Combien de temps encore le dollar restera-t-il la monnaie de réserve internationale ?

Le dollar est susceptible de perdre sa position avantageuse de monnaie de réserve.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 2013-2263 dollar

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Combien de temps encore le dollar restera-t-il la monnaie de réserve internationale ?

Publié le 16 octobre 2013
- A +

Par Patrick Barron.

Rien ne dure indéfiniment… (surtout depuis les dernières déclarations de la Chine)

JPM_reserve

Nous utilisons le terme « monnaie de réserve » lorsque l’on fait référence à l’usage commun du dollar par les autres pays pour le règlement de leurs échanges commerciaux. Par exemple, si le Canada achète des produits de la Chine, il peut payer en dollars US plutôt qu’en dollars canadiens, et vice-versa. Cependant, la base sur laquelle ce terme a été créé n’existe plus et, aujourd’hui, on appelle le dollar « monnaie de réserve » simplement parce que les pays étrangers en possèdent en grande quantité, pour faciliter les échanges et le commerce.

La première monnaie de réserve fut la livre sterling anglaise. Parce que la livre était « aussi bonne que l’or », plusieurs pays trouvaient plus avantageux de détenir des livres sterling que de l’or, pendant le standard-or. Les grandes nations commerçantes réglaient leurs échanges en or, mais elles pouvaient fort bien accepter des livres sterling plutôt que de l’or, ayant foi en l’engagement de la Banque d’Angleterre d’échanger ces livres pour de l’or sur demande, à un taux d’échange fixe. Vers la fin de la Seconde Guerre, le statut de monnaie de réserve fut donné au dollar US par traité international, peu après les Accords de Bretton Woods. Le Fond monétaire international (FMI) fut fondé dans le but précis de surveiller les engagements de la Réserve fédérale envers Bretton Woods en s’assurant que la Fed ne gonfle pas le dollar et qu’elle soit prête à échanger des dollars pour de l’or à $35 l’once. Ainsi, les pays étaient assurés que les dollars qu’ils détiendraient pour les échanges commerciaux étaient « aussi bons que l’or », comme l’avaient été les livres sterling auparavant.

Cependant, la Fed n’a pas tenu ses engagements envers les accords de Bretton Woods, et le FMI n’a pas essayé de la forcer à détenir assez d’or pour honorer toute la monnaie en circulation à $35 l’once. Vers la fin des années ’60, la France d’abord et d’autres ensuite demandèrent des comptes à la Fed, jusqu’à ce que ses réserves d’or soient si basses qu’elle n’avait pas le choix que de réévaluer le dollar à un taux d’échange plus élevé ou de renoncer à sa responsabilité d’honorer les dollars contre de l’or. Et, à sa honte éternelle, le pays a choisi la dernière option et « sortit du standard-or » en septembre 1971.

Néanmoins, le dollar a continué d’être détenu par les grandes nations, parce qu’il remplissait le rôle utile de régler les échanges internationaux. Il n’y avait pas d’autre monnaie qui pouvait égaler le dollar, malgré le fait qu’il n’était plus « lié » à l’or.

imgscan contrepoints 2013-2263 dollarDeux caractéristiques d’une monnaie la rendent utile pour le commerce international : premièrement, être émise par une grande nation commerçante et, deuxièmement, conserver sa valeur vis-à-vis des matières premières à travers le temps. Ces deux facteurs créent une demande pour détenir telle devise en réserve. Bien que le dollar ait été gonflé par la Fed, perdant ainsi de sa valeur versus d’autres matières premières avec le temps, il n’a jamais eu de vrai concurrent. Le mark allemand conservait mieux sa valeur que le dollar, mais le commerce allemand ne représentait qu’une fraction du commerce américain, ce qui signifie que des détenteurs de marks trouvaient moins de marchandises à acheter en Allemagne que les détenteurs de dollars en trouvaient aux États-Unis. Donc, la demande pour le mark était plus faible que la demande pour le dollar. Bien sûr, d’autres facteurs psychologiques ont influencé la demande pour les dollars, aussi, vu que les États-Unis étaient vus comme les protecteurs militaires de tous les pays occidentaux contre les pays communistes durant une bonne partie de la période d’après-guerre.

Aujourd’hui, nous voyons les prémices d’un changement. La Fed a massivement gonflé la valeur du dollar, réduisant ainsi son pouvoir d’achat vis-à-vis des matières premières, ce qui a fait que plusieurs autres grandes nations ont recouru à d’autres monnaies à certaines occasions. Je sais de source fiable, par exemple, que DuPont règle plusieurs de ses comptes internationaux en Yuan et en euros. Il se peut qu’il y ait d’autres devises en demande pour les règlements commerciaux par certaines sociétés internationales, aussi. Malgré tout cela, un facteur qui a aidé le dollar à conserver la demande est que les autres devises ont été gonflées également. Par exemple, le Japon a plus gonflé le yen que le dollar dans sa folle tentative de redonner vie à son économie stagnante en dévaluant sa monnaie. Alors, nous voyons que cette maladie de destruction monétaire n’est pas limitée aux États-Unis seulement.

Le dollar est susceptible de perdre sa position avantageuse de monnaie de réserve dés que le premier pays majeur arrêtera de gonfler sa devise. Il est clair que la Chine comprend les enjeux ; elle continue d’augmenter ses réserves d’or et elle a instauré des contrôles pour que l’or ne quitte pas la Chine. S’il la deuxième économie mondiale et une des grandes nations commerçantes lie sa devise à l’or, la demande pour le Yuan augmenterait et la demande pour le dollar baisserait. En termes pratiques, cela signifie que les grandes nations commerçantes réduiraient leurs réserves de dollars, et les dollars détenus outre-mer reviendraient dans l’économie américaine, causant une augmentation des prix. De combien ? Difficile à dire, mais souvenons-nous qu’autant de dollars sont détenus à l’extérieur qu’à l’intérieur des États-Unis.

La nomination imminente par Obama de Janet Yellen, une bureaucrate de carrière, comme présidente de la Réserve fédérale constitue une preuve que la politique américaine de dévaluation du dollar via l’assouplissement quantitatif (QE) continuera. Sa nomination augmente la probabilité que la demande pour les dollars déclinera davantage, et la probabilité d’une augmentation des prix aux États-Unis, alors que la demande des nations commerçantes de détenir d’autres devises pour régler les échanges augmentera. Peut-être qu’une pression non coercitive d’un pays souverain comme la Chine peut sensibiliser la Fed sur les conséquences de ses actes et la forcer à mettre fin à sa politique d’assouplissement quantitatif.


Source. Traduction : GoldBroker.com

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • Comme d’habitude il faut distinguer la logique (ce que devrait faire les Chinois), les enseignements de l’histoire (les monnaies de réserve passent), les discours… et les faits.

    Comme le rappelle très justement Ambrose Prichard : « Watch what China does with US debt, not what it says  »

    « The latest data shows that China’s foreign reserves soared by $163bn in the third quarter to $3.66 trillion, one of the biggest jumps ever. We won’t know for a while where the money went, but a big chunk must have gone into US Treasuries. »

    Ca fait des années qu’on nous dit « ouh lala les Chinois ne sont pas contents, ouh lala ils préparent la convertibilité du Yuan, ouh lala ils sont énervés contre les USA, ils vont arrêter d’acheter le papier toilette des américains »…

    Et chaque année… les faits prouvent le contraire.

    C’est typique de l’enfumage pratiqué (avec beaucoup de talents) par les autorités chinoise.

    Les « papiers » qui sortent dans la presse, et qui appellent à un renforcement du Yuan, qui pointent la hausse des stocks d’or, relèvent de l’agit’ prop’ (et les chinois en connaissent un rayon).

    Oui les chinois sont fascinés par l’or. Ils s’enrichissent, et donc il est normal qu’ils en achètent de plus en plus.

    Bref.

    Que le RMB prenne de limportance dans les années à venir c’est une certitude (voir les accords de swap avec la BCE par exemple, ou pour des accords commerciaux).

    Mais comme je le disais dans un autre commentaire, une « devise de réserve internationale » a besoin de :

    -coercition (l’armée US demeure la plus puissante du monde, quoi qu’on en dise)
    -et de confiance

    Il est de plus en plus difficile d’avoir confiance dans les US, je vous l’accorde… mais la confiance est relative.

    Qui peut faire confiance aux autorités chinoises ? Personne doté d’un esprit sain.

    Voilà le coeur du débat.

    Quelle autre devise pourrait devenir calife à la place du calife ? L’Euro ? Laissez moi rire. Le Yen ? Le rouble ?

    Bref.

    On peut donc conclure que Dollar a encore de beaux jours devant lui.

    • « Ca fait des années qu’on nous dit « ouh lala les Chinois ne sont pas contents, ouh lala ils préparent la convertibilité du Yuan, ouh lala ils sont énervés contre les USA, ils vont arrêter d’acheter le papier toilette des américains »…
      Et chaque année… les faits prouvent le contraire. »
      Les faits prouvent pourtant que c’est le cas pour la convertibilité de leur monnaie.
      En 2 ans, les exports sont passés de 0% à 18% en RMB.
      Le RMB est maintenant la 9ème devise la plus échangée.
      La progression du RMB est en fait extremement rapide comparé aux autres monnaies dans l’histoire.
      Ils travaillent actuellement à son développement via HongKong, Londres.

      Pour être devise de réserve internationale, il faut que les pays la recevant puissent investir et on voit qu’ils travaillent activement à l’évolution de leur marché obligataire.

      • Totalement d’accord avec @christophe pour ce qui est d’avoir une monnaie de référence à « celui qui a la plus grosse » (armée).

        Petite question toutefois, les chinois ont basé leur toute puissance exportatrice sur:
        – des salaires bas pour des travailleurs qualifiés, ainsi qu’
        – une monnaie artificiellement sous-évaluée (taux de change fixe)

        Comme leur salaires en « RMB » (renminibi alias yuan) augmentent… est-ce qu’il ne sont pas en train de se tirer une balle dans le pied à vouloir rendre leur monnaie « convertible » et donc à augmenter les prix ?

        Ou est-ce un moyen d’arriver à hisser instantanément leur niveau de vie au niveau des pays occidentaux (le retour de bâton, qui fera que maintenant c’est les chinois qui pourront se payer toutes les belles vacances et les beaux objets occidentaux…) ?

    • en chine, l’etat est propriétaire du foncier, ce qui représente une valeur considérable: sans mème parler du foncier constructible, dans un pays aussi peuplé, pour ce qui est des terres agricoles, un paysans chinois vit ( mal, c’est vrai ) sur 1 hectare, alors qu’il faut 50 hectare pour un paysan européen pour degager un revenu. le prix du terrain est donc à l’avenant: 50 fois plus chère que chez nous.
      en plus des réserve d’or, cela ne fait-il pas un sacré soutient à la monnaie chinoise ?

  • Déjà de nombreuses transactions internationales se font en euros.

    Et les Brics travaillent à une monnaie théorique commune, indépendante du dollar.

    Il semble que la fin de la suprématie soit proche.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Avec le conflit en Ukraine, les questions de défense européenne sont devenues plus d’actualité que jamais. Dans le même temps, certaines initiatives comme le bouclier antimissile sous initiative allemande posent des questions sur sa réalité.

Pour avoir des réponses, la rédaction s’est entretenue avec Jean-Dominique Merchet, journaliste à L’Opinion et spécialiste des questions de défense nationale et internationale. Entretien réalisé par Alexandre Massaux.

 

Alexandre Massaux : Le développement d’un bouclier antimissi... Poursuivre la lecture

photo de Donald Trump
1
Sauvegarder cet article

Hier, en sa fastueuse résidence de Mar-a-Lago, adossé à une forêt de drapeaux américains, fidèle à sa veste bleue, sa chemise blanche et sa cravate rouge, Donald Trump annonçait sa candidature à la prochaine campagne présidentielle.

Comme on pouvait s’y attendre, son discours long d’une heure a consisté à marteler ses thèmes favoris – immigration, sécurité, prospérité –, avec les formules-choc et le style qui ont fait sa gloire pour les uns, sa honte pour les autres. De toute évidence, Trump Saison 2 sera le sosie politique de Trump Sa... Poursuivre la lecture

C’est officiel, Donald Trump se représentera en 2024 à l’élection pour le poste de président des États-Unis. Depuis la station balnéaire de Mar-a-Lago à Palm Beach, l’ancien président a déclaré : « Nous sommes une nation en déclin », mais qu’heureusement, « le retour de l'Amérique commence dès maintenant ». Ça n’a pas l’air d’être l’avis de tous les conservateurs, qui craignent globalement que l’ancien serial winner, tombeur de la dynastie Clinton, ne soit devenu un boulet insupportable pour la droite.

Politiquement, le produit Donald ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles