Le scientisme est l’ennemi fondamental de la Liberté

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Le scientiste est un collectiviste qui a une conception autoritaire de la société fondée sur l’exclusion des « ignorants » et l’oligarchie des « savants ». Son action est tyrannique et liberticide.

Le scientiste est un collectiviste qui a une conception autoritaire de la société fondée sur l’exclusion des « ignorants » et l’oligarchie des « savants ». Son action est tyrannique et liberticide.

Par Philippe Bouchat.

L’idée du présent billet m’est venue alors que je discourais sur un réseau social avec un criminologue, à propos de mon dernier article sur le gaz de schiste. En résumé, il me reprochait que, n’étant pas un expert scientifique en la matière, mon propos n’était pas pertinent.

Je rencontre fréquemment cet « argument » dans les échanges que j’ai avec des personnes situées à gauche de l’échiquier politique. D’habitude, je balaie d’un revers de la main en invoquant mon droit légitime à défendre mes idées. Toutefois, après réflexion, je confesse qu’il s’agit là d’une erreur de débutant dont je voudrais faire profiter quelques-uns parmi vous…

Car quel est finalement le soubassement de cette assertion ? Réponse : le scientisme ! Derrière ce vocable barbare se cache l’organisation scientifique de la société d’après les définitions glanées çà et là. Pour le dire d’un trait, pour les scientistes – qui ne se définissent jamais comme tels – a) la société doit être organisée ; b) l’organisation de la société doit reposer sur la seule science ; c) la vérité se réduit à la seule connaissance scientifique.

Analysons à présent chacun de ces trois éléments constitutifs du scientisme.

a) la société doit être organisée

Cet élément suffit, à lui seul, à jeter le scientisme aux poubelles de l’histoire de la pensée. Rien, en effet, n’est plus viscéralement contraire au libéralisme que cette idée qu’Hayek qualifiait déjà il y a 70 ans de planisme (in The Road to the Serfdom). Car, qui dit organisation dit plan que doit suivre cette organisation, ce qui implique forcément un planificateur, en l’occurrence l’État (en général parasité par les mafieux du crony capitalism – capitalisme de connivence et les adeptes de l’église clientéliste). Dans cette optique, l’ordre social prime les individus dont l’action doit se plier – consciemment ou non, de gré ou de force – aux impératifs du plan. Or, contraindre les individus à sacrifier leurs intérêts pour le seul avantage de la société, cela a un nom : le collectivisme. Que l’on cache cette réalité derrière des concepts comme « État stratège », « volontarisme », voire « bien commun » ou « intérêt général » n’y change rien : l’organisation obligatoire de la société est liberticide par essence. D’où l’aversion profonde des libéraux à l’égard du fascisme, du communisme, de l’écologisme et du socialisme qui sont des avatars du collectivisme.

Et le libéral, me direz-vous, est-il donc contre toute organisation sociale ? Non (sauf peut-être les libertariens les plus pointus, version Friedman Jr.). Le libéral n’est ni anarchiste, ni anomiste : il conçoit l’existence de l’État, mais tend à limiter son action à ce qui est strictement nécessaire à l’élaboration d’un cadre propice à l’épanouissement de l’individu (thèse de l’État minimal). Le libéral ne rejette donc pas l’ordre, mais hormis les cas limitativement énumérés de l’action étatique, celui-ci est conçu comme spontané, issu des relations que nouent librement les individus entre eux, à la recherche de leurs intérêts et non d’une norme abstraite s’imposant in fine par la force à tout le monde.

b) l’organisation de la société doit reposer sur la science

Le scientiste est donc un collectiviste. Mais un collectiviste qui n’a confiance que dans la science expérimentale pour organiser la société. Tout ce qui n’est pas étayé par une théorie scientifique est rejeté, discrédité. Le scientisme est donc par nature fondé sur la division de la société – entre les « savants » et les « ignorants » – les premiers étant nettement moins nombreux que les seconds. Politiquement, les scientistes sont ainsi en faveur de l’exclusion sociale (les exclus étant l’immense majorité des « ignorants ») et, corollairement, pour l’oligarchie de nature technocratique (le pouvoir étant réservé aux « savants »).

On est très loin ici des nobles idées dont se prévalent les socialistes, à savoir la démocratie et la justice sociale inclusive ! Mais la droite classique n’est pas en reste non plus puisque, dès lors qu’elle exerce le pouvoir, elle aussi est frappée du même mal, à savoir faire précéder ses décisions par des audits, expertises, études en tous genres qui s’imposeront comme paroles d’évangile…

Seuls les libéraux refusent catégoriquement cette religion des « savants », étant ainsi par essence bien plus « sociaux » (entendez « inclusifs ») que les socialistes. Pour le libéral, non seulement l’État (dans son acception large de pouvoirs publics) doit être minimal, mais il doit permettre que l’individu exerce son action (politique, économique) par priorité à l’action publique (principe de la subsidiarité). Peu importe que l’individu fonde ou non son action sur la science, ce qui importe vraiment, c’est qu’il agisse en conformité avec ses aspirations et convictions !

c) la vérité se réduit à la seule connaissance scientifique

« Qu’est-ce donc que la Vérité ? » demandait Pilate il y a deux mille ans à Jésus venant de lui déclarer qu’il est « venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité ». Jésus n’a jamais répondu à la question du procurateur romain. Et pour cause : pour le Christ, la Vérité n’est pas objet de connaissance, mais Sa Personne même (rappelez-vous votre catéchisme : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »).

Certes, l’affirmation divine nécessite la démarche de la foi, mais la question de Pilate demeure pertinente encore de nos jours. Qu’est-ce donc que la Vérité ? Y a-t-il une seule vérité ou plusieurs ? Est-elle absolue (transcendantale ou non) ou relative ? Est-elle objective ou subjective ? Il y a bien trop de questions non résolues, malgré des siècles de réflexions philosophiques et épistémologiques, pour circonscrire la vérité à la seule réalité scientifique. En outre, en admettant même que seule la connaissance scientifique est source de vérité (quod non), de quelle science parle-t-on : la science spéculative fondée sur le raisonnement abstrait (dans ce cas, le scientisme devient rationalisme) ? la science expérimentale ou empirique ? les sciences « dures » ou également les sciences humaines ?

Or, pour que le plan des collectivistes-scientistes fonctionne en vue d’organiser la société, il est impératif qu’il y ait consensus sur le fondement scientifique du plan : le plan doit être suivi, car il est vrai scientifiquement. Il convient, pour le dire plus clairement, qu’il y ait une seule vérité scientifique, d’où l’on ne peut que conclure à la vocation tyrannique du scientisme ! Le libéralisme qui s’est historiquement dressé contre tous les despotes se doit donc de rejeter avec la plus grande force cette tyrannie du scientisme et ce, pour demeurer cohérent et garder intacte la flamme de la Liberté dont il est le dépositaire !

Résumons. Le scientiste est un collectiviste qui a une conception autoritaire de la société fondée sur l’exclusion des « ignorants » et l’oligarchie des « savants ». Politiquement, cela se traduit par l’abandon de la décision aux technocrates et la croyance qu’il n’y a pas de salut hors la « vérité » scientifique. Son action est donc tyrannique et liberticide. Il n’y a donc pas pire ennemi pour le libéral, surtout que le scientiste est protéiforme : socialiste, colbertiste, communiste, environnementaliste, etc. L’exemple le plus manifeste pour moi est la gangrénisation de la société par l’imposition de la « théorie » du genre qui, avec la seule force de l’apparence de la science et prétextant la prétendue mais introuvable égalité naturelle des femmes et des hommes, vise en réalité à l’émasculation de l’homme et à son éradication pour faire place nette à un monde où le « modèle gay » s’impose de façon d’autant plus tyrannique qu’il est insidieux !

En conclusion, je pense que la seule façon intelligente de débattre avec un scientiste (qui, pour rappel, ne se reconnaîtra jamais comme tel) est de lui démontrer que son postulat est d’essence tyrannique. Demain, si je croise encore mon criminologue sur un réseau social, je me ferai donc un plaisir de le renvoyer à ses chères études… scientifiques.


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