L’Europe ou l’enlèvement des Sabines

L’Europe est lancée dans une course folle en avant, qui risque de ne déboucher sur rien de bon pour la liberté de chacun.

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L’Europe ou l’enlèvement des Sabines

Publié le 25 mai 2013
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Par Philippe Robert.

Après les coûteuses et surtout monstrueuses expériences national-socialiste et communiste du XXème siècle (provisoirement) closes le 9 novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin, j’ai toujours du mal, aujourd’hui, à concevoir que ces terribles leçons du passé n’aient pas rendu les hommes plus réfléchis et peut-être même plus clairvoyants.

Mais il faut aussi se rendre à l’évidence que nombre de nos frères humains paraissent affligés d’une sorte d’infirmité congénitale proprement stupéfiante tant elle est capable, au prix d’incalculables et tragiques conséquences, de les inhiber mentalement jusqu’à retomber sans coup férir dans les schémas de pensée les plus éculés du monde.

Mais le plus grave, dans cette véritable affaire de civilisation, c’est qu’à force de croire, fût-ce même de bonne foi, que l’avenir ne vous réservera jamais plus – plus jamais ça ! – ce que l’humanité a déjà connu de pire dans le passé, on prend à nouveau le risque insensé de recréer, sous des formes inédites, les conditions d’une catastrophe à venir.

Ainsi en va-t-il de l’Union européenne qui, ayant succombé aux sirènes du socialisme, se voit désormais détournée de son noble but initial, la paix perpétuelle entre les nations d’Europe, pour se lancer à corps perdu vers une énième expérience constructiviste menée, sous de vraies-fausses apparences démocratiques, contre l’intérêt supérieur des peuples.

Car c’est bien à partir du traité de Maastricht, d’ailleurs ratifié du bout des lèvres par les Français en 1992, que s’est effectuée la rupture brutale en forme de fuite en avant, aventureusement jugée irréversible dans l’esprit de ses concepteurs, qui va insensiblement mais sûrement jeter l’Europe contemporaine sur la route de la servitude.

“Le traité de Rome fut, en 1957, la principale réussite de la vision libérale-classique pour l’Europe. Le traité instaurait les quatre libertés : liberté de circulation des biens, liberté d’offrir ses services, liberté de mouvement du capital financier, et immigration libre (…) Rien de plus que la liberté n’est nécessaire pour accomplir cet idéal de coopération pacifique et d’échanges florissants”.[1]

A la suite de la trahison des clercs français qui ont nom François Mitterrand et Jacques Delors, nous avons aujourd’hui quitté cette voie royale tracée par les Pères fondateurs et ne cessons plus, pour notre malheur, de nous en éloigner à la vitesse de l’éclair ! J’en veux pour preuve les événements intervenus coup sur coup tout récemment :

– 1. En date du 16 mai 2013, à Paris, François Hollande a plaidé pour l’instauration d’un gouvernement économique européen qui “débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social, par le haut, et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale”.

– 2. Le 19 mai dernier, Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, a accordé, en termes très deloristes, un entretien au Journal du Dimanche portant fondamentalement sur les questions relatives à un fonctionnement idéal de l’UE :

“Un socle fiscal et social commun est aussi une condition pour avoir un marché intérieur juste. Nous devons revenir vers l’économie sociale de marché, que l’on a abandonnée depuis trente ans au profit d’une ligne ultralibérale (…) La convergence fiscale et l’harmonisation sociale, évidemment qu’il faut les faire (…) trop souvent nous nous heurtons à la règle de l’unanimité, qu’il faut changer”.

Quoi de plus naturel, en effet, que l’économie sociale de marché dès lors que la chancelière Angela Merkel elle-même ne jure que par le concept de Soziale Marktwirtschaft forgé par Ludwig Erhard en 1949 ? Quant au reste, Michel Barnier peut toujours rêver d’une révolution copernicienne s’inscrivant en faux des réalités du vrai monde…

3. Le 22 mai dernier s’est donc tenu, à Bruxelles, un sommet sur le thème lancinant, pour les chefs d’État et de gouvernement surendettés ou à tout le moins impécunieux, de la fraude et de l’évasion fiscale sans trop faire de différence entre les uns, qui sont de purs délinquants, et les autres qui s’organisent légalement pour fuir les enfers fiscaux.

Pour conclure mon propos, je me suis toujours demandé si la Commission européenne était aussi (ultra)libérale que de braves gens comme vous et moi peuvent être portés à le croire; au contraire, ne s’adonnerait-elle pas au double jeu suivant : opérer une libéralisation contrôlée de l’espace intérieur pour mieux ancrer la mainmise du super État en gestation ?

En l’occurrence, ainsi que l’a théorisé un grand esprit libéral français scandaleusement mis au placard en France même : ce qui se voit, c’est-à-dire la liberté en action mais sous caution, et ce qui ne se voit pas, qui est bien pire, la nouvelle tyrannie à visage humain en cours d’élaboration. Mais la théorie du complot, moi, vous savez…

Notes :

 

  1.  Philipp Bagus : “La tragédie de l’euro” (L’Harmattan, décembre 2012)
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  • Et si Vladimir Boukovsky avait raison : L’union européenne, une nouvelle Urss ? ‘Editions du Rocher, 2005) ainsi que Vaklav Klaus: Sauver les démocraties en Europe (2012). Deux auteurs qui savent de quoi ils parlent ayant eu l’avantage de vivre dans des régimes où la liberté n’était pas la valeur essentielle, pour dire le moins.

  • on peut penser que ce qui inquièteles marchés financiers depuis quelques années est que personne ne sait vraiment quoi faire avec cette « grosse meduse »
    dans quel sens vont s’orienter ses tentacules ? le liberalisme anglosaxon, le dirigisme, le liberalisme asiatique a coup de pied aux cul ( surement pas: les chinois occupent le tibet ! ) l’euro faible, ce serait etonnant, l’euro fort ? l’euroquefort ? en europe, on aime les fromagesqui puent ! faut-il acqueuillir la turquie ? la macedoine ? le hachi parmentier ? la russie en entier ? l’islande ? le spitzberg ? la banquise de l’artique ? l’atlantide ? le gondwana ?
    personne n’en sait rien
    ha si ! quelqu’un sait: gogoland: il faut la croissance !!!

  • Que faudra-t-il de plus pour comprendre que tous les Etats européens ont été piégés par la structuration même du fondement de l’UE et simultanément pris dans la nasse de la mondialisation. Est-ce la vapeur de la lampe d’Aladin qui embue si fortement les esprits crédules pour croire naïvement que l’Europe trouve une quelconque issue à la crise sans fin, à la crise majeure ?

  • A tout cela il y existe une alternative tout a fait crédible et entièrement fondé sur les 4 libertés issues des principes du libéralisme classique.Il s’agit de l’ Association Européenne de Libre Echange (AELE).Ca et une réforme monétaire qui consisterait à fonder les monnaies nationales sur l’Or et l’Argent.Ou je ne préfère penser à la suite…Pour avoir une idée regardons la chute de l’ex-union soviétique…

  • Pas le temps de répondre : je cherche où seraient passées la liberté et l’économie libérale dans cette UE rongée par le protectionnisme et le dirigisme …

  • C’est absolument évident d’années en années , avec tout ce que l’on voit et entends aux infos même si tout n’est pas exprimé clairement ! Tous les européens ne sont pas dupes ….

  • Le problème de l’Europe qui est ici si bien évoqué est aussi largement dû à la montée en puissance du parlement européen. C’est en effet le Traité de Maastricht qui est le tournant mais parce qu’il donne du pouvoir à cette assemblée. Les lobbyistes l’ont compris puisqu’ils préfèrent traiter avec les députés européens (ou pour mieux dire leurs assistants) qu’avec les fonctionnaires de la Commission.
    Démonstration : Le texte de la proposition de la directive de la Commission sur les énergies renouvelables (Directive 2009/28) est passé de 133749 signes à 225781 soit une augmentation de 69%. Celui de l’efficacité énergétique (Directive 2012/27) est passé est passé de 165536 signes à 220324 soit une augmentation de 33%.
    C’est au niveau du parlement que l’on impose des décisions qui ne sont pas cohérentes et le Conseil doit allonger le texte pour rétablir un peu de cohérence. Mais le résultat final est un texte bureaucratique difficilement applicable sans une armée de fonctionnaires dans la Commission et 27 fois plus dans les états membres.

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