Les coupes budgétaires à Détroit ? C’est génial !

Detroit-Etats-Unis

Détroit démontre que l’ordre spontané, la coopération civile et les forces du marché remplacent l’État quand ce dernier est défaillant.

Détroit démontre que l’ordre spontané, la coopération civile et les forces du marché remplacent l’État quand ce dernier fait faillite.

Par Robert Taylor.

Les discussions sur les coupes budgétaires, l’austérité et les mises sous séquestre semblent dominer le paysage médiatique ces jours-ci, rendant les Américains peureux de la perte de services publics vitaux et du chaos qui s’en suivrait si l’État ne pouvait pas dépenser et emprunter indéfiniment. Les conservateurs dénigrent les coupes supposées au complexe militaro-industriel, et les gauchistes déplorent que sans les transferts publics de richesses, il y aurait du darwinisme social. La sénatrice Barbara Boxer a même imputé le scandale de Benghazi à – devinez quoi – les coupes budgétaires et les mises sous séquestre.

Laissons de côté les détails sur la réalité de la baisse du budget des États-Unis, nous avons juste besoin de regarder du côté de Détroit pour découvrir que l’ordre spontané, la coopération civile, et les forces pacificatrices du marché remplacent tout simplement l’État quand ce dernier est absent.

Détroit est totalement en faillite. La ville fait face à un manque de liquidités de plus de 100 millions de dollars au 30 juin. Les dettes à long terme, y compris les retraites, dépassent les 14 milliards de dollars. Le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, veut renflouer le gouvernement de la cité de Détroit un peu plus. Grâce à la situation financière de Détroit, il y a eu de sévères baisses de budget dans les services d’urgence comme la police et les pompiers. Le « 911 » [NdT : le numéro de téléphone des urgences américains] prend les appels uniquement pendant les heures de bureau. Des maisons ont été abandonnées, ce qui fait ressembler la ville à une cité fantôme.

Si nos fonctionnaires avaient raison et puisqu’ils n’oseraient ni nous mentir, ni essayer de nous faire peur, alors le chaos, l’anarchie et l’illégalité devraient régner en maître à Détroit, n’est-ce pas ? Eh bien, pas tout à fait.

Dale Brown et son organisation, le centre de gestion de la menace Threat Management Center (TMC), ont aidé à remplir le vide laissé par le gouvernement incompétent et corrompu de la ville. Brown a commencé le TMC en 1995 comme un moyen pour aider les citoyens de Détroit vivant au milieu d’une augmentation du nombre de cambriolages et de meurtres. En essayant d’aider au maintien de l’ordre, il n’a pas trouvé beaucoup de policiers motivés. Ces derniers étaient plus intéressés à toucher des revenus à travers les amendes routières et à terroriser les habitants dans leurs domiciles avec des raids du SWAT qu’à protéger les personnes et les biens.

Lors d’une entrevue avec Copblock.org, Brown explique comment et pourquoi son organisation policière, privée et libre, a été un tel succès. La clé pour la protection efficace et la sécurité est l’amour, dit Brown, et non les armes, la violence ou la loi. Certes, cela peut paraître ringard mais les résultats parlent d’eux-mêmes.

Près de 20 ans plus tard et le boulet financier de Détroit encore plus visible, TMC a une base de clients d’environ 1.000 résidences privées et de plus de 500 entreprises. Grâce à l’efficacité et la rentabilité de TMC, ils sont aussi capables de fournir des services gratuits ou à un coût incroyablement bas aux plus pauvres.

TMC a été une telle réussite car ils ont pris l’approche complétement opposée à celles des agences publiques pour le maintien de l’ordre. La philosophie de Brown est qu’il préfère employer des gens qui voit la violence comme le dernier recours, et la poignée d’officiers de la police de Détroit, qui a en fait travaillé avec Brown dans les premières années, ayant un intérêt marqué pour la véritable protection des concitoyens, travaille maintenant pour TMC. Pendant que les États menacent les citoyens avec des contraintes, des amendes et de la prison s’ils ne payent pas leurs impôts, le financement de TMC est volontaire et soumis au test des pertes financières ; si Brown ne fournit pas le service que ses clients veulent, il quitte le business (ou le marché).

Cela signifie que Brown n’est pas intéressé par les raids para-militaires et sans sommation du SWAT, la « sécurité des agents » comme priorité numéro un, les retraites pléthoriques ou harceler les gens pour ce qu’ils ont dans leur sang. TMC travaille avec ses clients sur la prévention des crimes plutôt que de se pointer après les faits pour prendre des notes comme les historiens.

Le héroïque Brown et TMC sont un exemple de la façon dont le marché et la société civile fournissent des services traditionnellement associés à l’État de manière plus efficace, moins cher et plus en adéquation avec les désirs et les besoins des gens. J’ai toujours pensé que la police, la protection et la sécurité sont beaucoup trop importantes pour être laissées dans les mains de l’État – plus particulièrement à l’époque des sections d’élites militaires – et Brown nous aide à comprendre pourquoi.

Le respect de la loi n’est pas le seul « service public essentiel » que le secteur marchand remplace par un système florissant. Le Detroit Bus Company (DBC) est un service de bus privé qui a commencé l’an dernier et montre un contraste absolu sur la façon dont le marché et l’État peuvent opérer. Créée par Andy Didorosi, 25 ans, la société évite d’utiliser les traditionnels bus, fermés et cloisonnés et utilise de magnifiques véhicules décorés de graffitis à l’extérieur. Il n’y a pas de trajets prédéfinis, mais un système de suivi en direct. Un appel ou un SMS est la seule chose nécessaire pour être pris en charge dans l’un de ses bus qui roulent au biodiesel à base de soja. Tous les bus possèdent la wi-fi, de la musique et vous pouvez  même boire votre propre alcool à bord ! Le système de paiement est, bien sûr, bien moins cher et plus juste.

Comparer les services de cette société de transport à, par exemple, mon expérience de transit sur la « San Francisco MUNI », c’est comme comparer les services des fermes biologiques, locales, libres autour de la Baie et les files d’attente devant les magasins de l’U.R.S.S.

Sans surprise, le gouvernement de la cité, qui n’a pas le temps de protéger ses citoyens, se débrouille pour trouver du temps pour harceler des citoyens pacifiques dans ce marché à ordre spontané. Charles Molnar et d’autres étudiants de la Detroit Enterprise Academy voulait aider à faire des bancs pour les arrêts de bus de la cité, où de longues attentes sont la norme. Les bancs étaient équipés d’étagères, afin de tenir les lectures des clients.

Les officiels du département des transports de Détroit ont rapidement annoncé que les bancs « n’étaient pas autorisés » et qu’il fallait les démolir. Eh, citoyens idiots, ne saviez-vous pas que seuls les États peuvent proposer ce genre de services ?

La TMC et la DBC sont juste deux des plus grands et visibles exemples de marché et de coopération humaine volontaire régnant à Détroit. « Food rebels » faisant fonctionner des jardins communautaires locaux sont une alternative à l’agriculture intensive et aux énormes fermes subventionnées par l’État. Des garages privés surgissent. Les habitants de Détroit  utilisent les principes de la clause lockéenne sur des zones à l’abandon pour réhabiliter la terre parmi les décombres de la bulle immobilière provoquée par la Fed. Des événements communautaires comme les « Biergartens » et de grands rassemblements pour des dîners citoyens (sans aucun permis ou licences !) sont organisés en privé. Même les artistes de Détroit commencent à refléter ce mouvement anarchique et pacifique dans leurs travaux artistiques.

La mairie de Détroit est peut-être en désordre financièrement parlant, mais les citoyens de Détroit montrent ce qui se passe quand les gens recouvrent la liberté. Depuis des siècles, les libertariens se sont battus pour des limites très fortes au pouvoir de l’État, les bénéfices d’une société privée et civile, et par-dessus tout, l’ordre spontané qui surgit quand le marché libre et les interactions volontaires dominent. Nous ne devrions sûrement pas être aussi effrayés et être atteints du syndrome de Stockholm envers nos politiciens la prochaine fois que des politicards nous vendront de la crainte en raison de coupes budgétaires.


Sur le web.
Traduction Nicolas B. pour Contrepoints.

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