Syrie, Lybie, Irak : faut-il faire « la guerre au nom de l’Humanité » ?

Alors que François Hollande risque d'engager la France en Syrie, faisons le point sur les doctrines en matière d’intervention militaire internationale.
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La guerre au nom de l'humanité

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Syrie, Lybie, Irak : faut-il faire « la guerre au nom de l’Humanité » ?

Publié le 29 août 2013
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À l’heure où la François Hollande s’apprête à engager la France dans le bourbier qu’est la Syrie, intéressons-nous aux doctrines en matière d’intervention militaire internationale. La guerre au nom de l’humanité – Tuer ou laisser mourir de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer permet de faire le point sur la question. 

Par Johan Rivalland

La guerre « au nom de l’humanité ». Un sujet grave, mais pas vraiment nouveau, ainsi que le montre Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, qui débute son volumineux ouvrage par une généalogie de la pratique et de la doctrine en la matière, qui montre qu’elle remonte à très loin, jusque dans l’Antiquité. Le sujet est surtout éminemment complexe. Et il faut lire l’ouvrage pour se rendre compte à quel point.

L’auteur réalise ainsi à la fois une sorte de très grosse synthèse de la réflexion sur le sujet (sans doute la plus importante, d’après Hubert Védrine qui en rédige la préface), mais tout en adoptant un regard critique et extrêmement aiguisé sur sa construction, prenant des positions claires et constructives pour tenter d’en tirer des enseignements forts. À cette fin, il se place délibérément dans l’optique d’un réalisme qu’il qualifie de « constructiviste et libéral », qui vise à éviter toute vision caricaturale du sujet et se distingue d’autres visions. Il s’en explique longuement et se livre à une véritable défense de cette méthode, qui emprunte à de nombreuses disciplines et se veut en outre interculturelle.

L’intérêt de l’ouvrage est ensuite de discuter et remettre en question la notion de « guerre juste » ou de « cause juste », pour se poser la question du droit ou devoir d’intervenir. En ce sens, la notion de « devoir d’ingérence » ne serait pas une véritable nouveauté, mais aurait surtout le défaut d’être relativement floue et simpliste, voire pas vraiment pertinente. D’où l’intérêt particulier du deuxième chapitre du livre, qui porte sur la terminologie et le choix des mots, absolument primordial en la matière, mais que je ne saurais résumer en peu de lignes.

Puis, dans un chapitre 3, la question du Droit est abordée, extrêmement importante elle aussi. La charte des Nations Unies y est analysée de manière très fine, le rôle du Conseil de sécurité et de l’Assemblée Générale de Nations Unies considéré, ainsi que les conventions internationales et régionales, tandis que sont posées de multiples questions ardues, tournant notamment autour de la discussion concernant la légalité et la légitimité de l’intervention.

Le rôle des médias et des opinions publiques n’est pas oublié, de même que la question de l’autorité légitime : qui, en fin de compte, doit intervenir, pourquoi et avec quelles motivations ? Pas simple et sujet à controverses.

Dix chapitres, en tout, permettent de venir s’y retrouver parmi la cascade d’autorités existantes, de problèmes de légitimité, de question de droits de l’homme, de preuves de l’intention (en rejetant, au passage, aussi bien l’idée de « bonne intention » que de « mauvaise intention », dont l’auteur discute les fondements). Problèmes d’asymétrie, de motivation, d’égoïsme ou au contraire de désintéressement, de pureté des intentions, de motifs, de proportionnalité, jus ad bellum et jus in bello… Nombreux sont les paramètres discutés et à prendre en compte.

Une réflexion très en profondeur qui mérite une lecture attentive (elle m’a pris, à titre personnel, plusieurs mois, car je l’ai entrecoupée de diverses autres lectures, mais je ne pouvais pas lâcher celle-ci, tant j’avais conscience de lire un ouvrage fondamental). Je m’en tiens d’ailleurs ici, en si peu de paragraphes, à une simple évocation de ce livre, que j’engage ceux que cela peut intéresser et qui n’en avaient pas entendu parler à lire, l’essai étant particulièrement riche et complexe. Un magnifique travail, de grande importance, sur un sujet qui ne l’est pas moins.

Un très grand ouvrage. Utile pour chercher à comprendre et fonder sa réflexion sur cette question difficile posée en sous-titre du livre : faut-il « tuer ou laisser mourir ? ».

— Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, La guerre au nom de l’humanité – Tuer ou laisser mourir, Presses Universitaires de France, mars 2012, 624 pages.

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  • Patrick-Louis Vincent
    29 août 2013 at 14 h 28 min

    Très bien, et quelles conclusions en tirez-vous par rapport à la décision du chef de l’état français ? Faut-il y aller ou pas ?

    En dépit d’une large opposition des citoyens, le Président de la République persiste, tel un monarque de droit divin qui décide que l’état d’un pays souverain doit être « puni » pour reprendre son expression.

    En fait, qui va être « puni » ? certainement pas le régime en place qui trouvera prétexte à accentuer sa pression. Les « punis » seront les citoyens syriens, des hommes, des femmes, des enfants, victimes collatérales de l’intervention.

  • D’un autre côté l’occident s’est déjà largement impliqué dans le conflit par un financement indirect et le transit d’armes. Vu le nombre de mort est ce que cela vaut le coup de tout arrêter justement ? Quelle est la suite ? Une révolution avortée pour 15 ans de plus de dictature alaouite ? Et d’un autre côté si chute de la dictature il y a, quid de ces alaouites, quid des chrétiens et plus globalement des tensions inter-ethniques ? Au point ou on en est il n’y a plus de bonne ou mauvaise solution, ni de chose qui bénéficie au peuple, ni de conclusion concrète à en tirer.

    • La France a signé aujourd’hui un contrat d’armement de 1 milliard d’euros avec l’Arabie saoudite ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles …

  • Flanby se retrouve bien esseulé ce soir, tout nu au milieu du désert. En moins de 24h, les Anglais jouent les vierges effarouchées alors que les Américains détournent pudiquement le regard. Encore un camouflet à l’international pour l’incompétent qui les aligne comme des perles depuis sa prise de fonction ! Echec palpable jusqu’en France où les deux tiers de la population sont opposés à sa guéguerre politicienne de circonstance, malgré le matraquage inouï de mensonges éhontés par les pipoteurs professionnels des TV, radios et journaux aux ordres de leur maître de pacotille. Qui a dit : « minables » ?

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