coup de pompe

Le « Shutdown » (fermeture de services publics) que vient de vivre l’administration américaine aura à juste titre attiré l’attention du monde entier. Or un « shutdown » d’une tout autre nature, plus sournois parce que chronique et larvé, mais non moins paralysant pour autant, a tendance à passer inaperçu. Il concerne la France et a trait à l’immobilisme qui frappe les autorités de ce pays dès qu’il s’agit de prendre des mesures nécessaires mais politiquement difficiles.

Chaque semaine porte son lot de preuves d’une telle paralysie. La semaine qui vient de s’écouler aura offert trois bijoux en la matière.

À commencer par un sondage mené pour le compte de la Chambre de commerce américaine en France, montrant que seulement 13% des entreprises américaines établies dans l’Hexagone ont une perception favorable des perspectives économiques de ce pays, contre 56% en 2011. Parmi les entreprises sondées, 68% ne recommanderaient pas la France comme lieu d’investissement, alors que seulement 40% le déconseillaient en 20111.

Nette dégradation donc. Et pour cause. La France ne cesse de descendre dans la classification des pays en termes de compétitivité. Cela explique les 139 000 emplois perdus en 2012 dans le secteur marchand (hors agriculture)2, les délocalisations à répétition et la multiplication de plans sociaux.

À chaque fois, le gouvernement s’apitoie sur le sort des employés concernés et promet des mesures de réinsertion. Mais il s’arrête devant le Rubicon : il n’ose pas toucher au nerf du problème, c’est-à-dire un code du travail qui rend étouffant le coût des licenciements et par conséquent décourage les entreprises à embaucher. Celles-ci ont peur en effet de se retrouver avec un personnel qui leur reviendrait trop cher de se séparer le cas échéant.

Le gouvernement privilégie en outre le rafistolage fiscal, accordant des crédits d’impôt aux entreprises après avoir saigné ces mêmes entreprises à coups de charges sociales et d’impôts exorbitants.

Deuxième preuve récente du potentiel de blocage en France : l’affaire « Leonarda », jeune kosovare sortie d’un bus d’école pour être expulsée de France avec ses parents, après que ceux-ci n’eussent pas pu justifier leur prétendue condition de réfugiés.

Apprenant la nouvelle de cette expulsion exécutée dans le strict cadre de la loi, des représentants de la majorité et des collectifs de la gauche « moralisatrice » crient haro sur le ministre de l’Intérieur, le populaire Manuel Valls.

Entre-temps, le père de Leonarda admet qu’il avait menti et présenté de faux papiers, que sa fille est née en Italie, et déclare : « En France, ils donnent des papiers aux Kosovars, aux Bulgares et aux Roumains, on a donc dit qu’on était tous Kosovars »3. À bon entendeur…

C’est alors que, en homme de synthèse, ménageant la chèvre et le chou, le Président Hollande monte au créneau. Après avoir reconnu qu’il n’y a pas eu de faute dans la procédure d’expulsion, il annonce que Leonarda pourra revenir en France – « seule », c’est-à-dire sans ses parents – et qu’une circulaire sera édictée pour interdire l’interpellation d’enfants dans le « temps scolaire ».4

Nous sommes là dans un flou artistique magistral.

Désormais, il suffira à une famille de requérants d’asile de scolariser ses enfants, ce qui de toute façon est obligatoire en France. Elle pourra ainsi entamer une longue procédure de demande d’asile (plus de 4 ans dans le cas susmentionné). En attendant, la famille pourra vivre aux frais du contribuable français. Puis, si la famille est déboutée, elle aura recours à des représentants de partis politiques et du milieu associatif, au collectif « Éducation pour tous » notamment, pour empêcher la force publique d’exécuter l’ordre d’expulsion tant que les enfants iront à l’école. Le président de la synthèse sortira alors de son chapeau une solution médiane de nature à affaiblir l’autorité de l’État sans satisfaire personne.

Comme façon de paralyser l’application des lois de la République en matière d’immigration, on ne peut pas rêver de mieux.

À titre de comparaison, il y a quatre mois, l’ancien époux de la mère de Leonarda avait été rapatrié de Suisse avec sa famille5. Conformément à la loi. Et sans couac gouvernemental.

Le troisième événement marquant de la semaine passée concerne justement la Suisse, et plus précisément les frontaliers français qui y travaillent. Il s’agit de la manifestation organisée à Paris le 16 octobre par un collectif de frontaliers pour protester contre la décision du gouvernement français de leur ôter le droit de prendre l’assurance maladie de leur choix et de les obliger à adhérer à la CMU (Couverture maladie universelle) française.6

Or, il se trouve qu’en France, l’assurance maladie publique est en déficit perpétuel. Cela veut dire que les cotisations ne couvrent pas les dépenses. Et on ne voit pas pourquoi les cotisations des frontaliers qui entreront dans la CMU – estimées à 150 millions d’euros – seraient, elles, supérieures en fin de compte aux dépenses que ces mêmes frontaliers pourront, à terme, se faire rembourser par la CMU.

Mais il est plus facile de prendre des mesures d’épicier que d’entamer une vraie réforme de la Sécurité Sociale.

Tout dissemblables qu’ils soient, les trois cas traités ici relèvent d’un même type de blocage : la réticence des autorités françaises à entamer des réformes indispensables et appliquer les politiques qui s’imposent.

Chronique d’une semaine ordinaire, comme toutes les autres, du « shutdown » à la française.

  1. « La France attirante pour seulement 13% des entreprises américaines », AFP, 15-10-2013.
  2. Insee, « L’emploi marchand en baisse au deuxième trimestre de 2013 », 11-09-2013.
  3. « Imbroglio autour de la famille de Leonarda Dibrani », Le Monde, 17-10-2013.
  4. « Hollande : Leonarda autorisée à revenir en France, mais seule », Le Monde, 19-10-2013.
  5. « Leonarda et sa famille agressée au Kosovo », Libération, 20-10-2013 ; et « La famille de Leonarda agressée par un clan rival », Le Matin (Suisse), 20-10-2013.
  6. « Les travailleurs frontaliers manifestent devant l’Assemblée nationale », France 3 Alpes, 16-10-2013 ; et « Les frontaliers franco-suisses manifestent mercredi à Paris », Tribune de Genève, 16-10-2013.
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  • En 2013, la France va atteindre une dette publique record à 95% de sa richesse nationale, soit environ 2’000 milliards d’euros. Le pays confirme ainsi année après année son incapacité à juguler sa fuite en avant budgétaire. Derrière cette somme abstraite il y a des réalités pratiques que les dirigeants politiques feignent d’ignorer. En effet, si le pays donne encore l’impression de maîtriser son destin c’est avant tout grâce à des conditions exceptionnelles et indépendantes de la France. Ces conditions ne dureront pas éternellement et si rien n’est fait pour remédier à ce phénomène c’est la souveraineté même de la France qui pourrait être remise en question.

    http://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/130-l-inertie-de-la-france-face-au-mur-de-la-dette-qui-s-approche.html

  • En attendant la taxe sur la transmission de données, dont la faisabilité et l’applicabilité laissent beaucoup de doutes, le monde entier se moque du président François Hollande.

    http://www.sovereignman.com/tax/you-wont-believe-what-the-french-are-taxing-now-12926/

  • « Les vraies forces directrices d’un pays, ce sont les administrations composées d’éléments impersonnels que les changements de régime n’atteignent jamais. Conservatrices des traditions, elles ont pour elles l’anonymat et la durée, et constituent un pouvoir occulte devant lequel tous les autres finissent par plier. Son action est même devenue telle qu’il menace de former un État anonyme plus fort que l’État officiel. La France en est ainsi arrivée à être progressivement gouvernée par des chefs de bureau et des commis. Plus on étudie l’histoire des révolutions, plus on constate qu’elles ne changent guère que des façades. Faire des révolutions est facile, modifier l’âme d’un peuple très difficile. » Le Bon, Gustave
    Hollande, son gouvernement et ses ouailles sont vraiment des peigne-culs.

    • Il y en a un autre qui a fait un « shutdown », mais mental. Totalement mental. Faudrait même appeler le Samu.

      Sapin.

      Le bois dont on fait les pipes. Ou les bûches.

      —————————–

      Le ministre du Travail a annoncé ce matin sur Europe 1 que les «chiffres du chômage demain ne seront pas bons pour une raison très simple : comme vous le savez, au mois d’août il y a eu un incident statistique avec un bug SFR. Cet incident statistique a augmenté la baisse au mois d’août, il va augmenter la hausse au mois de septembre». Michel Sapin souligne toutefois que «la tendance est au ralentissement du chômage». Il ajoute : «Nous tiendrons l’objectif de l’inversion de la courbe du chômage fin 2013. Vous êtes tous dans l’impatience !».

      —————————-

      Ca laisse sans voix. Ca relève de l’internement forcé à Saint Anne.

      Le 31 décembre au matin, il continuera à nous pomper l’air, en pérorant comme un poulet décapité : « l’inversion ! l’inversion ! d’ici quelques heures ! Les douze coups de minuit ! L’inversion ! François Hollande je t’aime ! Contrats de génération ! L’inversion ! »…

      Question qui me tracasse : tire t-on sur une ambulance ?

  • A Fabio
    En tant qu’épicier, ancien épicier et ancien barman, je n’ai sans doute pas un CV prestigieux comme le votre ou comme celui de nos gouvernants. pour comprendre le monde, en tirer des conclusions et des lignes politiques…
    Ce que je peux par contre vous dire, c’est que si le gouvernement se mettait à dialoguer un peu avec les épiciers, peut-être trouverait t’il quelques solutions aux problèmes actuels, en s’appuyant aussi sur le « bon sens » (notion qui reste à définir…)
    Travaillant en milieu rural, il pourrait aussi partager nos difficultés qui ne sont pas peut-être pas moindre que celles de Léonarda ou celles de nos banlieues.
    Il pourrait aussi constater que les français en ont marre d’être pris pour des cons… Pour exemple, je vous renvoie à une émission que j’ai écoutée à la volée, un dialogue incroyable entre un ministre ou un député, je ne sais plus, sur les économies dans le budget et les prélèvements demandés aux Français, où l’on met en dialogue un élu assis sur une montagne de privilèges et à qui ont ne demande rien, et un journaliste, financé par la redevance et bénéficiant lui aussi de niches fiscales et à qui on ne demande rien… Bien sur, c’était la faute à Sarkosy !!!
    Et je vous confirme que, sur ces bases, le FN deviendra le 1er parti de France.

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