Frank Knight, un libéral peu libéral

Knight n’était pas disposé à accepter qu’un mouvement libéral porte le nom de deux catholiques.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Frank Knight, un libéral peu libéral

Publié le 28 juin 2013
- A +

Knight n’était pas disposé à accepter qu’un mouvement libéral porte le nom de deux catholiques.

Par Francisco Cabrillo, de Madrid, Espagne

Depuis plus de cinquante ans la Société du Mont-Pèlerin réunit des économistes et d’autres spécialistes en sciences sociales défenseurs des principes de la liberté politique et économique. Le nom de cette institution, cependant, ne laisse pas de surprendre, car le Mont Pèlerin est une montagne suisse. […] ce qui donnerait plus l’impression d’un centre d’excursionnistes que d’une association académique. Le principal responsable de ce si curieux nom fut l’économiste américain Frank Knight.

Knight est né en 1885 dans l’État de l’Illinois. En 1916, il obtint son doctorat d’économie à l’université de Cornell, avec une thèse qui constituerait la base de son livre plus important qui publiera quelques années plus tard sous le titre Risk, Uncertainty and Profit. La distinction entre le risque – dont la probabilité peut être estimée et contre lequel, par conséquent, on peut s’assurer – et l’incertitude – imprévisible et dont, par contre, on ne peut estimer une probabilité – constitue son apport le plus connu à l’analyse économique. Durant plus de trente ans (1917-1919 et 1927-1958), il occupa une chaire à l’université de Chicago, où il fut la figure dominante de son département d’économie et eût comme élèves certains de ceux qui deviendront les professeurs les plus influents dans le développement de la science économique dans la seconde moitié du 20e siècle.

En 1947, il fut invité à participer à une réunion organisée par Hayek, dont l’objectif était de réunir un groupe d’intellectuels préoccupés par la menace que l’avance du socialisme supposait pour le monde occidental, et pour l’Europe en particulier, dans les années postérieures à la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait, essentiellement, de contribuer, depuis le monde de la pensée économique et politique, à l’ébauche d’un nouvel ordre libéral sur notre continent. Avec ce propos, et grâce à l’aide d’un financier suisse, 39 personnes de 10 pays différents se réunirent au mois d’avril dans un hôtel situé sur le Mont Pèlerin, près de Vevey.

Au vu des bons résultats de la réunion, il fut décidé de poursuivre les rencontres et de créer une société permanente pour contribuer à la défense et à l’amélioration d’une société libre. Le premier président serait Hayek et parmi les cinq présidents qui furent nommés cette même année se trouvait Frank Knight, qui était arrivé en Suisse après avoir essuyé une dure tempête sur le bateau qu’il l’emmenait en Europe, prostré dans sa couchette, lisant le grand historien Jacob Burckhard (c’est, du moins, ce que raconte Stigler, qui fit le voyage avec lui).

Bien qu’il existât un accord relativement général parmi les assistants sur les principes qui devaient régir la nouvelle société, il y eût dès le premier instant de fortes discordances en ce qui concernait son nom. Hayek avait, initialement, pensé l’appeler Société Acton-Tocqueville, deux personnages qu’il admirait profondément. Le nom d’Acton lui semblait, en plus, spécialement attirant parce qu’il s’agissait d’un intellectuel profondément catholique et ceci, selon son opinion, aurait permis d’adoucir ce qu’il considérait comme une attitude profondément antireligieuse de beaucoup de libéraux européens. Mais Knight n’était pas disposé à accepter cette proposition. Il n’était pas possible – affirma-t-il – qu’un mouvement libéral porte le nom de deux catholiques. Et il resta ferme sur ses positions avec une obstination digne de meilleure cause. Aaron Director – qui était juif, évidemment – suggéra de l’appeler la Société Adam Smith-Tocqueville, solution avec laquelle catholicisme et protestantisme semblaient s’équilibrer. Mais rien n’y fit. Et Hayek qui, bien que catholique à l’origine, était réellement athée, ne put faire avancer son idée. Finalement, K. Brandt, qui alors était à l’université de Stanford, proposa de l’appeler Société du Mont-Pèlerin, simplement parce que personne ne pouvait contester le fait que c’était bien l’endroit où ils étaient réunis. Bien que Karl Popper affirma que le nom était absurde, il fût accepté à défaut d’autre meilleur. Et aujourd’hui encore, la société continue de s’appeler ainsi.

Frank Knight vécut encore 25 ans. Nous ne savons pas s’il se repentit un jour de sa pittoresque obstination de 1947. Certainement non.

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • Quel est le but de cet article? À quand un article similaire qui dénonce le non libéralisme de von Mises (qui était en faveur du service militaire obligatoire) ou de Rothbard (opposé à laisser des banques libres utiliser des réserves fractionnaires)? Que gagne le mouvement de ceux qui veulent défendre le libéralisme par cet attaque d’un de ses grands noms?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Pour comprendre pourquoi les hommes politiques font fausse route face à la crise, il est bon de se rappeler les thèses défendues par Friedrich Hayek. Voici 10 idées-clés de l'auteur autrichien. Par David Azerrad. Un article de l'Institut Coppet.

Inspiré d’un essai de Bruce Caldwell, éditeur de The Collected Works of F. A. Hayek, dans lequel ce dernier identifie les 10 thèmes clés de la pensée de Hayek.

1.  Les récessions sont inévitables

Des alternances de périodes de croissance économique et de périodes de stagnation ou... Poursuivre la lecture

Par Jean-Philippe Bidault. Extrait de Si l’argent m’était conté…, 2012.

À Stockholm, la nuit est descendue depuis plusieurs heures. Le personnel s’affaire encore dans la salle bleue de l’Hôtel de ville alors qu’arrivent les premiers invités.

Un homme à l’allure juvénile — on lui donne moins de trente ans — les accueille. Grand, droit, en habit, l’ordre du Séraphin en écharpe, et à la boutonnière celui de l’Étoile polaire, il s’apprête à serrer mille trois cents mains. Il se livre à l’exercice pour la deuxième fois. Un an plus tô... Poursuivre la lecture

Par Tadd Wilson. Un article de la Foundation for Economic Education

En dépit de ce qui est enseigné dans la plupart des universités, les idées libérales essentiellement classiques de l'économie de marché libre et du gouvernement limité ont remporté le test de base de toute doctrine : bat-elle la meilleure alternative ? La preuve en est évidente, qu'il s'agisse de l'effondrement de l'économie planifiée de l'ancienne Union soviétique ou de la réduction du secteur public dans des pays aussi variés que l'Estonie, la Nouvelle-Zélande et la ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles