Nouvelle-Zélande : banques, impôts et toute cette sorte de choses

Drapeau de la Nouvelle-Zelande (Crédits : Edward Hyde, licence Creative Commons)

L’installation dans un nouveau pays est l’occasion de découvrir un nouvel environnement, de nouvelles cultures, mais aussi des aspects très terre-à-terre : ce fut notre cas lorsque nous sommes arrivés en Nouvelle-Zélande en ce qui concerne les banques et les impôts.

L’installation dans un nouveau pays est l’occasion de découvrir un nouvel environnement, de nouvelles cultures, mais aussi des aspects très terre-à-terre : ce fut notre cas lorsque nous sommes arrivés en Nouvelle-Zélande en ce qui concerne les banques et les impôts.

Par le Dahu Libre, en escale prolongée à Auckland

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Un dollar néo-zélandais

Ouvrir un compte

Une des premières choses que nous avons faites, la semaine de notre arrivée, a été d’ouvrir un compte en dollars néo-zélandais, que nous appellerons par facilité $ dans la suite de l’article. Il y a 4 banques majeures en Nouvelle-Zélande (Westpac, ASB, ANZ, BNZ), toutes filiales des 4 banques majeures australiennes, le ‘big 4’. Ouvrir un compte est possible pour n’importe qui, même non-résident, sur présentation d’une simple pièce d’identité, et les conditions sont similaires dans toutes les banques : entièrement gratuit si vous optez pour les relevés de compte électroniques et quel que soit le nombre de comptes ouverts sous le même nom (suffixes du numéro de compte principal). On vous remet immédiatement une carte de paiement sans frais à débit immédiat (appelée bizarrement EFTPOS) acceptée dans absolument tous les commerces et distributeurs automatiques. Il y a juste des frais forfaitaires de moins de 1 $ – soit 0.60 € ces temps-ci – par retrait si le retrait est effectué dans un autre distributeur que votre banque à vous. Elle n’est simplement pas utilisable sur internet ou à l’étranger. C’est la seule et unique fois où vous avez besoin de vous rendre à la banque pour une opération courante. Pour ouvrir un autre compte (épargne, 2e ou 3e compte courant), tout se fait en ligne instantanément sur une plate-forme d’e-banking largement au-dessus de tout ce qu’on a connu auparavant (ergonomie très agréable, suivi automatique de dépenses par catégorie résumées sur un beau graphique, alertes configurables, etc …). Aucune limite sur les virements, qui sont extrêmement rapides même entre deux banques différentes. Les chèques n’existent d’ailleurs quasiment plus, la plupart des paiements à distance se font par virement.  Et non pas, différence de taille, par prélèvement automatique. Tout ça pour 0$.

Reste la carte Visa / Mastercard, qui peut être de débit ou de crédit et nous permettre des paiements à l’étranger ou sur internet. Les bonnes surprises continuent : là où pour une carte de débit en France on vous demande sans rire 40 € par an en plus des frais de compte, ici on en a pour … 10$ (6.5 €). A ce prix là, mettez-m’en deux ! Et la demoiselle qui s’occupe de l’ouverture de notre compte de nous expliquer qu’ici les Kiwis se plaignent des frais bancaires trop élevés et d’ouvrir des grands yeux quand on lui explique ce que les banques françaises font payer pour les mêmes prestations … Pour une carte de crédit, il faut compter (attention accrochez-vous) … à partir de 24$ par an (15 €).

Du côté de l’épargne, le compte est lui aussi gratuit et les taux sont bien plus avantageux qu’en Europe, autour de 3.5% actuellement, avec une taxation à un taux défini par le niveau de revenu du détenteur du compte (maxi 33%), ce qui donne un taux minimal net aux environs de 2.4%, soit à peu près le double du Livret A défiscalisé et plafonné.

La différence s’explique assez facilement. En effet, les taux d’intérêt pratiqués dans une zone monétaire sont fortement corrélés aux taux directeurs de la banque centrale correspondante. Si les principales banques centrales de l’OCDE sont lancées dans une course aux taux bas (BCE 0.5%, Fed 0%, BoJ 0% …) pour jouer à qui sabordera sa monnaie le plus vite, la Reserve Bank of New Zealand ne descend pour l’instant pas en-dessous de 2.5%. Certes, cela ne l’empêche pas de recourir de temps à autre à des « actions exceptionnelles » – comprendre injection massive de liquidités – mais le maintien des taux à un niveau élevé la rend un tout petit peu moins encline à l’impression de monnaie à tire-larigot pour soi-disant relancer le crédit ou les exportations. Ce qui a au passage les effets très pervers de créer et alimenter des bulles financières, détruire l’épargne – celle des moins riches qui n’ont pas les moyens d’épargner en autre-chose qu’en sousous sonnants et trébuchants plutôt qu’en immobilier, actions, obligations … – par dilution et renchérir les importations mais je digresse mais ça m’énerve voyez-vous ! Tout cela pour dire que le taux directeur étant une sorte de taux de référence auquel une banque peut se refinancer, la différence se retrouve logiquement dans les taux proposés au public (en épargne comme en crédit).

A propos de banques centrales, parlons rapidement taux de change : grâce à une économie dynamique et dont les acteurs voient le futur avec plus d’optimisme qu’ailleurs et un petit peu aussi grâce à une banque centrale un chouia moins laxiste que les autres, le dollar néo-zélandais ne cesse de s’apprécier relativement aux monnaies les plus répandues (en tendance longue et malgré la correction récente). C’est même la monnaie qui grimpe le plus – ou devrais-je dire qui s’effondre le moins – parmi toutes les monnaies du monde. Nos économies ne sont donc pas trop mécontentes d’avoir fait le grand saut pour nous rejoindre de l’autre côté de la planète et d’être désormais exprimées en une monnaie qui inspire un peu plus confiance que l’euro.

Ce qui nous amène aux virements à destination et en provenance de l’étranger, et là par contre, c’est moins la fête. 25$ de frais + taux de conversion tout pourri sont de rigueur. Pour éviter cela notre solution est de passer par un spécialiste, un ‘broker’ – négociant en devises, qui a des comptes dans les 2 zones monétaires. On demande le devis, on s’aperçoit que c’est super avantageux et en plus on sait exactement à l’avance combien ça va nous coûter, on fait le virement sur le compte en monnaie A (pas de frais) et 2 jours plus tard on a nos sous sur le compte en monnaie B (pas de frais non plus). Et hop, envolés ou presque les frais de virement indécents, et en plus c’est bien plus rapide.

Et si jamais ça dégénère ? …

En ces temps troublés et comme l’expérience chypriote en a témoigné récemment, il est aussi utile d’une part d’évaluer la solidité de la banque à qui on confie nos économies mais aussi de se demander ce qu’il en advient en cas de faillite de ladite banque. En UE par exemple, une rapide recherche montre que les banques sont très sous-capitalisées : les montants de leurs bilans s’élèvent parfois à 25 fois leurs fonds propres. C’est à dire que l’argent qu’elles manipulent en prêtant et empruntant équivaut à 25 fois l’argent qu’elles peuvent mobiliser, ou, d’une façon imagée, qu’elles ont ‘dans leurs coffres’. Cela n’est pas sans poser des légers problèmes lorsqu’un grain de sable survient. Si l’une d’elles est en difficulté, rien n’est prévu hormis une improvisation totale ou un renflouement étatique en catastrophe aux frais du contribuable s’il en a encore sur le coude ce qui est loin d’être garanti. En revanche, les banques du ‘big 4’ australo-kiwi évoquées plus haut sont à peu près capitalisées au niveau d’une ‘mauvaise’ banque cantonale suisse. ‘Seulement’ 15 fois plus d’en-cours que de fonds propres, cela pose toujours un léger problème en cas de grain de sable mais quasiment deux fois moins. Mais surtout, elles adhèrent à un schéma de résolution de faillite clair et connu, défini à l’avance, mettant à contribution les actionnaires d’abord, les créanciers ensuite, et en dernier ressort, les déposants. Le contribuable est logiquement sorti de l’équation étant donné qu’il n’a rien à y faire. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas de garantie d’État sur les dépôts, garantie qui comme l’a rappelé récemment et à raison le gouverneur de la RBNZ ne serait qu’une illusion. On a par contre l’assurance qu’en cas de pépin, nos économies ne seront dans le collimateur qu’en dernier ressort et leur destin ne sera pas soumis à l’arbitraire politique ‘oui-10%-peut-être-non-en-fait-25-oh-et-puis-non’. Ce système responsabilise, ou du moins tente de responsabiliser, à la fois les banques et les déposants : les premiers savent d’abord que la faillite n’est pas inenvisageable mais aussi qu’ils ne peuvent pas compter sur le contribuable pour éponger la perte de l’argent qui leur a été confié par les seconds, qui ont intérêt à regarder plutôt deux fois qu’une la santé de l’entreprise à laquelle ils confient les fruits de leur travail.

C’est tout de même très loin d’être parfait et en cas d’ouragan financier il est évident que le système bancaire australo-kiwi sautera avec le reste du monde car il en dépend fortement et repose par conséquent sur les mêmes fondations fragiles : « la garantie d’un État c’est du béton armé, sisi c’est marqué dans les réglementations piskonvouldi », ou encore « l’immobilier ça ne peut que monter mabon’dam' ». Certes, vous me direz que si on en arrive là on aura certainement d’autres soucis et vous aurez raison, mais il est quand même intéressant de constater que c’est un peu moins pire, surtout si l’on fait entrer un autre paramètre en ligne de compte : l’exposition au risque « zone euro », logiquement bien moindre ici que dans les établissements du vieux continent.

Les impôts

Passons maintenant aux choses qui fâchent. Enfin nous pas trop en fait, en tous cas beaucoup moins qu’avant.

Là aussi, les Français que nous sommes, habitués à des feuilles de paye à rallonge bourrées de sigles incompréhensibles et d’entourloupes à base de ‘part patronale’ qui est payée par le patron mais apparaît quand même sur la fiche de paye de l’employé va-t’en savoir pourquoi, en ont eu pour leurs mirettes. Une feuille de paye, ici, ça fait 3 lignes, et pour que ça n’ait pas l’air trop ridicule et que ça remplisse quand même une page c’est écrit en police 15.

  salaire brut : ce que vous coûtez à l’employeur, ce qui pour un français est égal au salaire brut + part ‘patronale’
– impôts : taux progressif de 9 à 33% en fonction du revenu + ACC (assurance accidents) entre 1 et 2%
= salaire net : ce qui est versé sur votre compte et qu’on ne vous reprendra pas

C’est tout. Rien d’autre. Pas de déclaration de revenu avec 50 000 cases à remplir nécessitant bientôt l’assistance systématique d’un avocat fiscaliste, pas de tiers provisionnel, pas de pénalité de 10% en cas de retard … S’il me vient l’idée de créer mon entreprise, les taux qui me sont appliqués seront exactement les mêmes, calculés de la même façon simple et claire sur le bénéfice réalisé. Pas de taxes différentes, supplémentaires, pas de régime différent en fonction du statut de l’entreprise, pas de journées entières perdues à remplir des formulaires absurdes ou pendu au téléphone pour essayer d’avoir quelqu’un de l’URSSAF ou du RSI et autres ZGEG ou EZBROUF pour leur expliquer que non, il y a erreur voyez-vous sur votre appel à cotisation vous ne pouvez pas me prélever 222.252 € parce que je ne les ai pas.

Sur le plan strictement pécuniaire, si une fois de plus on veut comparer à la situation en France, nous coûtons environ 20% moins cher aux entreprises qui nous embauchent et nous nous retrouvons avec 10 à 15% de plus sur notre compte à la fin de l’année. Conséquences logiques : la productivité demandée diminue, les entreprises embauchent plus de monde et l’ambiance au travail est en général plus cool. Et ce n’est pas comme on peut l’entendre parfois au prix de prestations sociales inexistantes, la Nouvelle-Zélande étant dotée d’un État-providence plutôt dodu avec sécurité sociale universelle couvrant maladie et accidents (y compris de la route et du travail) pour tous, d’une éducation publique, de mécanismes d’aide sociale, etc.

Bon, un bémol quand même, le site de l’IRD (Inland Revenue Department, notre Trésor Public à nous) est une horreur à utiliser. « Pour accéder à cette information suivez le lien hypertexte situé dans la 3e partie de la colonne de droite sur la 2e page du résumé de votre situation, page dont on ne va pas surtout pas vous donner l’adresse parce que c’est plus drôle si vous trouvez vous-même ». J’exagère à peine. A croire qu’ils font un concours entre les pays, une Conférence Annuelle Du Site des Impôts Le Plus Pourri du Monde (quoique impots.gouv.fr s’est vachement amélioré depuis qu’on a juste, comme pour tout site convenablement sécurisé, un identifiant et un mot de passe pour y accéder au lieu de la ribambelle de numéros et autres certificats de sécurité qu’il fallait passer 3h à réunir avant de pouvoir se connecter tout en faisant la danse du ventre autour d’un totem, tout ça pour que surtout surtout surtout personne ne puisse se connecter à notre compte pour payer nos impôts à notre place). Bref. Le site est tout pourri, mais ce n’est pas super grave parce qu’on n’en a pas vraiment besoin sauf cas exceptionnel.

La retraite

Les impôts sus-cités, en plus d’une TVA de 15% et quelques autres taxes marginales, couvrent les diverses dépenses de l’État : santé « gratuite » pour tous, aide sociale, éducation, défense … Mais elles n’incluent pas de cotisation obligatoire – n’ayons pas peur des oxymores – à une caisse de retraite. Les salariés sont laissés libres de constituer ou non leur petit pécule pour leur retraite à raison de quelques % prélevés sur leur salaire, que leur employeur peut compléter en sus du salaire nominal. Et surtout, ils peuvent choisir la caisse de retraite qui leur convient à travers soit un mécanisme géré par l’État (‘Kiwisaver’), soit des fonds 100% privés, mais aussi et surtout la façon dont va être placé leur argent … et bien sûr leur âge de départ à la retraite, différent en fonction des souhaits de chaque individu, où ils récupéreront leur investissement avec intérêts qui s’ajoutent à un minimum vieillesse universel si la demande en est faite auprès des services de l’État. Autant vous dire que l’on préfère largement la liberté et la transparence du système kiwi, où chacun sait ce qu’il y a sur son compte épargne retraite et peut facilement modifier son profil d’investissement, à l’interdiction de choix et à l’opacité de la pyramide de Ponzi française où on sait très bien ce que l’on paye – certes à condition de savoir déchiffrer sa fiche de paye – mais on n’a aucune idée de ce qu’on recevra un jour si on reçoit quoi que ce soit puisque tout est en flux tendu et rien n’est provisionné.

Conclusion

Il va sans dire que l’on apprécie tous les jours ou presque cette simplicité administrative, ces frais bancaires réduits, ces taux d’imposition raisonnables, le temps qu’on gagne à ne pas avoir à remplir des tas de paperasses ou réécrire des courriers qui se sont perdus 3 fois pour expliquer qu’il y avait des erreurs là là et là …

Mais avec un peu de recul on se dit que, partout dans le monde, des millions de gens pourraient bénéficier aussi d’un système tel que celui que l’on connait, qui même s’il n’est pas la panacée et a ses défauts a au moins l’avantage de rendre la vie de tout le monde moins remplie de tracasseries à caractère administrativo-fiscal et donc plus remplie de tas d’autres choses. Ce n’est pas une utopie irréalisable : la Nouvelle-Zélande a bien réussi à franchir ce cap de la simplification il y a 30 ans alors qu’elle était dans une situation difficile, comparable à celle de bien des pays occidentaux aujourd’hui … pour finalement s’en tirer pas trop mal ; il doit y avoir aujourd’hui autant de SDF à Auckland que dans une rue de Paris …

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